14 Juillet : les militaires défilent, les gilets jaunes défient – Libération

15 Luglio 2019 0 Di Luna Rossa

Plusieurs centaines de personnes ont tenté de perturber le défilé sur les Champs-Elysées dimanche. Une mobilisation redoutée par le gouvernement mais qui n’a pas fait autant de vagues que prévu, malgré quelques heures d’échauffourées dans l’après-midi.

Les gilets jaunes avaient promis de transformer ce week-end du 14 Juillet en de fiévreuses retrouvailles. Si le bilan est sans commune mesure avec la séquence hivernale, quelques scènes ont bel et bien rappelé à l’exécutif qu’il n’en avait pas fini, loin de là, avec cette contestation. Depuis quelques jours, les services de renseignement, inquiets, scrutaient les appels sur les différents groupes Facebook. 70 000 personnes s’étaient annoncées dans la capitale. Si l’affluence fut nettement moindre, plusieurs petits groupes ont réussi à se faufiler dans les interstices de l’imposant dispositif, pour générer pléthore de perturbations.

Samedi, l’acte XXXV avait annoncé la couleur. Plusieurs centaines de motivés avaient déjà défilé à Paris, engendrant divers incidents ici et là. Mais c’est bien évidemment ce dimanche qui était visé, avec l’exposition maximale qu’offrait le traditionnel défilé militaire du 14 Juillet. Afin de marquer les esprits, les gilets jaunes avaient conçu plusieurs scénarios : hurler le nouveau gimmick anti-pouvoir, «On veut du homard !» – en référence aux dîners privés (et fastueux) organisés à l’Assemblée nationale par l’actuel numéro 2 du gouvernement, François de Rugy, lorsqu’il était à l’hôtel de Lassay – ou profiter de l’exposition d’Emmanuel Macron lors de la parade sur les Champs-Elysées pour «lui tourner le dos». Si de bruyantes références au crustacé ont bien pu se faire entendre, la contestation a surtout pris la forme d’échauffourées, déclenchées durant l’après-midi par quelques dizaines de manifestants.

Paris, dimanche 14 juillet 2019, Gilets Jaunes en marge du 14 juillet ont manifesté sur les Champs Elysée ou des faces à faces tendu ont eu lieu.Photo Cyril Zannettacci. Vu

Selon la préfecture de police, le bilan dimanche en début de soirée était de 175 interpellations. Parmi ceux qui ont été privés plusieurs heures de liberté, figuraient Maxime Nicolle et Jérôme Rodrigues, têtes de gondole des gilets jaunes, signe que les forces de l’ordre n’entendaient pas laisser aux contestataires l’opportunité de se rassembler. Particulièrement musclée, leur arrestation a été filmée et immédiatement relayée sur les réseaux sociaux. Vers midi, MArié Alimi, l’avocat de Rodrigues, évoquait sur Twitter une «interpellation en tant qu’opposant politique». Les deux ont finalement été relâchés en fin de journée, une technique désormais répétée – et à l’extrême limite de la légalité – qui permet de les «neutraliser» durant le gros de la mobilisation. Autre leader du mouvement, Eric Drouet a été appréhendé pour rébellion. Son dossier était dimanche soir entre les mains du parquet de Paris, qui devait décider d’éventuelles suites judiciaires. En attendant, il a été relâché aux alentours de 18 heures.

«Etouffer sous les dettes»

Pour parvenir à s’infiltrer sur les Champs-Elysées, les gilets jaunes ont dû filouter. Dès l’aurore, un petit groupe arrivé de Seine-et-Marne se réunit autour d’un café à Gare de Lyon. Parmi eux, Damien, 30 ans, ne passe pas inaperçu. Cet ancien pompier, aujourd’hui cadre bénévole au sein de l’association APF France Handicap, dirige ses troupes avec enthousiasme. Clairement, ils ont gagné Paris pour «fêter la révolution». Présents dans les rues depuis le 17 novembre, ils ne se connaissaient pas avant le début du mouvement de contestation. C’est grâce à leur amitié couleur jaune qu’ils trouvent encore la force, huit mois plus tard, de se démultiplier.

«Moi, je suis à découvert tous les mois, mais ce n’est pas seulement cela qui m’irrite. Je n’en peux plus de voir des gens étouffer sous les dettes», raconte Stéphane, 46 ans, agent d’entretien au Mée-sur-Seine (Seine-et-Marne). Pour franchir les nombreux barrages de police, et atteindre le saint-des-saints, le mot d’ordre est passé : il faut avancer sous le vent et se faire discret. La joyeuse troupe a tout compris. Pour les hommes, le dress code c’est bermuda, casquette et lunettes de soleil. Bien entourée, la seule femme du groupe prend régulièrement le bras que Damien lui tend pour l’aider à avancer, en mode couple sans histoire.

A 9 heures, les rires de la bande finissent par s’estomper lorsque Damien apprend à ses camarades l’arrestation du duo Nicolle-Rodrigues. L’inquiétude sur les visages se lit même sans difficulté. Sorti de la ligne 1 du métro parisien, le groupe fait face à l’Arc de triomphe. Entre eux, les pronostics vont bon train. Combien seront-ils à avoir répondu à l’appel ? Ouf, une centaine de personnes occupe la place, le bide total est évité, ce qui a le dont de revigorer Damien et son escouade.

Paris, dimanche 14 juillet 2019, Gilets Jaunes en marge du 14 juillet ont manifesté sur les Champs Elysée ou des faces à faces tendu ont eu lieu.Photo Cyril Zannettacci. VU

A ses côtés, Adrien, 35 ans, autoentrepreneur, attire l’attention. Son énervement est communicatif : «Ça fait 13 ou 14 manifestations que je fais et je suis toujours autant motivé parce que le gouvernement se gave de pognon. On ne sait pas pourquoi on paye nos impôts !» Une colère partagée par tous ces trentenaires, qui chaque week-end sacrifient leur vie personnelle. Certains sont carrément venus en famille. C’est le cas de Stéphanie et Aurélie. Les deux sœurs se sont levées à 6h15 pour faire entendre leur voix. Avec elles, Thomas, qui a rencontré Damien lors des réunions d’organisation à Melun. Ensemble, ils ont déjà été arrêtés par la police, ça soude : «Durant deux mois, on démontait les barrières de sécurité de l’hôpital de Melun, puis, un jour, ils en ont eu marre et on a fini au commissariat», raconte Thomas, déterminé.

Après une heure de jeu de chat et souris, l’équipée se présente au croisement de la rue Galilée et de la rue Vernet (dans le VIIIarrondissement parisien), dans le but d’accéder à la plus célèbre avenue parisienne. Au pied de l’hôtel Amarante, ils décident de planquer les drapeaux customisés «GJ 77». Devant les policiers, tous prennent des airs de jeunes premiers. Les bouteilles d’eau et les briquets sont réquisitionnés avant d’accéder aux deux sas d’inspection. De longues minutes passent mais impossible de progresser. La foule se fait de plus en plus compacte. Au milieu, des enfants agitent le drapeau tricolore alors que, dans le ciel, le ballet des avions commence. Sur les pavés, c’est le bruit des sabots des chevaux de la Garde républicaine qui se mêle aux protestations de Damien, qui ne comprend pas pourquoi les policiers l’empêchent d’avancer.

Bruit sourd de la ferraille

Peu à peu, les premiers incidents fleurissent. Des ballons de baudruche jaunes sont crevés par des policiers sur les nerfs. S’ensuivent quelques fervents «On veut du homard», mais c’est surtout les huées à l’attention de Macron qui achèvent de tendre les forces de l’ordre. Pour les étouffer, policiers et gendarmes saisissent les fauteurs de trouble et les traînent au sol, provoquant vociférations et mouvements de foule. Sur Twitter, un commissaire est filmé en train de griller une ampoule. Il s’en prend vigoureusement à un homme, mais la foule le houspille et crie «Où est Steve», en référence au jeune Nantais disparu lors de la Fête de la musique après une violente charge policière.

Damien et ses acolytes, eux, ne franchissent pas les obstacles. Echaudés, ils refluent vers la place du Trocadéro où un autre groupe de gilets jaunes a prévu de se rassembler. En descendant la rue François-Ier, le dispositif de sécurité est impressionnant. Plus de 4 000 membres des forces de l’ordre sont présents dans la capitale en ce jour symbolique.

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La situation dégénère à la mi-journée. Des affrontements avec les manifestants rythmeront une bonne partie de l’après-midi. Malgré l’abondance de gaz lacrymogène tiré, la foule accumule les barrières métalliques au centre de la chaussée. Au bruit sourd de la ferraille, se mêlent les voix de plusieurs centaines de gilets jaunes qui martèlent tous en chœur «Zineb on n’oublie pas !», en hommage à cette vieille femme morte à Marseille lors de l’acte III. Intégralement détruite au printemps, une célèbre brasserie parisienne qui vient tout juste de rouvrir ses portes est l’objet de nombreux fantasmes. Kévin, jeune parisien de 23 ans, l’assume : «Le Fouquet’s doit brûler, il n’y a pas d’autre issue.» Cadenassé de toutes parts, le lieu résistera cette fois-ci.

Les forces de l’ordre reprennent finalement le contrôle de la situation en fin d’après-midi et rouvrent la circulation. Les Champs-Elysées pouvaient alors s’offrir quelques heures de répit avant le risque d’une nouvelle montée de tensions : à 21 heures, l’Algérie jouait sa demi-finale à la Coupe d’Afrique des nations. Promesse d’une nuit bouillante ?

Marine Caturla

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