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Guerre des fusées : Ariane satellisée par SpaceX – Libération

En quelques années, la firme du fantasque milliardaire américain Elon Musk s’est imposée dans le monde de l’aérospatial et fait maintenant trembler les plus grands, jusqu’à la star européenne.

«Salut à tous, je m’appelle Elon Musk. Je suis le fondateur de SpaceX et dans cinq ans vous êtes tous morts» : l’homme en jean et baskets a bien fait rire les pontes de l’industrie en lançant cette bravade à la tribune d’un congrès spatial, un beau jour de mars 2006. Fort de sa fortune faite grâce à la bulle internet, cet olibrius prétendait révolutionner le marché de l’espace avec une fusée low-cost capable de réatterrir verticalement après avoir placé sa charge sur orbite.

Une décennie plus tard, plus personne ne rigole, de Kourou à Cap Canaveral. En multipliant les succès après quelques déboires, la fameuse fusée «récupérable» Falcon 9 d’Elon Musk a complètement rebattu les cartes : elle promet en effet aux opérateurs de satellites des coûts de lancement divisés par deux ! De quoi faire vaciller tous les acteurs du secteur : les Américains d’United Launch Alliance (lanceurs Atlas et Delta), les Russes (Proton, Soyouz), mais aussi Arianespace, pourtant forte de 240 lancements et 570 satellites mis sur orbite depuis quarante ans. S’il est couronné de succès, le prochain tir d’Ariane 5 prévu ce jeudi sera le 83e tir réussi du lanceur européen. Mais en 2017, SpaceX a surclassé, pour la première fois, la grande dame de l’Europe spatiale avec 18 tirs contre 11 (6 Ariane 5, 2 Soyouz et 3 petites Vega, lancées elles aussi depuis Kourou). Mieux, la firme de Musk a récupéré quatorze étages de sa fusée et en a réutilisé sept, démontrant ainsi sa maîtrise technologique exclusive du toss back («récupérabilité»).

Rapport alarmiste

Alors, déjà dépassée (car non réutilisable) la future Ariane 6 qui doit succéder à Ariane 5 dans moins de trois ans ? A la veille de Noël, un vent de panique a soufflé avec la publication d’un rapport alarmiste de l’Institut Montaigne. «Il existe un scénario crédible dans lequel, avant même son premier vol en 2020, Ariane 6 apparaîtrait comme significativement plus chère que ses concurrentes […]. La suite logique serait de voir les opérateurs commerciaux réduire leurs commandes auprès d’Arianespace», écrit Arthur Sauzay, auteur de cette note intitulée «Espace : l’Europe contre-attaque ?». Et de sortir sa calculette : sachant que SpaceX facture aujourd’hui certains lancements à 50 millions de dollars (40,5 millions d’euros), Ariane 6 ne s’annonce pas du tout compétitive avec un prix estimé à 80 millions d’euros pour mettre sur orbite un satellite de 5 tonnes. L’écart se resserrerait un peu avec la version lourde d’Ariane 6, capable de lancer deux gros satellites pour 130 millions d’euros (65 millions pièce donc). Mais «compte tenu des progrès enregistrés par l’américain pour développer la réutilisabilité», le rapporteur estime que «les coûts de lancement unitaire de Falcon 9 pourraient être abaissés dans une fourchette de 10 à 20 millions de dollars» d’ici 2020. En clair, Ariane 6 serait un lanceur mort-né. En découvrant ce rapport explosif, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a sonné le tocsin le 19 novembre au micro d’Europe 1 : «Si on met les chiffres en face […], l’objectif pour Ariane 6 c’est d’arriver à 50-60 millions d’euros le lancement. SpaceX, c’est aujourd’hui 50 millions le lancement et d’ici deux, trois ans, parce que c’est un lanceur que l’on peut récupérer, ce sera 10 millions d’euros le lancement, cinq fois moins cher qu’Ariane 6.» Et de demander que l’on réfléchisse d’urgence «à une stratégie en matière de lanceurs récupérables au niveau européen». Quatre jours après, le même Le Maire rétropédalait en réaffirmant son «plein soutien» à Ariane 6. Mais l’épisode a laissé des traces : «Pour la première fois de son histoire, Arianespace vient de perdre sa place de premier opérateur mondial au profit de SpaceX, et d’autres acteurs comme Blue Origin pointent leur nez […]. Ariane 6, la bonne réponse ? La CFE-CGC y croit mais le doute s’installe», s’alarme un récent tract du syndicat d’ingénieurs. Les pilotes du futur lanceur européen, qui doit décoller le 16 juillet 2020 depuis le Centre spatial guyanais, balaient eux les mauvais augures. «Je n’ai aucun doute sur la compétitivité d’Ariane 6 : elle sera deux fois moins chère qu’Ariane 5 à performances équivalentes, elle pourra emporter toutes sortes de satellites, et elle sera plus adaptée aux nouveaux besoins de communication de l’ère internet», argumente le président exécutif d’ArianeGroup, Alain Charmeau.

Nouveaux besoins

Avec ses 70 mètres de haut (contre 50 mètres pour Ariane 5), sa puissance de poussée équivalente à deux réacteurs nucléaires EPR, ses deux versions à deux et quatre boosters, et sa grande coiffe qui lui permettra d’embarquer 5 à 11 tonnes de charge utile, «elle pourra aussi bien mettre sur orbite deux gros satellites que larguer 70 minisatellites de 150 kilos d’un coup», s’enthousiasme le responsable d’Ariane 6, Patrick Bonguet. Une «versatilité» adaptée, selon lui, aux nouveaux besoins en constellations de satellites type OneWeb, Iridium et O3b qui vont exploser avec l’Internet des objets et la voiture autonome.

Mais Alain Charmeau sait que l’Europe spatiale joue gros. A 62 ans, cet ingénieur diplômé de l’université Caltech, en Californie, y a consacré toute sa carrière. Et il a vu venir le danger SpaceX. Alors depuis 2014, avec Stéphane Israël, le patron d’Arianespace, la société en charge de la commercialisation des lanceurs, il a réorganisé la maison tambour battant pour faire Ariane 6 et tenter de répondre au défi low-cost. Airbus et Safran ont regroupé leurs activités de lanceurs spatiaux au sein de la nouvelle entité ArianeGroup, détenue à 50-50, et repris les parts du Centre national d’études spatiales (Cnes) pour contrôler 74 % du capital d’Arianespace. Objectif : «Donner le pouvoir à ceux qui font Ariane et mettre en place une nouvelle organisation industrielle plus efficace pour Ariane 6.» Et pour cause. Alors que les Falcon de SpaceX sont assemblées sur un seul site, l’immense usine d’Hawthorne en Californie, Ariane doit faire avec la clause de retour géographique de ses bailleurs européens et une centaine d’industriels : aux Français l’étage principal et la propulsion (moteurs Vinci et Vulcain), aux Allemands et aux Espagnols les structures et les réservoirs, aux Italiens la propulsion solide des boosters, aux Suisses la coiffe qui abrite les satellites… Chaque partie de ce puzzle spatial est construite dans le pays concerné. La fusée voyage ensuite en kits du port du Havre jusqu’à Kourou. Et l’assemblage final se termine au Centre spatial guyanais. Pour plus d’efficacité, ArianeGroup a resserré la production autour de trois grands centres, les Mureaux (Yvelines) et l’Aquitaine en France, Brême en Allemagne. Et s’est inspiré des méthodes de production de l’automobile pour faire baisser les coûts (lire page 3).

Casser les prix

Il était temps de déclencher les boosters. Quand, dans les années 2000, les 22 pays membres de l’Agence spatiale européenne (ESA), se reposaient sur les lauriers d’Ariane 5, les Américains rêvaient de vols habités sur Mars avec Elon Musk. Et la Nasa faisait le pari de confier à SpaceX des missions de ravitaillement de la station spatiale internationale ISS, et des lancements de satellites gouvernementaux en pagaille. Et alors qu’Ariane 6 peinait à boucler son financement de 4 milliards d’euros (pas de tir compris), la firme de Musk obtenait de milliards de dollars de subsides. Le match est d’autant plus déséquilibré que «les gens de SpaceX vendent les lancements sur Falcon à la Nasa le double du prix qu’ils proposent ensuite sur le marché commercial. C’est une subvention déguisée, on ne se bat pas à armes égales», tonne Alain Charmeau. Pour ne rien arranger, certains pays européens confient des lancements de satellites à l’américain, alors que la France, principal financeur d’Ariane, «joue le jeu à 100 %». De quoi agacer l’industriel, qui met en avant «l’extrême fiabilité» du lanceur européen. SpaceX prend, lui, plus de risques dans sa course à l’espace. Le 1er septembre 2016, un Falcon 9 a explosé au décollage, détruisant son pas de tir et un satellite à 200 millions de dollars. Et début janvier, Zuma, un satellite-espion américain, a été perdu corps et bien dans l’espace.

Dessin Jeremy Perrodeau

Mais que se passera-t-il si les start-up du spatial gagnent en fiabilité tout en continuant à casser les prix avec leurs lanceurs réutilisables ? Après SpaceX, la fusée Electron de Rocket Lab, une start-up américaine, promet un lancement à 5 millions de dollars depuis son pas de tir néo-zélandais ! Or, Ariane 6 n’a pas du tout été conçue pour être récupérée. Charmeau reconnaît «un certain retard» car «l’Europe n’a pas investi suffisamment dans de nouvelles options technologiques». Frustrant, car SpaceX n’a pas inventé le concept du lanceur récupérable : c’était celui de la navette spatiale. Mais selon Bonguet, «la rentabilité d’un lanceur récupérable n’est pas démontrée» sur la cadence d’une dizaine de missions par an, qui est celle d’Ariane : «Il faudrait multiplier par trois ou quatre les lancements européens pour atteindre le niveau des Etats-Unis, et que la réutilisation ait un sens économique. En l’état, si on récupère dix fois le même lanceur, cela veut dire qu’on n’en fabrique plus qu’un par an et là, on ne maintient pas l’outil industriel, l’emploi et les compétences.»

Pour autant, Ariane travaille à tisser le fil qui la ramènera un jour sur Terre, avec le projet de moteur réutilisable Prometheus. Et le Cnes planche sur Callisto et Themis, des projets de lanceurs récupérables. Mais rien ne sera pas prêt avant 2030. Dici là, Ariane 6 aura la délicate mission de contrer SpaceX. Le boom des lancements de satellites devrait l’y aider : Morgan Stanley prévoit que le marché du «new space» va décoller, de 350 milliards de dollars aujourd’hui à 1 100 milliards de dollars d’ici à 2040. «Ariane aura largement sa part et le temps de développer un lanceur réutilisable si le besoin s’en fait sentir», veulent croire ses promoteurs. Oui, enfin à condition qu’Elon Musk ne tue pas le game encore une fois avec l’une de ses «Big Fucking Rockets», comme sont surnommées ses fusées.

Jean-Christophe Féraud

Sorgente: (1) Guerre des fusées : Ariane satellisée par SpaceX – Libération

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