«I ara, què fem ?» se demandent les Catalans, et avec eux nombre d’Espagnols et d’Européens. «Maintenant, on fait quoi ?» Fin octobre, le gouvernement de Mariano Rajoy destituait les autorités régionales pour avoir proclamé unilatéralement une «république catalane» illégale aux yeux de la Constitution. Les législatives de jeudi ramènent ces mêmes autorités sécessionnistes au pouvoir. Est-on revenu à la case départ, synonyme de blocage entre Madrid et Barcelone ? Des hypothèses de sortie de crise existent, en voici plusieurs, des plus sérieuses aux plus farfelues.

La solution politique

Ça a l’air simple. Pour entamer le dialogue entre Mariano Rajoy et Carles Puigdemont, il suffit de leur donner rendez-vous en terrain neutre afin de mettre tous les dossiers sur la table. L’historien Julian Casanova a lancé l’idée en septembre sur le Huffington Post, sous le nom de «scénario Budapest». Le chercheur, qui enseigne dans la capitale hongroise, proposait de réunir les deux hommes (et eux seuls) dans un restaurant de la ville, lui-même servant de médiateur. Règle du jeu : parole à tour de rôle, un seul verre de vin autorisé, et obligation au moment du dessert d’avoir trouvé une solution politique. A défaut, les deux interlocuteurs accepteraient de démissionner, laissant la place à des acteurs plus aptes au dialogue.

Vendredi à Bruxelles, Puigdemont lançait à Rajoy la proposition d’un face-à-face n’importe où en Europe sauf en Espagne. Le chef du gouvernement espagnol a décliné. Fin du «scénario Budapest». Mais on imagine mal que les deux responsables s’évitent encore longtemps, entre fins de non-recevoir et conditions extravagantes. Ils ont au moins un point en commun : tous deux représentent des formations politiques de droite.

La solution fiscale

L’argent est le nerf de la guerre. En coulisses, on sait les indépendantistes catalans disposés à recevoir une offre du pouvoir central sur le terrain économique. «Madrid ens roba» («Madrid nous vole»), répète le camp sécessionniste, assurant qu’un divorce ferait gagner 16 milliards d’euros à la Catalogne – chiffre contesté par la plupart des experts espagnols. Que pourrait offrir Madrid ? Vraisemblablement ce qui était prévu dans le nouveau statut d’autonomie approuvé par le Parlement national en 2006 mais sabré quatre ans plus tard par le Tribunal constitutionnel : une plus grande souveraineté fiscale allant jusqu’à la collecte de 65 % des principaux impôts. Mais cette offre apparaît aujourd’hui insuffisante aux indépendantistes, qui ont les yeux rivés sur le système basque et navarrais, très avantageux, qui permet à ces deux régions de gérer pleinement l’impôt en reversant à Madrid une somme pour les services qu’assure l’Etat : défense, ports et aéroports, justice… Le montant de ce pécule, appelé le cupo (le quota), est révisé tous les cinq ans.

Pour les séparatistes, l’obtention de ce privilège serait très bénéfique. Sauf que dans la pratique, comme dans le cas basque, il revient à enrichir une région déjà riche, en la dispensant de contribuer à la solidarité nationale. Etendre ce pacte fiscal à la Catalogne pour débloquer la situation, mais au risque de fâcher les régions «pauvres» comme l’Andalousie, qui a déjà manifesté son désaccord ? Dilemme en perspective pour Madrid.

La solution institutionnelle

Si la Constitution espagnole ne permet pas à une région de faire sécession, il reste une option : la changer. La réforme du texte est prévue par la Constitution de 1978, texte dont l’adoption marqua la fin de quarante ans de dictature franquiste. Dans son article 168, la Constitution précise les conditions pour modifier ses principes fondamentaux. Il faut d’abord un vote favorable des deux tiers du Parlement, qui rassemble les élus du Sénat et du Congrès des députés. Si le vote est positif, les deux chambres sont dissoutes et de nouvelles élections convoquées. Les nouvelles assemblées ratifient ensuite le projet de nouvelle Constitution qui, une fois rédigé et approuvé, est soumis à référendum. La procédure est longue et complexe, mais parfaitement faisable. Elle nécessite bien entendu un large consensus dans l’ensemble du pays, ce qui est loin d’être acquis aujourd’hui. Mais les socialistes comme la gauche radicale de Podemos sont partisans d’une profonde refonte des principes du fédéralisme espagnol. Podemos prône ainsi une Espagne plurinationale où certaines régions, dont la Catalogne, auraient un statut de «nation» et une autonomie accrue.

La solution symbolique

Le sentiment national s’incarne non seulement dans des institutions ou des attributs plus ou moins guerriers (drapeau, hymne) mais aussi dans des symboles affectifs. Bon nombre de Catalans seraient fiers de voir leurs sportifs défiler sous leur propre bannière aux Jeux olympiques, ou d’avoir leurs représentants(e)s au concours Eurovision de la chanson ou à l’élection de Miss Univers. A l’instar des nations britanniques (Ecosse, Galles, Irlande du Nord), la sélection catalane de football disputerait ainsi les qualifications pour les Coupes d’Europe et du monde. La région compte 13 clubs entre la première, la deuxième et la troisième divisions espagnoles, une base suffisante pour monter un championnat national du niveau des compétitions du Danemark, de l’Ecosse ou de l’Autriche. Le Camp Nou ne ferait pas le plein pour recevoir Olot ou Perelada ? C’est méconnaître la capacité de mobilisation des supporteurs indépendantistes.

François Musseau correspondant à Madrid , François-Xavier Gomez