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Italie : les Cinq Etoiles veulent les gilets jaunes dans leur manche – Libération

 

L’«acte IX» des gilets jaunes programmé samedi dira si le «vaffanculo» de Beppe Grillo s’est imposé comme slogan aux côtés du plus traditionnel «Macron démission». L’état-major du Mouvement Cinq Etoiles (M5S) compte bien en tout cas sceller une alliance politique avec les protestataires français. Lundi, Luigi Di Maio, le chef des populistes italiens et vice-président du Conseil, a spectaculairement apporté son soutien en publiant une lettre ouverte dans laquelle il lançait : «Gilets jaunes, ne faiblissez pas !» Un autre parlementaire, l’ancien journaliste Gianluigi Paragone, a lui aussi posté un texte sur le blog du M5S : «Cette embrassade avec les gilets jaunes signifie que nous voulons encore contaminer et être contaminés.»

Dans l’immédiat, la perspective d’une internationale populiste a provoqué une crise sans précédent depuis 1945 dans les rapports entre la France et l’Italie. Jamais auparavant un responsable gouvernemental ne s’était permis de soutenir un mouvement de rue demandant le renversement du voisin. C’est ce qu’a rappelé la ministre française aux Affaires européennes, Nathalie Loiseau, qui a invité le gouvernement italien à plus de respect – le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini, avait déclaré qu’il soutenait «les citoyens honnêtes protestant contre un président gouvernant contre son peuple» – et a invité l’exécutif transalpin à «balayer devant sa porte». «Que d’hypocrisies», a immédiatement réagi Luigi Di Maio. «Peut-être, ne se souvient-elle pas du président Macron quand il nous comparait à la lèpre», a poursuivi le jeune dirigeant des Cinq Etoiles.

«Il y a encore quelques mois, lorsqu’Emmanuel Macron était politiquement à la mode, le Mouvement Cinq Etoiles courtisait le chef de l’Etat français», pointe le journaliste Jacopo Iacoboni, auteur de l’enquête la plus approfondie sur les origines du M5S (1).

En novembre 2017, Luigi Di Maio avait même écrit une lettre publique au «cher Monsieur le président Macron» pour lui vanter les convergences possibles entre En marche et sa formation, et lui assurer entre autres que le M5S «croit profondément, comme vous, en une refondation de l’Europe». Lundi, Luigi Di Maio a changé de clavier pour écrire : «Une nouvelle Europe est en train de naître. Celle des gilets jaunes, celle des mouvements et de la démocratie directe. C’est une dure bataille que nous pouvons mener ensemble.»

«Les Cinq Etoiles cherchent à se mettre dans le sillage du phénomène le plus populaire, c’est du pur marketing politique», considère Iacoboni, qui note néanmoins que «le mouvement italien pourrait souscrire à toutes les revendications des gilets jaunes, à l’exception sans doute des questions concernant l’environnement», dont la défense fut l’un des moteurs de l’émergence dans la péninsule du Mouvement Cinq Etoiles. En décembre, Beppe Grillo avait déjà souligné les convergences programmatiques : «Les gilets jaunes veulent en France ce que nous voulons en Italie. […] Ils ne parlent pas seulement d’impôts, ils réclament le revenu de citoyenneté, une revalorisation des retraites, c’est-à-dire des thèmes que nous avons lancés. Mais dans la presse on ne parle que de leur opposition aux taxes sur l’essence, qui sont les seules mesures positives faites par Macron.»

«De droite comme de gauche»

De quoi en tout cas accréditer la thèse d’un écho entre le mouvement lancé en 2007 par l’ancien humoriste et les actuels occupants des ronds-points français. Antisystèmes, eurosceptiques, contre la «caste» des banques, des journalistes et des partis politiques, les Cinq Etoiles ont bâti leur fulgurant succès (32 % des suffrages en mars et principale force de l’actuel gouvernement Conte) en se présentant comme l’expression du peuple italien en lutte contre des élites jugées corrompues. «Comme les gilets jaunes, ils expriment une demande de démocratie directe. Comme eux, ils ont aussi une dimension postidéologique, reprenant des thèmes de droite comme de gauche», souligne l’universitaire Massimiliano Panarari, auteur de L’un ne vaut pas l’autre. Démocratie directe et autres mythes d’aujourd’hui (2).

Considérés au départ comme des populistes de gauche et abusivement comparés à l’expérience espagnole de Podemos, notamment parce qu’ils prônaient la fin de l’austérité et de la privatisation de l’eau, la décroissance économique ou l’abandon des grands chantiers, les Cinq Etoiles n’ont en réalité aucune difficulté à reprendre certains accents nationalistes et à gouverner avec l’extrême droite, en particulier lorsqu’il s’agit de lutter contre l’immigration clandestine. «Les gilets jaunes et le M5S représentent la colère des perdants ou de ceux qui ont le sentiment d’être les perdants de la globalisation», résume Massimiliano Panarari.

«Les gilets jaunes sont largement soutenus par les électeurs des Cinq Etoiles et, dans une moindre mesure, par ceux de la Ligue», confirme le politologue Ilvo Diamanti, auteur avec Marc Lazar de Peuplecratie (3). Et cela malgré les images de violences en provenance de Paris qui inondent les chaînes de télévision italiennes. Pour Luigi Di Maio, le mouvement des gilets jaunes reste fondamentalement «pacifique» et exprime le «cri» du peuple contre «les gouvernements européens qui ne pensent qu’à protéger les intérêts des élites et de ceux qui ont des privilèges. En Italie, nous avons réussi à inverser cette tendance».

«Acéphales»

Pour transformer la colère de la rue française en offre politique similaire à celle du M5S, le vice-Premier ministre italien propose donc de mettre à disposition des gilets jaunes la plateforme Rousseau, structure informatique du mouvement gérée de manière très opaque par la société Casaleggio Associati, du nom du cofondateur avec Beppe Grillo du M5S, Gianroberto Casaleggio (disparu en 2016). «La plateforme permet de structurer les débats et de sélectionner les candidats. Grâce aux primaires en ligne, les profils les plus radicaux ont pu être écartés. Nous sommes ainsi la formation avec le plus de parlementaires diplômés»,assure le secrétaire d’Etat et dirigeant Cinq Etoiles Manlio Di Stefano, qui voit dans les expériences des deux côtés des Alpes le même mouvement horizontal des «gens d’en bas», qui se mobilisent à travers les réseaux sociaux.

«Aujourd’hui en Italie, plus personne, hormis les soutiens des Cinq Etoiles, ne conteste que le M5S n’a pas grand-chose d’horizontal, corrige Jacopo Iacoboni. En fait, le mouvement a été pensé, structuré, orienté depuis le début par une société privée, la Casaleggio. C’est l’une des grandes différences avec les gilets jaunes qui, jusqu’à présent, n’ont pas d’organisation verticale.» Ni de porte-parole, tandis que le mouvement a historiquement été propulsé sur le devant de la scène par Beppe Grillo avant que l’humoriste ne se mette en retrait pour laisser la lumière à Luigi Di Maio. «Pour l’heure les gilets jaunes sont acéphales», note Massimiliano Panarari.

«Les deux phénomènes sont l’expression de la crise de la démocratie représentative et l’affirmation de la démocratie de l’immédiat, non seulement parce que les réseaux sociaux sont aujourd’hui le lieu du débat politique, mais aussi parce que s’exprime le refus de toute médiation et des corps intermédiaires, relève Ilvo Diamanti, qui voit néanmoins une différence notable entre gilets jaunes et Cinq Etoiles. Les premiers expriment avant tout un malaise de type socio-économique et une désillusion vis-à-vis d’un changement attendu avec l’élection de Macron, tandis que les Cinq Etoiles constituent un mouvement plus transversal dans la société et qui s’est avant tout développé sur l’antipolitique.»

«Transfert symbolique»

Est-ce de nature à empêcher une convergence entre les deux protestations ? «Il y a aujourd’hui un jeu de miroirs entre la France et l’Italie», considère Ilvo Diamanti, qui estime toutefois «qu’il faut attendre de voir si les gilets jaunes vont chercher à structurer leur mouvement», et que «l’ouverture de Luigi Di Maio dans leur direction est avant tout tactique».

Aujourd’hui, sous pression de la Ligue, son allié gouvernemental contesté par une frange de ses électeurs qui lui reprochent l’abandon de certaines batailles symboliques, notamment dans le domaine environnemental, le M5S chercherait à se relancer en se coloriant de jaune. «A l’épreuve du pouvoir, ils tentent de se refaire une virginité et de retrouver une radicalité, tranche Massimiliano Panarari. L’appui aux gilets jaunes est un transfert symbolique.» L’initiative permet aussi à Luigi Di Maio de chercher un interlocuteur politique sur le plan international à quelques mois des européennes alors que dans le grand jeu des alliances transfrontalières, les Cinq Etoiles sont isolés.

Reste que pour l’heure, Jacline Mouraud, l’une des figures des gilets jaunes, a balayé toute idée de rapprochement : «Comment Luigi Di Maio se permet-il de soutenir des émeutiers qui cherchent à saboter l’ordre et la démocratie en France ?» a-t-elle déclaré à la presse italienne. Quant aux deux gilets jaunes de Caen, Véronique Rouillé et Yvan Yonnet, qui seront à Rome ce week-end à l’invitation de la «gauche patriotique», «ils ne représentent rien», assure-t-elle.

«L’appui de Luigi Di Maio est très important», a de son côté fait savoir Eric Drouet, figure des gilets jaunes, qui aurait déclaré être prêt à venir dans la capitale italienne rencontrer le patron des Cinq Etoiles. Jeudi, il a toutefois, à l’inverse, affirmé sur Facebook «refuser» toute aide politique, «d’où qu’elle vienne». Entre temps, une partie de l’opposition italienne avait ironisé sur la dernière loi sur la sécurité approuvée par la majorité. Celle-ci prévoit que toute personne bloquant la circulation, sur un rond-point ou toute portion de route, est passible de six ans d’emprisonnement.

(1) L’Esperimento, ed. Laterza, 2018.
(2) Uno non vale uno. Democrazia diretta e altri miti d’oggi, éd. Marsilio, 2018.
(3) Peuplecratie. La métamorphose de notre démocratie, éd. Gallimard, avril 2019.

Eric Jozsef correspondant à Rome

Sorgente: Italie : les Cinq Etoiles veulent les gilets jaunes dans leur manche – Libération

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