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Brésil : le juge tombeur de Lula adoubé par Bolsonaro – Libération

En charge de l’opération «Lava Jato» qui a entravé le retour de l’ancien dirigeant et ouvert un boulevard à l’extrême droite, le magistrat Sérgio Moro a accepté jeudi de devenir «superministre» de la Justice du président élu.

Il a saisi la balle au bond avec un empressement goulu. Symbole de la lutte anticorruption au Brésil, le juge Sérgio Moro sera le ministre de la Justice de Jair Bolsonaro, président élu d’extrême droite. Dans l’avion qui l’amenait de Curitiba, la ville du sud où il officie, vers Rio, où les deux hommes se sont rencontrés jeudi, le magistrat avait tenté de justifier ce sulfureux rapprochement. Il n’accepterait, avait-il décrété, que s’il avait les mains libres pour mener une action énergique contre la corruption. Et il a eu gain de cause, a-t-il confirmé dans un communiqué après la réunion, promettant de «consolider les acquis des dernières années».

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Peu de temps après sa victoire, du 28 octobre, le président élu frappe fort sur l’un des thèmes qui l’a porté au pouvoir : la corruption. Avec Sérgio Moro, il s’est doté d’un «crack». Le magistrat de première instance était en charge, jusqu’ici, de la désormais célèbre opération «Lava Jato»,«lavage express» en portugais, enquête sur une tentaculaire affaire de financement illicite des partis qui a discrédité l’ensemble de la classe politique… et a ouvert la voie à la victoire de Bolsonaro, perçu comme un outsider.

«Bandits rouges»

Sérgio Moro sera à la tête d’un «superministère» qui réunira les attributions de divers organismes de contrôle. Si, pour prendre ses nouvelles fonctions (le 1er janvier 2019, en même temps que le président élu), il doit quitter la magistrature, son flirt avec Jair Bolsonaro est cependant un coup dur porté à sa crédibilité, voire à celle de l’opération Lava Jato : il accrédite le discours de l’ancien président Lula, qui l’accuse de manquer d’impartialité et de l’avoir condamné sans preuves, dans le seul but de l’évincer du jeu politique. Le fondateur du Parti des travailleurs (PT) est, en effet, le «trophée» de Sérgio Moro – l’enquête Lava Jato recoupe sa présidence (2003-2011).

Depuis le 7 avril, le vieux leader de gauche, 73 ans, purge une peine de douze ans de prison pour corruption et blanchiment d’argent. Et c’est Sérgio Moro qui a signé le mandat de dépôt par lequel il s’était rendu, entouré de ses partisans. Les avocats de l’ex-président n’ont pas manqué de dénoncer la «précipitation» avec laquelle il a été condamné à l’été 2017, évoquant une violation des droits de la défense. La confirmation au pas de charge du verdict en appel, en janvier, a conduit à son inéligibilité alors qu’il était en tête des sondages, et sa mise hors-jeu a ouvert un boulevard pour Bolsonaro qui a juré, une semaine avant sa victoire, qu’il le laisserait «pourrir en prison» et mènerait une purge contre «les bandits rouges».

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Jusqu’ici, le très mondain Sérgio Moro s’était affiché avec désinvolture en compagnie d’adversaires de Lula, dont il jugeait pourtant l’implication dans plusieurs affaires de corruption. Mais pas avec Jair Bolsonaro. L’an dernier, il avait même passé son chemin dans un aéroport alors que celui qui n’était encore qu’un député farfelu venait à sa rencontre. En revanche, son épouse, Rosangela Wolff Moro, n’a jamais caché sa sympathie pour l’extrême droite : «Je n’ai pas peur du changement», a-t-elle posté sur son compte Instagram à la veille du second tour de l’élection présidentielle.

La dévorante ambition politique de l’ancien juge de province a finalement pris le dessus. Selon le vice-président élu, le général Hamilton Mourão, le premier contact entre Bolsonaro et Moro a été établi en pleine campagne. Il se trouve que le 1er octobre, peu avant le premier tour du scrutin, le magistrat a rendu publics les aveux de l’ancien homme fort du gouvernement de Lula, Antonio Palocci, entendu pourtant depuis des mois. Palocci y soutient que l’ancien chef de l’Etat était au fait des détournements de fonds au sein du groupe pétrolier Petrobras. Ce timing troublant aurait contribué à freiner la poussée de Fernando Haddad, l’héritier de Lula, battu au second tour par Bolsonaro.

Séisme politique

«Justicier fasciste» pour la gauche mais héros de l’ultradroite, Sérgio Moro est également critiqué pour ses méthodes : afin de faire plier les prévenus, il les maintient en détention provisoire tant qu’ils ne parlent pas, tout en leur faisant miroiter une remise de peine, en échange de leur collaboration «volontaire». Protagoniste de la crise politique qui secoue le Brésil depuis quatre ans, il a grandement contribué à l’impeachment de Dilma Rousseff, destituée fin 2016. Le 16 mars de cette année-là, alors que la Présidente vient de nommer Lula ministre, visiblement pour lui offrir une immunité, Moro provoque un séisme politique en levant illégalement le secret sur leurs échanges téléphoniques. Le juge invoque alors «l’intérêt public» : «Les gens doivent savoir ce que leurs responsables font, même quand ils tentent d’agir dans l’ombre.» «Ce n’est pas le rôle d’un juge», rétorque Roberto Gurgel, ancien procureur général. «Il aurait déjà dû être dessaisi à l’époque, estime une juriste qui a voulu rester anonyme. Or personne n’a osé le faire, par crainte de passer pour un adversaire de la lutte anticorruption.»

La stratégie de s’appuyer sur l’opinion publique pour mieux faire condamner les puissants est tout aussi controversée. Les fuites orchestrées dans la presse ont irrémédiablement détruit des réputations. Mais elles ont nourri sa popularité, ternie ces derniers temps, il est vrai, par son duel avec un Lula encore très apprécié. Aujourd’hui, Sérgio Moro en récolte les fruits.

En plus de la justice, le futur super-ministre sera également en charge de la sécurité publique et de la politique pénale, autre cheval de bataille de Jair Bolsonaro. Les idées du président élu dans le domaine équivalent à un déni des droits de l’homme : baisse de la majorité pénale, paravent juridique pour que la police puisse tuer impunément du bandido, fin des aménagements de peines… «Sérgio Moro est un juge extrêmement punitif, reprend la juriste anonyme. Il n’est pas surprenant qu’il voie d’un bon œil l’agenda agressif de ce gouvernement.» 

Chantal Rayes Correspondante à São Paulo

Sorgente: (1) Brésil : le juge tombeur de Lula adoubé par Bolsonaro – Libération

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