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Externalisation des contrôles radars : Gérard Collomb se met à dos policiers et usagers – Libération

Le ministère de l’Intérieur veut sous-traiter au secteur privé les contrôles de vitesse effectués dans des véhicules banalisés. Un choix qui ne réjouit ni les forces de l’ordre ni les associations d’automobilistes.

Libérer des effectifs parmi les forces de l’ordre pour les recentrer sur leurs missions de sécurité : c’est la piste avancée par Gérard Collomb dans un entretien accordé aux quotidiens régionaux du groupe Ebra (le Dauphiné libéré, le Progrès, Dernières Nouvelles d’Alsace et l’Est républicain…), samedi dernier. «Pour affecter gendarmes et policiers à leurs missions prioritaires d’enquête, de sécurité, confier les aspects matériels du contrôle de vitesse à des sociétés extérieures est une solution pertinente», prône le ministre de l’Intérieur. Mais «la verbalisation restera de la compétence des policiers». L’ancien maire de Lyon précise que «ces sociétés seront rémunérées au forfait, et pas en fonction du nombre de PV». Une privatisation partielle qui n’enchante guère les policiers et les gendarmes, et qui irrite au plus haut point les associations d’automobilistes.

Frédéric Le Louette, président de Gend XXI, l’association professionnelle des gendarmes, n’est pas surpris par l’annonce. Mais tacle : «Ce qui me gêne dans ce dispositif, c’est que je n’en vois pas l’intérêtÇa ne va pas nous donner de marge de manœuvre supplémentaire.» Car si le contrôle va échoir à des prestataires privés, la verbalisation demeure une prérogative des officiers de police et de gendarmerie. «On va perdre plus de temps en procédures, regrette le militaire. Et si une infraction importante est constatée, il n’y aura pas d’arrestation immédiate.» Et Frédéric Le Louette de dénoncer un «flou politique» «On est dans l’attente d’informations.»

«Pas le même discernement que les fonctionnaires de police»

A peu de chose près, la police nationale fait écho à la gendarmerie. Au syndicat Alliance, classé à droite, le secrétaire général délégué de l’organisation syndicale, Fabien Vanhemelryck, fait lui aussi part de son désaccord. «Plutôt que de faire des annonces à la presse, Gérard Collomb ferait mieux de s’adresser à nous. […] On lui aurait dit que ce n’était pas la première chose à faire, raille le policier. Pour nous, la sécurité routière relève de la lutte contre la délinquance. On ne met pas de radars pour faire de l’argent.» Le policier doute également du sérieux des prestataires privés : «On va être remplacés par des sociétés qui n’y connaissent rien, qui ne connaissent pas les zones accidentogènes. Je ne suis pas sûr qu’elles aient le même discernement que les fonctionnaires de police… Au lieu de passer à la télé, [le ministre] ferait mieux de s’occuper de son ministère.»

Si le «premier flic de France» a fait cette annonce, le projet est antérieur à son arrivée Place Beauvau. Gérard Collomb a reçu cette mesure en héritage, pensée et conçue sous le quinquennat de François Hollande. La sous-traitance des radars embarqués dans des voitures banalisées à des sociétés privées est d’ailleurs déjà en phase de test, depuis le 24 février en Normandie. Le 20 avril, soit trois jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, l’appel d’offres pour le marché des radars externalisés dans la région a même été lancé. L’entreprise choisie ne sera connue qu’en octobre. D’après nos informations, les sociétés Atos et Morpho (ex-Sagem Sécurité) seraient en bonne position pour remporter le marché public. Consulté par Libération, l’appel d’offres évoque une «activité d’ordre public» ayant «pour objet des prestations de conduite de véhicules radars en région Normandie». Le texte précise que les parcours seront définis «conformément aux plans de contrôle du pouvoir adjudicateur [le ministère de l’Intérieur, ndlr]». Entre les lignes se dessine ni plus ni moins qu’une mission de chauffeurs. Hors TVA, l’Etat devrait débourser 8 millions d’euros sur quatre ans pour ce marché.

«Libérer 400 agents»

Du côté des usagers, la mesure ne remporte pas plus d’adhésion. Pour Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 Millions d’automobilistes, l’Etat fait le choix du profit financier au détriment de l’intérêt général. «Le jour où on me présentera une société privée qui ne veut pas d’accroissement de son chiffre d’affaires, je croirai le gouvernement. Mais il n’y a pas une seule entreprise qui fonctionne sur ce modèle-là.» L’annonce de Gérard Collomb aura au moins eu pour effet de fédérer gendarmes, policiers et usagers.

Au ministère de l’Intérieur, on se félicite évidemment de cette mesure, faisant valoir qu’elle «va pouvoir libérer 400 agents» sur l’ensemble du territoire et «augmenter l’utilisation des véhicules». Tout en se défendant d’être dans une logique comptable. «Les véhicules devraient rouler six fois plus qu’à l’heure actuelle», ce qui permettra de «mieux contrôler la vitesse», argue-t-on. Un amortissement des véhicules qui, mécaniquement, conduira à augmenter de manière exponentielle le nombre de verbalisations pour excès de vitesse.

Clarisse Martin

Sorgente: Externalisation des contrôles radars : Gérard Collomb se met à dos policiers et usagers – Libération

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