Paris ne doit plus accueillir que des cirques 100 % humains. Tel est, en substance, le message de la campagne qui s’affiche depuis ce mercredi dans les couloirs du métro parisien. Lancée par l’association Paris Animaux Zoopolis et financée par Lush (une société anglaise de produits cosmétiques engagée dans la cause animale), elle doit se poursuivre jusqu’au 26 septembre.

«Athènes, Amsterdam, Barcelone, Bruxelles, Madrid, Vienne, Bucarest, mais aussi New York et Los Angeles se sont déjà prononcés contre la présence sur leur territoire de cirques utilisant des animaux dressés et emprisonnés à vie, argumente la cofondatrice et présidente de l’association, Amandine Sanvisens. Il serait navrant que Paris soit la dernière capitale à accueillir de tels spectacles, d’autant que la Fédération des vétérinaires d’Europe recommande désormais aux autorités d’interdire l’utilisation d’animaux sauvages dans les cirques itinérants.»

«Excès»

Une pétition diffusée sur Change.org a déjà réuni plus de 26 000 soutiens. L’objectif : pousser la Ville de Paris à ne plus accueillir de spectacles utilisant des animaux. «Le Conseil de Paris a créé une mission sur la condition animale qui, à travers une série de consultations, examine de nombreuses thématiques, et notamment celle des animaux dans les cirques, poursuit Amandine Sanvisens. J’espère que d’ici la fin de l’année, la mairie aura pris une position claire dans ce dossier. Paris pourrait devenir un exemple en France, sachant qu’un nombre croissant de villes se positionnent sur ce thème.»

Une cinquantaine de communes françaises se sont déjà prononcées contre l’accueil sur leur territoire de cirques détenant des animaux sauvages. «Et ce nombre continue d’augmenter, avec une accélération ces derniers mois, confirme Samuel Airaud, responsable de Politique et Animaux, un site créé par l’association L214 qui recense les prises de position des partis et des personnalités politiques sur la protection animale. Le sujet est évoqué de plus en plus souvent au sein des conseils municipaux, et des villes de toutes tendances se positionnent désormais contre l’accueil de cirques détenant des animaux sauvages.»

La situation inquiète le monde du cirque qui, le 4 septembre, a monté un collectif regroupant environ 250 structures pour défendre une «profession dénigrée par des groupuscules animalistes»«Nous avons déjà attaqué devant le tribunal administratif une dizaine de villes pour excès de pouvoir, et nous comptons bien faire de même avec toutes les communes ayant pris des arrêtés visant à bannir les cirques détenant des animaux», avertit l’avocat du Collectif des cirques, Cyrille Emery. Selon lui, les édiles ne seraient pas compétents en la matière : «En tant que président de l’Association des maires de France, François Baroin l’a rappelé dans une lettre aux élus en janvier : la compétence de police pour autoriser ou interdire ces cirques relève du préfet, pas du maire.»

Delphinariums

L’Etat semblerait moins catégorique : en avril, une lettre du ministère de l’Intérieur au corps préfectoral des Bouches-du-Rhône préconisait «le dialogue et la concertation préalables entre les professionnels et les municipalités», tout en évitant de «remettre en cause les compétences de l’autorité municipale».Selon la spécialiste du droit animal Me Hélène Thouy, les contours du sujet restent flous : «Les juridictions administratives n’ont pour l’instant pas annulé les décisions municipales dont il est question. Selon moi, les pouvoirs de police des maires leur permettent de prendre de telles décisions s’ils estiment que la présence de ces cirques peut générer un risque en termes de salubrité ou de sécurité publique.» Pour Amandine Sanvisens, «à terme, il faudra une loi. Mais dès à présent, à l’instar de ce qui a été récemment décidé pour les delphinariums, il faut interdire la reproduction d’animaux dans les cirques».

Le sujet a déjà surgi à l’Assemblée nationale, à l’occasion d’une question écrite publiée le 15 août. Son auteure, la députée LREM de l’Eure Claire O’Petit, interrogeait le gouvernement quant aux dispositions qu’il comptait prendre afin d’interdire les animaux sauvages dans les cirques, précisant que près de la moitié des Etats membres de l’UE l’avaient déjà fait.

Quelques jours avant, Nicolas Hulot avait déclaré sur France Inter qu’il n’était «pas favorable à la captivité des animaux, pas favorable à l’idée qu’on fasse du spectacle avec cette activité-là». Le ministre de la Transition écologique et solidaire répondait à une question sur la reproduction des dauphins et des orques dans les parcs aquatiques, mais cette déclaration a sonné comme une sombre menace aux oreilles des professionnels du cirque.

Sarah Finger