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Subprimes : une crise qui a fait dette – Libération

Alors que l’endettement mondial atteint des records, le spectre d’un krach se profile à nouveau. Mais pour faire repartir la machine, les solutions de 2008 ne pourront pas être recyclées.

New York, VIIe Avenue. Lundi 15 septembre 2008. Une heure du matin. Sur la façade vitrée de l’édifice qui abrite Lehman Brothers, les lumières des bureaux haut perchés sont encore allumées. Actionnaires, représentants de la Maison Blanche, émissaires du Trésor américain… ils sont tous là. Il y a quinze jours, Richard «Dick» Fuld, le patron de Lehman, surnommé «le Gorille» pour son style managérial rude, y croyait encore. Certes le cours de l’action Lehman a décroché de 78 % ces derniers jours. Elle ne vaut plus qu’une poignée de dollars (3,65 dollars contre 85,80 dollars à son plus haut en février 2007). Mais Richard Fuld refuse d’envisager le pire : une banqueroute. La banque d’investissement est infectée de crédits subprimes dont plus personne ne veut, pas même à prix sacrifiés. Ce 15 septembre 2008, dans son bureau du 31e étage, il écoute le secrétaire d’Etat au Trésor américain, Henry Paulson, lui annoncer que la banque ne sera pas sauvée par l’Etat. En un clic de souris, Harvey Miller, l’avocat d’affaires du cabinet Weil, Gotshal & Manges, conseiller de la banque, déclare la faillite de Lehman. Le mail destiné à la Cour des banqueroutes de New York évoque un passif de 613 milliards de dollars ! Quelques heures plus tard, à l’ouverture de Wall Street, l’action Lehman Brothers s’effondre de 94 %. Elle ne cote plus que 21 centimes de dollar. A New York, les salariés de la banque font leurs cartons. Séance tenante, la panique de Wall Street se propage sur toutes les places mondiales. La suite ? Des Etats contraints d’augmenter les impôts pour renflouer les bévues de la finance et éviter un cataclysme mondial. Avec, en prime, des promesses à tire-larigot sur le mode «plus jamais ça».

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Débâcle

Depuis lors, des réformes ont été entreprises, dont l’Union bancaire européenne censée surveiller les 130 plus grands établissements du Vieux Continent et gérer d’éventuelles faillites. De nouvelles règles prudentielles (dites de Bâle 3) imposent aux banques de renforcer leurs fonds propres. Aux Etats-Unis, la loi Dodd-Frank (sous la présidence Obama) doit mieux encadrer les produits dérivés : Donald Trump a promis de la détricoter. Pour autant, dix ans après la débâcle, les mèches qui pourraient provoquer de prochaines déflagrations sont allumées. A l’autre bout de l’une d’elles, un chiffre presque rond : 169 000 milliards de dollars (145 000 milliards d’euros) qui représentent le cumul des dettes publiques et privées de la planète, selon le cabinet de conseil McKinsey (225 % du PIB mondial). Un record. Son gonflement illustre à quel point le capitalisme mondialisé carbure à crédit. Depuis 2008, cette dette mondiale a augmenté de 72 000 milliards de dollars (62 000 milliards d’euros), l’équivalent d’une vingtaine de milliards par jour. La palme revient au Japon (400 %). «Finance de marché et économie réelle sont de plus en plus imbriquées. Or tout le monde sait qu’il y a une bulle sur les marchés financiers. L’argent pas cher a servi, en partie, à alimenter cette bulle mondiale. Si elle devait éclater, elle se répercutera sur l’économie réelle», explique l’analyste financier d’une grande banque parisienne. «Mais c’est surtout la situation des pays émergents qui fait craindre le pire. La dette totale y atteint 50 % de la dette mondiale, du jamais-vu. A elle seule, la Chine représente 43 % de l’augmentation de cette dette depuis 2007», précise le patron de la recherche économique de la banque Natixis, Patrick Artus.

Pétarade financière

Argentine, Brésil, Inde, Afrique du Sud, Chine, Turquie : pour financer, en partie, leur développement, la quasi-totalité de ces pays ont ouvert leur économie aux capitaux étrangers. Mais au moindre doute, c’est sauve-qui-peut. L’Argentine en fait aujourd’hui (une fois de plus après la faillite bancaire de 2001) l’expérience. «Ne reste alors qu’une solution pour éviter l’hémorragie : augmenter les taux d’intérêt pour convaincre ces fonds spéculatifs de rester», ajoute Artus. La Banque centrale d’Argentine a boosté le sien à 60 %… Mais sans parvenir à empêcher la fuite des capitaux. En revanche, le peso s’est déprécié de 70 % contre le dollar, et les Argentins n’ont plus qu’une préoccupation : échanger leur devise contre celle de l’oncle Sam, devenue valeur refuge.«Sur fond de ralentissement économique, la situation de ces pays pourrait finir par affecter le reste du monde», ajoute notre analyste financier. Mais c’est la Chine qui suscite les plus grosses craintes : le niveau de sa dette ne cesse de gonfler. Elle a été multipliée par cinq pour atteindre 256 % du PIB de l’ogre chinois en 2017. Pékin a largement incité les banques à prêter et le message a été reçu cinq sur cinq. La deuxième économie de la planète va-t-elle s’écrouler comme un château de cartes ? Les plus optimistes rappellent que le niveau de dette globale n’y est guère plus éloigné de celle des Etats-Unis. Les plus préoccupés précisent que l’emballement de la dette touche à sa fin…

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Certes, personne ne peut dire quand, ni d’où partira la première forte secousse, mais les foyers d’une méga pétarade financière sont identifiés. Comme celui de ces étudiants américains endettés jusqu’au cou. Ce fardeau est passé de 600 milliards de dollars en 2008 à 1 500 milliards aujourd’hui. «Cette dette ne pourra être remboursée que si ces étudiants trouvent des jobs bien rémunérés. Or, il y a un effet de ciseaux : d’un côté une dette qui augmente et de l’autre de plus en plus de difficultés à trouver des jobs bien rémunérés», note Gaël Giraud, économiste en chef de l’Agence française de développement.

Insolente santé

«Globalement, la situation actuelle est pire qu’en 2008, estime Jérôme Creel, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques. P our l’instant, tout semble tranquille mais il faut craindre que les thérapies adoptées au lendemain de la crise de 2008 ne finissent par faire plus de mal qu’elles n’ont fait de bien.» Les thérapies en question ? Ce sont ces politiques monétaires au nom barbare de quantitative easing (assouplissement quantitatif).

Inconnus hier, les Mario Draghi (zone euro), Mark Carney (Angleterre), Janet Yellen (Etats-Unis) et quelques autres, tous banquiers centraux, ont été érigés en sauveurs du monde en déversant des flots de liquidités dans le système financier. Au début, leur intention était louable : éviter un désastre encore plus grave que celui de 1929. Ils ont certes fait chuter l’intensité de la crise, mais en alimentant des bulles financières au potentiel dévastateur. Explication : les Banques centrales ont fait tourner, plus que d’ordinaire, la planche à billets. Etats et entreprises ont profité de liquidités bon marché pour financer leur croissance. Depuis 2008, cette création monétaire a atteint 20 000 milliards de dollars (presque un tiers du PIB mondial). L’ennui, c’est que le moteur de la croissance tourne toujours moins vite que celui de la dette mondiale. «Que va-t-il se passer lorsque ces Banques centrales devront remonter les taux d’intérêt pour freiner une trop forte inflation, comme c’est de plus en plus probable aux Etats-Unis ? interroge Gaël Giraud. Ce sera la panique générale car le prix des obligations baissera mécaniquement. Les banques et les institutions financières qui en ont dans leur bilan devront enregistrer une perte, beaucoup voudront alors s’en débarrasser. Mais cet excès de vente ne fera qu’accentuer la baisse des prix des obligations émises par les Etats et les entreprises. Ce sera le début d’un krach obligataire.»

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La suite de ce cercle vicieux est déjà écrite : pour continuer à se financer sur les marchés en émettant du papier obligataire, les grandes entreprises et (surtout) les Etats n’auront d’autres choix que de proposer des taux d’intérêt élevés… A côté de ce marché obligataire, il est un autre secteur de la finance dont l’insolente santé (du moins apparente) à de quoi inquiéter : les marchés actions. Presque partout, les actionnaires sont à la fête tant les cours se sont envolés depuis plusieurs années. Mais à y regarder de plus près, pas sûr que l’essor des indices suffise à rassurer.

A en croire les travaux de l’économiste américain Robert Shiller, professeur à l’université Yale et Prix de la Banque centrale de Suède en sciences économiques (toujours confondu avec le prix Nobel), la déconnexion des places financières est manifeste. En situation normale, l’indice de Shiller, qui compare donc le cours d’une action avec les bénéfices distribués par l’entreprise correspondante, oscille entre 14 et 17. Il tourne aujourd’hui à plus de 35 pour les 500 plus grandes entreprises américaines.

Pompiers

La dernière fois que l’indice de Shiller avait dépassé un tel sommet ? C’était en 2000, veille de l’implosion de la bulle Internet. «Le risque, c’est que les investisseurs finissent par réaliser cette déconnexion. Ils décideront alors de se retirer tant qu’il est temps», poursuit Gaël Giraud. Si une telle hypothèse devait se réaliser, pas sûr que les banquiers centraux pourraient jouer aux pompiers comme en 2009. Leur marge de manœuvre est quasiment nulle. En clair, impossible de faire repartir la machine économique en imprimant des billets et en baissant les taux. Ces derniers sont déjà à zéro (ou presque). Ne restera alors plus qu’une solution : faire un voyage en terra economica incognita où les taux d’intérêt seront négatifs. Imagine-t-on alors les banques payer pour prêter ? Pas vraiment. Et c’est sans compter sur le développement de la finance de l’ombre.

Dix ans après la crise des subprimes, la finance parallèle, aussi connue sous le nom de shadow banking, pète la santé. La dernière étude du Conseil de stabilité financière (CFS) dresse un tableau effrayant de cet univers financier qui prospère à l’abri des réglementations bancaires : 99 000 milliards de dollars échappent aux radars de la réglementation. En 2002, le volume de cette véritable bombe à retardement hors de toute régulation ne dépassait pas les 26 000 milliards de dollars. Mais puisqu’on vous dit que tout va bien…

Sorgente: Subprimes : une crise qui a fait dette – Libération

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