RN : aux municipales, «rayonner» à défaut de rassembler – Libération

16 Settembre 2019 0 Di Luna Rossa

Marine Le Pen, Présidente du Rassemblement national, lors d'un meeting à l'occasion des Estivales de Génération Nation, le 15 septembre, à Fréjus.

A grand renfort de métaphores montagnardes, la patronne du Rassemblement national a enjoint ses troupes, réunies à Fréjus ce week-end, à considérer les prochaines échéances électorales comme des étapes avant une nouvelle bataille pour l’Elysée.

Il y a quelque chose d’ambivalent dans la stratégie du Rassemblement national en ce début de campagne pour les municipales : elle est, pour l’essentiel, axée vers la prochaine présidentielle. Comme si le parti d’extrême droite n’en pouvait plus d’attendre d’en découdre une nouvelle fois avec celui qu’elle désigne comme le dernier obstacle à son accession au pouvoir : Emmanuel Macron. Dans le discours lepéniste, il semble acquis que lui se représentera en 2022 comme le rempart à l’ascension de la «bête immonde» et que Marine Le Pen en profitera pour se poser en seule force d’opposition face à son «mondialisme» acharné et sa «brutalité» qui sont la cause de la «souffrance des gens», disent les marinistes. Ce sera alors le temps de la «grande explication». Avec un chef de l’Etat qui aura désormais un bilan.

Pourtant, il y a plus qu’une étape avant. Les municipales en sont une, les européennes en étaient une autre. Les conseillers de Marine Le Pen veulent bien l’admettre : «En 2017 on s’est rendu compte qu’entre le rien et l’Elysée, la marche était trop haute», dit Philippe Olivier. En d’autres termes, le parti d’extrême droite aurait jusqu’à présent manqué de «prises». Ce week-end, à Fréjus, lors de l’université d’été du RN, sa présidente a filé la métaphore montagnarde et même volcanique : «L’éruption volcanique des gilets jaunes sera suivie par d’autres éruptions, a-t-elle professé. Si Macron croit que l’éruption s’est calmée, il se trompe.» De cette crise, elle dit avoir retenu la demande de justice sociale et fiscale, mais aussi «fondamentalement une crise de la représentation» : «Dans une société imprégnée de la culture horizontale d’Internet, comment […] croire qu’une dose homéopathique et symbolique de proportionnelle puisse suffire à satisfaire le besoin de réelle démocratie qui traverse le pays», a-t-elle lancé dimanche depuis Fréjus. Elle a aussi prôné l’instauration d’un septennat non renouvelable.

«Mousquetons»

Outre les municipales, en mars 2020, les départementales, en 2021, et les régionales, quelques mois plus tard, seront autant de «rendez-vous avec le peuple», de «chances» pour empêcher la tension électorale de redescendre et permettre au RN de garder ses troupes mobilisées pour 2022. La «France bouillonne», dit Marine Le Pen, mais ces échéances n’ont rien d’une «rampe de lancement», elles sont plutôt «des mousquetons que l’on fixe sur une paroi». Et «le sommet c’est l’Elysée», précise-t-elle.

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Il n’empêche, des élections intermédiaires ratées pourraient représenter autant de boulets. Mais le parti n’a pas le choix : ayant peu de maires sortants à défendre, il est obligé de chercher à faire du prochain scrutin un enjeu national. Samedi, à un journaliste qui lui demandait si elle n’avait pas l’impression de se lancer trop tôt, Marine Le Pen a répondu qu’Emmanuel Macron, lui, était «déjà entré en campagne présidentielle. Alors on ne va pas l’y laisser seul».

Bien qu’ayant validé cette stratégie, le RN a pour l’instant du mal à anticiper le visage des municipales de mars : «On ne sait pas si l’ambiance sera encore ou non au dégagisme anti-Macron», explique un proche de la présidente. Et la formation mariniste sait aussi trop les difficultés qu’elle peut avoir à briller lors de ces élections, alors elle reste prudente. La dernière fois, en 2014, elle avait certes obtenu une douzaine de mairies, mais beaucoup l’avaient été par surprise. Comme à Fréjus, remportée par David Rachline, 26 ans, lors d’une triangulaire. Ou à Hayange, où Fabien Engelmann était sorti vainqueur d’une quadrangulaire. Dans le même temps, des cadors du parti (Alliot, Philippot, Collard) s’étaient, eux, cassé les dents.

Prudence

Cinq ans plus tard, le RN a de nouveau choisi Fréjus pour organiser son université d’été. Celle-ci s’est résumée en une formation des élus et un discours de Marine Le Pen de trente minutes (devant un millier de personnes), où elle a notamment assuré qu’elle était pour «l’union nationale» quand sa nièce Marion Maréchal-Le Pen prône, elle, l’union des droites (lire page 3). «Dans les crises graves, les Français savent qu’ils doivent se rassembler, et que les étiquettes partisanes sont un peu réductrices. Tous les Français, d’où qu’ils viennent, ont vocation à nous rejoindre.» Elle a également affirmé qu’il fallait «conclure la paix fiscale et engager la décrue, notamment pour les classes modestes, les classes moyennes, les indépendants et les petites entreprises».

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Pour mars, le Rassemblement national, à la peine dans les plus grandes villes de France, cible surtout, en plus des municipalités gagnées en 2014, les communes alentour : au RN on parle d’une stratégie du «rayonnement»«Au Pontet, à Hayange, Villers-Cotterêts, Beaucaire, Hénin-Beaumont, ou ici à Fréjus, nos maires ont montré que leur gestion fonctionne», a affirmé Marine Le Pen dimanche. Prudent, le parti n’affiche toutefois aucun objectif chiffré. «Nous pouvons gagner beaucoup d’autres villes, se contentent de répéter ses porte-parole. Nous irons ensuite aux autres élections intermédiaires.» Autant de «prises» avant la dernière marche. Samedi, devant un groupe de «Génération nation», la branche jeune du RN, Philippe Olivier a listé les cibles pour les départementales de 2021 : l’Aisne, la Somme, l’Oise, le Pas-de-Calais, le Nord… Et il a lancé : «Moi, quand j’ai adhéré au FN, on nous a demandé de gravir l’Himalaya avec des espadrilles.» Marine Le Pen n’en est plus là mais la pente reste raide.

Tristan Berteloot Envoyé spécial à Fréjus (Var). Photo Denis Allard

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