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A gauche, le train de l’union sort du tunnel – Libération

Olivier Besancenot, Eric Coquerel, Benoît Hamon, Pierre Laurent, François Ruffin… Des personnalités de gauche se sont rendues ensemble en Normandie et dans les Hauts-de-France pour soutenir les cheminots en lutte. Une visite à laquelle n’a pas été convié le PS.

La gauche sur les rails : jeudi, plusieurs dirigeants – Benoît Hamon, Olivier Besancenot, Pierre Laurent, François Ruffin et Eric Coquerel – se sont rendus le temps d’une journée dans la Somme et en Seine-Maritime. Des escales dans des petites gares pour soutenir les cheminots. Une sortie de colonie de vacances de la gauche, qui s’organise face à Emmanuel Macron. On les a suivis à la trace.

10 h 31 : le décalage

Pierre Laurent et Benoît Hamon s’installent dans un compartiment. Le train démarre. Le communiste et l’ex-socialiste discutent : foot, Cécile Duflot (lire page 14), Jean-Vincent Placé (lire page 21). L’un et l’autre jettent un œil dans les journaux. Le nez dans l’Equipe, Benoît Hamon pose une question : «Il n’est pas là, Olivier ?» Puis il demande encore :«Et Ruffin ?» Le premier rejoint la bande en voiture, le second est dans le train, mais personne ne sait dans quel wagon. La veille, lors d’une AG publique, place de la Bourse (1), le député de la Somme a proposé un grand rassemblement national, le 5 mai, afin de s’opposer à la politique du gouvernement. «On va très vite avoir une discussion pour savoir si cette date nous convient», prévient Pierre Laurent. Soudain, Ruffin déboule avec un «mais vous êtes où ? Depuis tout à l’heure, je vous attends en première classe». Il s’installe dans le compartiment, son téléphone sonne. Il se met un peu à l’écart. Au bout du fil, le député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière. «Tu n’es pas dans le train ?»demande-t-il. Puis : «Je pensais que tu venais. Et Coquerel s’est trompé de gare, il était à Saint-Lazare alors que le train est parti de la gare du Nord, c’est dommage.» Un départ en décalage.

12 h 16 : le sourire

Le train s’arrête à Abbeville. Laurent, Hamon et Ruffin grimpent dans un bus direction Woincourt, une petite commune à 25 kilomètres. Le temps du trajet, Ruffin s’installe devant, les deux autres au fond du bus. Le député de la Somme revient sur son annonce de «Fête à Macron». «Il faut essayer quelque chose», dit-il. Selon lui, l’ambiance est favorable à la contestation, à la révolte. Ruffin espère rassembler sur le bitume tous les partis de gauche, les mouvements, les syndicats et les anonymes. Il répète les mots «mouvement de masse». Il l’espère «joyeux». On fait le lien avec Nuit debout, il réfute. C’est une autre histoire, un autre combat. Et que se passera-t-il le 5 mai, après la manifestation? «On réfléchit, on s’organise mais peut-être qu’on ne rentrera pas chez nous à la tombée de la nuit…» Au fond du bus, Laurent a entendu les mots de Ruffin. Il répond : «Nous allons consulter dans les jours à venir en interne.» Ni lui ni Hamon ne ferment la porte. Le patron du PCF lâche un sourire. Heureux de voir la gauche dans le même bus. Il argumente : «Je suis ravi, j’applaudis des deux mains, car ça fait des mois que je m’obstine à ça : rassembler la gauche dans la même dynamique. Mais nous devons aller plus loin et proposer un contre-projet commun pour ne pas être seulement dans la contestation.»

13 heures : le silence

Benoît Hamon sort du compartiment. Il met ses lunettes. Les retire. Remet ses lunettes. Le chef de file de Génération·s a l’air hésitant. L’ex-candidat à la présidentielle l’assure, il y a un coup à jouer dans la mobilisation et il ne pense pas qu’à sa pomme. Il revient sur le début de l’aventure. Les échanges avec Besancenot au téléphone, puis l’idée d’une réunion avec «ceux qui veulent» et l’organisation d’opérations communes. On le lance sur l’absence du PS dans la boucle. Petit sourire et petit silence. Hamon, qui tente de prendre ses distances, de ne plus être associé à son ancienne famille, met en avant la ligne politique du PS. «Où se situe-t-il aujourd’hui, quel rapport avec la politique de Macron ?» Il n’a pas la réponse. La bande du train n’a pas envoyé de faire-part aux socialistes.

13 h 30 : l’«homme solide»

Des drapeaux de la CGT flottent devant la mairie, une cinquante de militants accueillent les visiteurs du jour. Le député PCF du coin est présent. Besancenot aussi. Des bises. Des poignées de mains. Tout le monde a l’air content. La gare de Woincourt est en danger, menacée de fermeture. Deux quidams discutent. Le premier tape sur Macron et sa politique. Le train ? «Ici, pas grand-monde ne le prend mais il est important pour les jeunes étudiants…» Près de lui, un homme à la chevelure grise rigole fort et le coupe : «Tu ne peux pas dire ça devant des journalistes.» La discussion s’engage. L’homme à la chevelure grise conclut à sa manière : «En fait, moi, c’est ma femme qui m’a dit de venir parce qu’elle savait que Besancenot allait venir et on l’aime beaucoup, c’est un homme solide.» Dans la foule, «l’homme solide» marche lentement. Baskets, jean, veste à capuche : tranquille. Il met un terme à une histoire qui se raconte ces derniers jours : «Non, je ne suis pas de retour en politique parce que je n’ai jamais arrêté, la politique ne se résume pas aux caméras et à la radio.» La petite foule rentre dans une salle près de la mairie, les invités parlent les uns après les autres, le sentiment d’assister à un mini-meeting. Besancenot est le plus applaudi«Un service public n’est pas fait pour être rentable. Dernièrement on a eu trop de défaites. Aujourd’hui, ensemble, on doit regoûter à la victoire et que Macron paye pour son arrogance.»

15 h 31 : l’ironie

Le bus s’arrête devant la gare du Tréport. Le soleil brille, les oiseaux chantent, les drapeaux de la CGT, du PCF et de Sud flottent. Le sentiment d’assister à une tournée d’un groupe de rock. A chaque gare le même refrain. La troupe évolue. Eric Coquerel, qui a raté son train, a rejoint la bande. Gérard Filoche aussi. Et Besancenot n’est plus dans les parages : il a, lui, le droit à un mot d’absence. Le micro passe d’un politique à un autre, les applaudissements de la petite foule, un peu plus de 100 personnes, rythment les prises de parole. Coquerel est convaincu que les cheminots sont le «point d’appui» de la «lutte». Le député insoumis s’étonne que la presse se frotte les yeux devant le rassemblement de la gauche. Il oublie de dire que son mouvement n’est pas fan des alliances entre les différents partis – une «collection de logos» comme dirait Mélenchon – et que La France insoumise a un peu traîné des pieds. Au fil de la balade, on comprend que toutes les forces présentes répondront favorablement à l’invitation de Ruffin le 5 mai. Pascal, militant communiste de Seine-Maritime, participera, lui aussi, à la «Fête à Macron». Le retraité argumente avec une touche d’ironie : «La fête, c’est un moment joyeux, ce n’est pas une chose négative. On veut faire une belle fête pour changer les choses, défendre le service public et souhaiter un joyeux anniversaire au Président.» A la fin du rassemblement, une figure locale rappelle au micro qu’il y a une caisse en soutien aux cheminots.

16 h 25 : les lunettes

Sur le parking de la gare, Hamon fait la moue. Il ne retrouve plus ses lunettes. Une habitude. «Julia tu as vu mes lunettes ? Benjamin, tu as vu mes lunettes ?» Personne ne sait. Benjamin Lucas, ancien chef du MJS, repère le bus garé un peu plus loin, il fonce, revient avec les lunettes oubliées sur un siège. Le visage de l’ex-candidat à la présidentielle s’illumine, il lève les deux bras en l’air. Son plus beau moment de la journée.

16 h 45 : le doute

Le parking se vide lentement. Seul le soleil est toujours là. Coquerel, Ruffin, Sébastien Jumel, Filoche… Chacun part de son côté. Sauf Laurent et Hamon. Le hic, c’est que le bus de la SNCF qui doit nous emmener du Tréport à Abbeville n’est plus dans les parages. Inquiétude. Le chauffeur de bus fait-il la grève ? Est-il parti sans prévenir ? Le doute s’installe alors que le temps presse. Le leader communiste en est persuadé : «C’est encore un coup de Guillaume Pepy !»

(1) Lire sur Libération.fr notre récit sur l’AG publique et l’appel à la «Fête à Macron».

Rachid Laïreche Envoyé spécial à Woincourt (Somme) et au Tréport (Seine-Maritime) Photo Marc Chaumeil

Sorgente: A gauche, le train de l’union sort du tunnel – Libération

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