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Maroc : après le viol de Khadija, les stigmates d’Oulad Ayad – Libération

Les agressions sexuelles, séquestrations et mutilations qu’aurait subies une fille de 17 ans d’un village au sud de Rabat ont provoqué l’émoi dans le royaume. Les familles des suspects nient les faits.

La petite ville d’Oulad Ayad se détache dans l’immense plaine agricole remplie d’oliviers de Fkih Ben Salah, aux pieds des montages du Moyen-Atlas. Il est à peine 11 heures, le soleil tape déjà dans la petite cour en terre de la famille Okkarou. A l’ombre, Khadija s’installe sur une chaise blanche en plastique à côté de son père, en tirant les manches de son gilet. Ses bras sont marqués de tatouages grossiers et boursouflés. Un grand sourire traverse le visage rond, entouré d’un léger voile rose, de la Marocaine de 17 ans. Quand les journalistes et les acteurs associatifs débarquent dans la cour, Khadija enfile un autre voile, noir, qui tombe sur ses épaules. Une réunion avec le comité de soutien est improvisée à l’écart, dans la modeste cuisine, pour briefer la famille avant l’interview. Le visage fermé, Khadija sort se réfugier dans la petite pièce qui lui sert de chambre, allongée en position fœtale sur l’unique matelas posé à même le sol.

Depuis qu’elle est revenue, le 15 août, après deux mois d’absence, «Khadija n’est plus la Khadija que je connaissais», témoigne Mohamed Okkarou, son père de 49 ans. «Elle est malade psychologiquement et physiquement», poursuit-il, debout dans son salon meublé de quelques tapis et d’une vieille télé cathodique. «Khadija était partie rendre visite à sa tante pendant le Ramadan. Dix jours après, elle a disparu», explique l’homme moustachu à la chemise rouge. Il reste vague sur ce qu’elle a subi. «Durant cette longue période, elle raconte que ses agresseurs ont changé d’endroits et l’ont enfermée.» Khadija ne veut plus parler, refusant de revivre les scènes d’horreur qu’elle dit avoir subies. «Le mercredi 15 août, deux garçons l’ont ramenée. Elle m’a dit : “Père, on m’a séquestrée et violée sauvagement.” Elle est allée raconter son calvaire aux gendarmes le lendemain. Moi, je ne peux incriminer personne car je ne sais pas ce qu’il s’est passé à part qu’ils ont pris ma fille et ont abusé d’elle. Ses agresseurs ne sont pas mes ennemis, ce qui s’est passé est la volonté de Dieu», récite Mohamed Okkarou dans une longue tirade. Aux gendarmes, Khadija a expliqué avoir été kidnappée, violée, torturée et tatouée contre son gré par une quinzaine de jeunes hommes. Puis elle a témoigné dans une vidéo postée le 21 août sur Chouf TV, déclenchant une tempête médiatique dans le royaume.

Terrain vague

Après avoir pris connaissance de l’affaire, Khalid Daanoun, instituteur dans une école primaire d’Oulad Ayad, s’est mobilisé avec d’autres acteurs associatifs. «Il y a plein de Khadija. Elle est un modèle car elle a osé se rendre à la gendarmerie», dit-il. Depuis qu’elle a porté plainte, douze suspects de 18 à 27 ans ont été placés en détention. Le principal d’entre eux, 20 ans, est poursuivi pour «traite d’être humain sur mineure», «viol», «menace de meurtre», «torture et usage d’arme causant des blessures et séquelles psychiques», «constitution d’une bande organisée», «enlèvement et séquestration». Il risque jusqu’à trente ans de prison. Trois suspects sont encore recherchés. «On a foi en la justice. Que Dieu nous éclaire et nous donne une solution», conclut Mohamed Okkarou.

Khalid Daanoun marche dans les ruelles de terre et de caillasses pour se rendre chez une famille dont les garçons ont été arrêtés, à moins de quinze minutes du domicile des Okkarou. «Il n’y a rien ici, ni jardin ni centre culturel, seulement des cafés», se lamente l’instituteur en désignant quatre enfants qui jouent dans un terrain vague au milieu des déchets. Dans la ville de 30 000 habitants, seules quelques rues sont goudronnées. Les immeubles de parpaings inachevés se multiplient à côté de la grande usine de sucre de betteraves.

Derrière sa porte d’entrée en ferraille, Mustapha clame l’innocence de ses deux fils de 27 et 21 ans, en prison depuis deux semaines. «Mon fils aîné qui travaillait à l’usine connaissait la fille. Elle n’a rien fait sous la contrainte. On sait, comme tout le monde à Oulad Ayad, que c’est une déviante qui fume, qui boit et qui a déjà fugué», répète-t-il. Cette remise en cause de la «moralité» de Khadija est aussi rabâchée par Abdelkader, père d’un suspect de 19 ans, qui la considère comme responsable de ce qui lui est arrivé. «Pourquoi son père n’a pas porté plainte alors qu’elle avait disparu pendant deux mois ? Il y a des points de l’affaire à éclaircir», insiste l’homme barbu vêtu d’une djellaba blanche. Il assure avoir aperçu la jeune fille dans la rue durant ses mois de séquestration. Khadija l’affirme : elle a été empêchée de rejoindre sa famille. Son père soutient qu’il a alerté les autorités de sa disparition et qu’elle n’avait jamais fugué avant. «En 2013, par manque d’argent, elle a arrêté sa scolarité. Depuis, elle était fille au foyer, restait à la maison et cuisinait», dit Mohamed Okkarou, qui a aussi deux filles de 15 et 5 ans et un fils de 12 ans.

«Onde de choc»

Les «tatouages» de Khadidja, dont les photos ont circulé sur tous les téléphones du royaume, ont été âprement débattus à travers le pays. Certains spécialistes, relayés par des médias marocains, les font remonter à plus de quatre ou six mois, mettant en doute le témoignage de Khadija, qui assure qu’ils datent de sa séquestration. Face à ces versions contradictoires, Khalid Daanoun soupire. Il ne veut pas entendre parler de cette polémique. «Khadija est une victime, elle ne doit pas se retrouver en position d’accusée, martèle-t-il. Il n’y a pas de parallèle possible mais ses présumés agresseurs, des délinquants, dont plusieurs sont récidivistes, sont aussi les victimes d’un manque d’infrastructures, d’éducation et de prise en charge.» Un constat que partage Noureddine Essaâdi, porte-parole du comité de soutien local créé autour de l’Association marocaine des droits de l’homme afin de traiter les offres spontanées de soutien à Khadija et d’accompagner la gestion médiatique de l’affaire. «Cette ville est habituée à l’insécurité, elle a déjà été témoin de vols, d’agressions et de viols contre des femmes. Mais le cas de Khadija a provoqué une onde de choc car elle est mineure, a subi un viol collectif et a été marquée dans sa chair», explique le jeune militant du «20-février», le printemps marocain.

Khadija reste aujourd’hui cloîtrée chez elle. Son histoire a provoqué un élan de solidarité, sur les réseaux sociaux et par le biais d’une pétition pour lui apporter un soutien médical et psychologique. Grâce à ce dernier, la veille, la jeune fille s’est rendue dans le chef-lieu de la région, Beni Mellal, pour consulter un gynécologue et un dermatologue. «Ce qui est arrivé à Khadija peut toucher d’autres filles. On espère que ça sera une leçon pour protéger chaque fille au Maroc. Cela ne doit pas se répéter», souhaite Mohamed Okkarou. L’enquête est en cours et le juge d’instruction doit interroger les auteurs présumés de l’agression lors d’une première audience, jeudi.

Sorgente: (1) Maroc : après le viol de Khadija, les stigmates d’Oulad Ayad – Libération

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