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Angela Merkel : «Ce qui m’importe, c’est de donner une forme humaine à la mondialisation» – Libération

liberation.fr – Angela Merkel : «Ce qui m’importe, c’est de donner une forme humaine à la mondialisation».

A moins d’un mois des élections législatives allemandes, la chancelière Angela Merkel revient sur ses déclarations à propos des réfugiés et son rapport à l’écologie dans un entretien avec le quotidien allemand «die tageszeitung», que nous publions également. Par Georg Löwisch, Journaliste à la «taz». et Anja Maier, Journaliste à la «taz». Traduction Alice Lortholary

De combien de couches écologiques est constituée Angela Merkel ? C’est ce qu’ont essayé de gratter nos confrères berlinois de la tageszeitung dans un entretien – à retrouver en version originale sur le site taz.de – ciblé sur la question des Grünen allemands (les Verts) et de ses décisions en faveur de l’accueil des réfugiés.

A la recherche d’une coalition de rechange à l’alliance nouée depuis 2013 avec les sociaux-démocrates, la chancelière allemande, très bien partie pour un quatrième mandat, esquisse ici plusieurs ponts avec des Verts qui n’ont plus participé à un gouvernement depuis 2005.

Y a-t-il du vert en vous ?

J’ai été ministre de l’Environnement [de 1994 à 1998, ndlr], c’était une période passionnante. Au sein de la CDU [son parti, l’Union chrétienne-démocrate], je me suis battue pour que nous ne parlions pas seulement de l’économie sociale de marché dans notre programme, mais aussi d’économie écologique de marché.

D’un autre côté, au moment du terrible accident nucléaire de Tchernobyl en 1986, j’en ai rendu responsable uniquement la situation soviétique, les mauvaises normes de sécurité.

Pas le principe même d’une utilisation civile de l’énergie nucléaire. Il a fallu attendre la catastrophe de Fukushima, en 2011, pour que je change radicalement de position.

Mais y a-t-il chez vous quelque chose qui soit de gauche ?

Je n’ai que faire de ce genre de tiroirs. D’abord je suis CDU, avec des racines libérales, chrétiennes-sociales et conservatrices, à parts égales. Ce qui m’importe, c’est de donner une forme humaine à la mondialisation.

C’est aussi le développement durable, donc l’équité entre les générations, des finances viables et l’utilisation durable des ressources. C’est à cela que j’ai toujours travaillé.

Mais rien de gauche.

Vous voudriez définir ce que je ne suis pas. Je vous réponds par ce que je suis. Des racines multiples de la CDU, que je respecte profondément, résultent certains points de contact avec ce qu’on appelle couramment de gauche. La doctrine sociale-démocrate a aussi des points de contact avec ce qu’on définit comme chrétien-social.

Ainsi la CDU a toujours plaidé pour le rôle important des syndicats, car il faut parler à la fois d’une économie créatrice de prospérité et de la juste répartition de ses fruits.

Diriez-vous que les Verts pâtissent de s’être trop écartés de leurs racines de gauche et trop rapprochés de vous, du centre bourgeois ?

De mon point de vue, les Verts ont aussi des racines diverses : une dimension critique vis-à-vis de l’Etat, et une autre très soucieuse de préserver l’œuvre de la Création. Cette attitude très prudente envers la nature me paraît très proche de mes convictions. Mais pas la très forte critique de l’Etat.

Quelle place les Verts ont-ils, à vos yeux, sur l’échiquier politique allemand ?

Ce n’est pas à moi de la définir. Il m’importe qu’ils travaillent sur des sujets nouveaux, parce que sur d’autres, l’énergie nucléaire par exemple, les problèmes sont largement réglés. La forme humaine à donner à la mondialisation peut être un sujet passionnant pour les Verts aussi.

Justement, en matière de lutte contre le changement climatique, l’industrie automobile est en échec complet. Les voitures allemandes émettent pratiquement autant de CO2 qu’en 1990. Cette industrie est-elle à ce point hostile au changement que cela pourrait entraîner sa ruine ?

Je ne pense pas qu’elle a complètement échoué en la matière. Nos normes européennes de CO2 pour les flottes que mettent en circulation les différents fabricants sont très ambitieuses. Et, depuis 1990, le nombre de voitures a considérablement augmenté.

Mais nous sommes bien d’accord que si l’on veut que le CO2 soit largement banni à la fin de ce siècle, il faut des changements massifs dans les véhicules en circulation. L’industrie doit se préparer à ces changements, qu’il s’agisse de moteurs électriques ou à hydrogène.

Les moteurs à combustion gardent pour un certain temps encore leur importance comme technologie de transition. Prenons garde à ne pas diaboliser des avancées modernes, et en particulier les diesels propres, sinon nous ne pourrons guère respecter les normes de CO2.

Au cours des premières semaines du débat sur les réfugiés, le 15 septembre 2015, vous avez répondu en conférence de presse : «Si l’on commence maintenant à devoir s’excuser de montrer un visage ami face à des situations d’urgence, alors ce pays n’est plus le mien.» Aviez-vous réfléchi à cette déclaration en amont ?

Non, je n’avais pas préparé cette phrase. C’était une réponse à une question où l’on me reprochait d’avoir encouragé des réfugiés à venir.

Comme le fait d’avoir accepté de faire des selfies avec des demandeurs d’asile…

Entre autres ! J’ai trouvé ça tiré par les cheveux. Tout d’abord parce que jusqu’à cette déclaration de 2015, environ 400 000 réfugiés étaient déjà arrivés. En outre, un pronostic du ministère de l’Intérieur prévoyait à la mi-août 800 000 arrivées pour l’année entière. Finalement, 890 000 réfugiés ont été accueillis en Allemagne.

Nous n’étions donc pas très loin du compte. Deuxièmement, je n’exprimais pas là uniquement mon opinion personnelle mais aussi celle des personnes présentes à la gare de Munich et ailleurs qui ont accueilli des réfugiés à bras ouverts.

Dans ce contexte, j’ai déclaré : si l’on aide des hommes sans pouvoir avoir l’air aimable, alors ce n’est plus mon pays. C’était une déclaration spontanée. C’est venu du fond du cœur parce que c’est ma conviction.

Les marques de sympathie venues de la gauche ne vous indiquaient-elles pas déjà que vous vous étiez éloignée des conservateurs ?

Non, d’ailleurs de nombreux membres de la CDU ont soutenu l’idée de laisser entrer en Allemagne les réfugiés venus de Hongrie. Ces réfugiés ont d’abord pris le train, puis sont venus à pied, parce que Victor Orbán [le Premier ministre hongrois] leur a subitement refusé toute possibilité de voyager.

Les débats étaient plutôt : «Que va-t-il se passer ensuite ?» Je savais que cela ne pouvait pas durer. Des passeurs criminels tirent profit de la misère des réfugiés.

C’est pourquoi j’ai travaillé dès le début du mois de septembre à un accord entre la Turquie et l’Union européenne après y avoir réfléchi tout l’été. Pendant de longs mois, personne n’y a prêté attention.

Disons que j’étais pour le moins très surprise lorsque, mi-mars 2016, cet accord a été aussi mal accueilli. Pourtant, c’était le seul moyen d’organiser et de gérer ce problème de manière à préserver l’intérêt des personnes qui cherchent refuge chez nous et à mettre fin aux morts en mer Egée.

Et la possibilité d’expulser des malades mentaux ? Des retours sans anticipation, des retours vers l’Afghanistan ? Ce pays-ci est-il encore «votre pays» ?

Oui, c’est mon pays, puisque nous donnons à toute personne qui demande l’asile en Allemagne une chance de déposer un dossier et nous créons de meilleures conditions de vie chez eux en luttant contre les causes de l’immigration.

Mais nous devons énoncer clairement nos règles. Sur ce point, je trouve le programme des Verts très confus. Il évite les questions difficiles. Nous n’aiderons pas l’Afrique en déclarant que nous accueillerons tous ceux qui souhaitent venir.

Nous devons aborder les choses de manière complètement différente : lutter contre ce qui pousse ces hommes et ces femmes à fuir et à immigrer, contribuer à de meilleures conditions de vie et créer des perspectives d’avenir dans les pays d’origine, trouver des voies de migration légales au lieu de tendre la main aux passeurs. Voilà pourquoi notre droit à l’asile comprend aussi des règles strictes. En outre, on peut renvoyer les gens tout en se montrant aimable.

Il n’est donc nulle part clairement affiché : l’immigration vers l’Allemagne, c’est possible.

L’immigration vers l’Allemagne est une réalité. Nous disposons d’un marché intérieur et de libre circulation des personnes pour tous les Européens. Dans notre programme de gouvernement, nous reconnaissons que nous avons besoin d’immigration.

Je peux tout à fait m’imaginer que nous fixions des quotas avec des pays africains, qui permettent à un certain nombre de personnes de venir étudier ou travailler ici. Nous créerions ainsi des incitations à trouver des voies légales. En somme, l’illégalité est exclue et l’inaction n’est pas une solution.

S’agit-il donc pour vous de réfugiés «utiles» ?

L’idée d’«utilité» est erronée lorsqu’on parle d’hommes. Nous devons garantir aux réfugiés qui sont venus en Allemagne une protection face à la guerre et à la persécution politique. Pour ceux qui souhaitent venir pour des raisons économiques, il s’agit d’ouvrir les portes à ceux dont nous avons besoin, comme des personnels soignants par exemple.

Mais immigrer pour faire des études ou pour une opportunité de travail est également dans l’intérêt des migrants et leur offre de nouvelles chances.

Libération

Sorgente: Angela Merkel : «Ce qui m’importe, c’est de donner une forme humaine à la mondialisation» – Libération

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