«Œil pour œil»… Avant d’arriver au pouvoir, le leader d’extrême droite Matteo Salvini avait promis qu’en cas de nomination au palais Chigi, siège du gouvernement italien, il aurait juré, comme de coutume, sur la Constitution mais aussi – plus sacrilège – sur les Evangiles. Et pour bien montrer sa soudaine ferveur religieuse, «l’ancien communiste de Padanie», comme il aimait à se définir dans les premiers temps de la Ligue du Nord, a agité un chapelet devant ses supporters. Nommé début juin ministre de l’Intérieur et vice-président du Conseil, il s’est finalement présenté devant le chef de l’Etat Sergio Mattarella sans les saintes écritures. Et en lieu et place du chapelet, il arborait au poignet un bracelet rouge et noir du Milan AC, son équipe de foot préférée, dont – hasard de la symbologie – l’emblème historique est un diable.

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Mais au-delà de l’image iconique, ce sont des curés italiens qui organisent, au premier chef, un peu partout dans le pays, la résistance au credo xénophobe du leader d’extrême droite. Fondateur de l’association Libera contre les mafias, le prêtre-ouvrier Don Luigi Ciotti a ainsi invité samedi dernier tous ses concitoyens à endosser un maillot rouge en hommage aux pyjamas rouges portés par des enfants noyés récemment devant les côtes libyennes et au tee-shirt du petit Aylan Kurdi, retrouvé sans vie, il y a trois ans sur une plage turque. «Quel dommage, à la maison, je n’ai pas trouvé le moindre maillot rouge à exhiber aujourd’hui», a ironisé sur twitter Matteo Salvini. «Je lui en apporte un très volontiers au ministère», a répliqué Don Ciotti.

Contraire aux valeurs chrétiennes

Mais la mobilisation contre la politique de fermeture proclamée par l’extrême droite ne se limite pas aux initiatives hors des chapelles. Elle entre même dans les églises et résonne du haut des autels. Reprenant les paroles du pape François, les curés appellent à l’accueil des étrangers et vont jusqu’à attaquer directement et point par point la politique du ministre de l’Intérieur : «La fermeture des ports [aux ONG, ndlr] est un choix hypocrite face au drame de tant de personnes, le langage violent et mystificateur – “la belle vie est terminée” – alimente une intolérance croissance et suscite des comportements violents, xénophobes, racistes et homophobes. Le recensement des Roms est une pratique inconstitutionnelle qui évoque tragiquement les lois raciales», ont récité plusieurs pasteurs. A Teramo, dans la région des Abruzzes, Don Federico Pompei est allé encore plus loin. Non seulement, dans son homélie dominicale du 1er juillet, il a invité ses fidèles à ne pas se contenter de faire l’aumône aux mendiants à l’entrée de l’église mais à les inviter chez eux, mais il a aussi nommément critiqué le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, dénonçant ses positions contraires aux valeurs chrétiennes. C’est alors que plusieurs paroissiens se sont levés et ont quitté ostensiblement l’église San Gabriele dell’Addolorata.

Eric Jozsef correspondant à Rome