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A la SNCF, «on peut les emmerder longtemps et ça, ça leur fait peur» – Libération

A Marseille comme à Paris se pose la question de la suite de l’action. Avec dans les têtes le succès de 1995.

Ce mardi matin, Adi s’ennuie sévère. Dans sa guérite à café, idéalement placée au centre du hall de la gare Saint-Charles à Marseille, il commence à faire les comptes : on est déjà en milieu de matinée, les voyageurs ne sont pas venus, il va sûrement falloir jeter les croissants. «Je suis là depuis trente ans, d’ordinaire, les jours de grève, ça bricole toujours. Mais là…» souffle-t-il. Là, c’est le calme plat, sur les rails comme sur les quais. A Marseille comme partout en France, mardi a été journée presque morte pour la plupart des gares. Et de grosses pagailles. Presque 34 % des agents de la SCNF se sont déclarés en grève, et partout le trafic a été très limité, pour ne pas dire inexistant.

Au bout du quai A de la gare Saint-Charles, les mécanos ont pris une salle juste à côté des contrôleurs. Les «sédentaires» (guichetiers, agents de bureau…), eux, se sont installés à l’extérieur, sur un bout de trottoir. Frédéric Michel, délégué syndical SUD-Solidaires, est un peu déçu. «On avait proposé une réunion interservices, mais ça ne s’est pas fait. Bon…» démarre-t-il pour ouvrir la première assemblée générale, au jour 1 de la grève. Face à lui, une centaine de grévistes un peu dissipés, affichant des logos SUD rail et FO.

«Rien à perdre»

L’organisation de la grève, c’est justement l’enjeu du jour. C’est là que les points de vue syndicaux divergent. Alors que la CGT, l’Unsa et la CFDT ont posé d’emblée un calendrier de grève basé sur des sessions de deux jours jusqu’au 29 juin, SUD-Solidaires et FO ont déposé un autre préavis de grève, illimitée et reconductible chaque jour. Question de démocratie, plaide Frédéric Michel, pour qui «l’AG est un outil incontournable dans la lutte». En toile de fond, le jeune guichetier rêve d’un mouvement jumeau de celui de 1995, où les cheminots avaient réussi à faire plier le gouvernement en bloquant le pays. «On ne va pas faire les nostalgiques, mais en 95, les cheminots ont gagné parce que les syndicats ont été débordés», rappelle-t-il, appelant à la création d’un comité de cheminots réunissant syndiqués et non syndiqués, qui prendrait la main dès l’assemblée générale du lendemain pour faire des propositions d’action. «Personne ne peut se passer de la CGT, tempère à ses côtés son homologue FO. Il faut qu’on soit unis. L’idée du calendrier n’est pas mauvaise non plus. On peut les emmerder longtemps et ça, ça leur fait peur.» La suite, c’est l’assemblée générale de ce mercredi qui devra en décider. Plan A : le calendrier de la CGT est validé par tout le monde, la grève ne reprendra que les 8 et 9 avril. Plan B : le comité de cheminots prend la main et décide de partir dans une grève quotidienne sans interruption.

Au même moment, gare du Nord à Paris, au bout de la voie 36, l’assemblée générale du jour permet de jauger la détermination des grévistes. Militants SUD rail et conducteurs, David et Fred assurent qu’ils iront «jusqu’au bout». «Si on perd, d’autres perdront derrière. Les prochains à être privatisés après nous, ça sera la santé. Et puis ça continuera, ils [le gouvernement, ndlr] vont tout mettre sur le marché»,explique le premier. «Je me lève à 4 heures du matin, j’ai vingt ans de métier et je gagne 1 700 euros. Mais on me traite de privilégié. On n’a rien à perdre, ça coûtera le prix que ça coûtera», assure le second.

«Service public»

Devant la foule réunie, Monique, 56 ans, est la première à prendre la parole. C’est toujours ainsi depuis 2007 à la gare du Nord : lors d’une assemblée générale, cette agente commerciale ouvre les débats. «C’est un peu parce que c’est moi qui me bats pour qu’elles aient lieu», précise-t-elle. Le mot d’ordre du jour est l’unité. Il faut montrer que tous les syndicats sont réunis, peu importent les étiquettes. Monique, même si elle est militante SUD rail, souhaite porter cette unité. «Elle parle pour tous les syndicats», analyse Fred, le conducteur. Cette quinquagénaire salariée de la SNCF depuis 1993 se souvient du mouvement de 1995, «quand on a gagné contre le gouvernement». A la tribune, elle salue les éboueurs également en grève, puis ceux d’Air France, d’EDF, de Carrefour et les étudiants, mobilisés ces jours-ci (lire ci-contre).

Monique laisse ensuite tour à tour le micro à d’autres militants ou volontaires. C’est là un étudiant de Paris-I, venu assurer les cheminots du soutien des étudiants : «On va participer, on va monter avec vous»,affirme-t-il. Ou une institutrice du Val-de-Marne, prête à dénoncer avec les cheminots la «destruction du service public». A chaque fois, les grévistes, confortés dans leur mobilisation, répondent par des applaudissements chaleureux. Demain sera un autre jour, autrement moins consensuel puisqu’il faudra voter la reprise du travail pour trois jours ou un préavis de grève illimitée. Une chose est en revanche acquise : le trafic sera ce mercredi encore très perturbé avec un TGV sur sept et un TER et un Transilien sur cinq, selon les prévisions de la SNCF.

Stéphanie Harounyan Correspondante à Marseille Gurvan Kristanadjaja

Sorgente: A la SNCF, «on peut les emmerder longtemps et ça, ça leur fait peur» – Libération

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