Après sa sortie polémique sur «le pognon de dingue» consacré – en vain avait-il laissé entendre – aux minima sociaux car «les gens sont quand même pauvres» et «les gens qui naissent pauvres restent pauvres», Emmanuel Macron va tenter de convaincre, ce jeudi, que sa stratégie de lutte contre la pauvreté tranche avec celles des gouvernements précédents. Le sien a été qualifié de «pauvrophobe» par Benoît Hamon. Affublé de l’étiquette «de président des riches», il va personnellement dérouler un plan en faveur des personnes en situation de pauvreté. Avec à la clé des financements à hauteur de 8,5 milliards d’euros sur quatre ans (2,1 milliards par an). Selon une source ministérielle, ces sommes vont au-delà de ce qui était envisagé lors du report du plan en juin. Mais c’est sans compter les économies réalisées depuis un an sur des aides destinées aux pauvres, comme l’APL ou encore les emplois aidés, qui visent à favoriser l’accès à l’emploi des personnes éprouvant des difficultés à être embauchées.

Petits-déjeuners

Un plan qui selon l’exécutif doit aider les «gens [à] s’en sortir» comme il l’avait souhaité dans la vidéo controversée, volontairement mise en ligne, mi-juin, par la com de l’Elysée. A l’époque, Macron avait évoqué l’«éducation» pour «prévenir» la pauvreté et des dispositifs visant à «responsabiliser les gens» pour qu’ils «sortent» de leur situation. Mais les associations de lutte contre les exclusions qui ont eu connaissance des mesures qui doivent être annoncées ce jeudi relativisent. «Ça ne va pas être le big-bang de la lutte contre la pauvreté», prévient le dirigeant de l’une d’entre elles. Le plan, présenté dans un lieu symboliquement fort, le musée de l’Homme, consacré aux évolutions des sociétés en croisant notamment des approches sociales et culturelles, comprend effectivement un volet important consacré à l’éducation et à la petite enfance.

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Objectif : combattre la reproduction de la pauvreté de générations en générations. Figurent ainsi une aide à la parentalité, de soins facilités pour les mères et les très jeunes enfants pauvres, un soutien aux centres sociaux qui font de l’aide aux devoirs, des activités d’éveil et de l’accès à la culture dans les quartiers défavorisés, des petits déjeuners généralisés dans les écoles, une tarification sociale dans toutes les cantines scolaires (y compris dans les communes de moins de 10 000 habitants), l’obligation faite aux pouvoirs publics d’accompagner vers des qualifications et l’emploi des jeunes de 16 à 18 ans qui sortent du système scolaire sans formation ni diplôme.

Crèche

Est aussi prévue l’ouverture en nombre de places de crèches aux enfants issus de milieux défavorisés, grâce à des incitations financières en faveur des établissements qui se montrent les plus accueillants. «Le mélange d’enfants de familles défavorisées dans les crèches avec des enfants issus de milieux plus aisés, est un facteur d’émancipation très puissant», souligne Florent Gueguen, le directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité. Une autre mesure concerne les 330 000 enfants de l’Aide sociale à l’enfance, placés dans des foyers ou des familles d’accueil. Théoriquement ils continuent à être accompagnés à leur majorité, mais nombre d’entre eux, faute d’un suivi systématique par les pouvoirs publics, se retrouvent SDF.

L’autre volet porte sur le soutien aux pauvres qui travaillent. Selon nos informations, le Président va confirmer une revalorisation progressive de la prime d’activité qui va aboutir d’ici à 2021 à un gain de pouvoir d’achat de 80 euros par mois pour une personne au smic. Enfin, une aide importante est prévue pour soutenir les entreprises et les associations qui font de l’insertion par l’activité économique.

Tonino Serafini