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Chantiers navals de Saint-Nazaire: Bruno Le Maire attendu de pied ferme en Italie – Libération

Le gouvernement italien ne compte pas céder sur l’épineux dossier de la prise de contrôle majoritaire de STX par l’industriel Fincantieri. Paris voudrait sortir par le haut en proposant un «Airbus des mers» associant les deux pays dans un grand pôle naval, civil et militaire.

«L’Italie n’a pas changé d’idée» et réclame toujours 51% des chantiers de Saint-Nazaire. Avant la visite lundi du ministre de l’Economie Bruno Le Maire, son homologue italien, Pier Carlo Padoan, a réaffirmé que Rome n’entendait pas accepter sans réagir la nationalisation de STX France, décidée unilatéralement par Emmanuel Macron. Mais le responsable italien a ajouté qu’il voulait rester «optimiste» sur la possibilité de trouver une solution satisfaisante pour les deux parties.

En juillet dernier, le nouveau président français avait exercé un droit de préemption sur le capital de STX au nom de la défense de l’emploi et des intérêts militaro-industriels du pays. Mais la nationalisation «temporaire» avait provoqué la colère de l’autre côté des Alpes. La rupture de l’accord du 12 avril – signé après de longues négociations sous la houlette de François Hollande et qui accordait 51% de STX au constructeur italien de Trieste Fincantieri – a été vécue comme «une gifle française» et une trahison des engagements européens d’Emmanuel Macron.

Les autorités transalpines n’ont ainsi pas manqué de stigmatiser le patriotisme économique de Paris à l’encontre du groupe italien alors qu’il y a encore quelques mois – avant l’arrivée de Fincantieri – STX était détenu, depuis 2008 et à 66%, par un groupe sud-coréen. «Nous ne bougerons pas de nos positions pour des raisons de fond mais aussi pour une question de dignité et d’orgueil national», a averti fin juillet le ministre italien du Développement économique, Carlo Calenda.

«Le monde est vaste»

Depuis, du côté français, on continue d’assurer que Fincantieri est un partenaire bienvenu dans le capital de STX, mais pas en position majoritaire. Inacceptable, répondent les Italiens qui, plus que sur des recours en justice, misent sur le fait que du point de vue industriel STX aura du mal à trouver meilleur partenaire que Fincantieri. «Si c’était si facile de trouver une solution nationale pour les chantiers de Saint-Nazaire, la France l’aurait déjà dénichée, fait malicieusement remarquer un haut fonctionnaire italien. Fincantieri n’est pas en crise. L’opération STX permettrait au groupe de Trieste de se développer mais il peut y avoir d’autres perspectives industrielles.» Une manière de dire que dans la non-résolution du contentieux, STX a peut-être plus à perdre que Fincantieri (qui regarderait notamment de plus en plus vers l’Asie). «Le monde est vaste», a d’ailleurs récemment lancé en forme de défi le patron de l’entreprise italienne, Giuseppe Bono.

Pour tenter de déminer le terrain avec l’Italie, Bruno Le Maire s’était déjà rendu à Rome le 1er août. Et sa deuxième visite lundi devrait avoir pour objet «d’essayer de trouver un compromis». «Nous verrons ce que dira Bruno Le Maire […]. Le gouvernement français a décidé de nationaliser les chantiers navals, nous verrons comment il entend trouver une solution différente», a de son côté lâché Pier Carlo Padoan.

L’objectif affiché serait de trouver un arrangement avant le sommet franco-italien, prévu à Lyon le 27 septembre prochain. Paris aurait avancé l’idée de faire entrer, dans un accord plus large, le colosse français Naval Group (ex-DCNS) – contrôlé par l’Etat et qui collabore régulièrement avec Fincantieri dans le cadre de programmes militaires. Il s’agirait de constituer un grand pôle naval, civil et militaire entre la France et l’Italie.

«Airbus des océans»

La ministre française des Armées Florence Parly a d’ailleurs indiqué mardi que les deux pays travaillaient «à la constitution d’une alliance entre les industries navales militaires française et italienne, dans le domaine des bâtiments de surface, avec l’ambition de constituer à terme un leader mondial». La ministre n’a pas précisé si le dossier STX-Fincantieri rentrait dans ce cadre mais a ajouté : «Ce projet ambitieux avance, en concertation étroite avec les industriels concernés.»

Selon le quotidien La Stampa, «la première étape consisterait à unir les ressources de Fincantieri, STX et Naval Group pour former un ensemble s’élevant à 9 milliards d’euros. Le capital du holding devrait être divisé en parts égales entre Français et Italiens tandis que le top management devrait être italien». Dans le détail, le contrôle des différentes activités (navires de croisière, sous-marins…) serait ensuite réparti entre les deux pays en fonction de leurs compétences dans le secteur. Ce projet pourrait être présenté comme le futur «Airbus des océans».

A Rome, on attend de voir concrètement les propositions françaises. «Nous voulons croire que Bruno Le Maire ne viendra pas les mains vides», indique-t-on laconiquement du côté du gouvernement Gentiloni.

Sorgente: Chantiers navals de Saint-Nazaire: Bruno Le Maire attendu de pied ferme en Italie – Libération

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