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Viktor Orban, la haine en tête d’affiche – Libération

En Hongrie, le gouvernement mène une campagne massive de dénigrement de l’opposant George Soros aux relents d’antisémitisme.

En salopette bleue et tennis blanches, Marta Solymar, digne retraitée aux cheveux blancs, n’a pas l’air d’une vandale. Ce soir-là, armée de son seau d’eau, elle participe pourtant à l’arrachage sauvage d’affiches gouvernementales, sur une grande avenue de Budapest. «J’arrose le papier, comme ça les autres le décollent plus facilement», explique-t-elle. Ils sont quelques groupes de citoyens à faire ainsi disparaître des panneaux géants où figure un portrait rieur du richissime homme d’affaires américain d’origine hongroise, George Soros, avec ce commentaire : «99% des Hongrois sont contre les immigrants ; ne laissons pas Soros rire le dernier». Sous-entendu : ne laissons pas Soros faire venir des immigrants en Hongrie.

Le poster est le dernier avatar en date de la campagne lancée par le premier ministre nationaliste Viktor Orban contre le businessman. Via sa fondation Open Society, Soros finance des ONG gardiennes des droits humains, qui critiquent la politique anti-réfugiés d’Orban. Le premier ministre accuse en retour le «milliardaire spéculateur» de vouloir utiliser sa fortune et les groupes qu’il soutient pour «installer un million de migrants» en Hongrie. «Ces affiches, ça me rend malade, reprend Marta. Leur nombre est effrayant, il y en a des milliers, partout, le long des rues, des autoroutes, dans le métro, les abribus.» Certaines sont même collées sur le plancher du tramway, et les passagers piétinent donc automatiquement le visage de Soros.

Antisémitisme

La campagne gouvernementale qui dure depuis six semaines s’articule autour de deux photos. L’une – un montage – montre Soros manipulant une marionnette : au bout des fils, rien d’autre que le leader du parti socialiste hongrois. L’autre est celle de Soros riant aux éclats. Des clichés qui renvoient à l’imagerie antisémite des années 30 et 40, alors que George Soros vient précisément d’une famille juive. «L’image du Juif manipulant, tels des marionnettes, les rois, les capitalistes et les socialistes est un vieux cliché antisémite», rappelle l’historien Laszlo Karsai. Quant au portrait «rieur», il s’inspirerait d’une caricature de juifs hilares publiée en 1942 dans le journal Der Stürmer dont le rédacteur en chef fut condamné à mort au procès de Nüremberg. «L’article accompagnant la caricature explique que les Juifs sont des criminels nés, qu’ils ne rient pas comme des gens normaux mais comme des criminels» précise l’historien.

Viktor Orban franchit un nouveau cap en virant un peu plus vers l’extrême-droite. Mais il rejette les accusations d’antisémitisme. «Tout le monde sait que le gouvernement hongrois prône la tolérance zéro envers l’antisémitisme. Tant que nous serons au pouvoir, nos concitoyens juifs pourront compter sur la protection de l’Etat», déclarait le chef du gouvernement le 27 juin dernier. Avant d’ajouter : «Il faut toutefois noter que ceux qui nous accusent (d’antisémitisme) ne font qu’importer l’antisémitisme en Europe en y faisant venir des contingents de dizaines de milliers de migrants.» Autrement dit, Soros qui, selon le gouvernement, convoie des migrants par milliers, est lui-même la cause de l’antisémitisme.

«Ces affiches répugnantes sont financées avec l’argent du contribuable»s’indigne Robert Vass, 36 ans, venu, lui aussi, arracher les posters.«Viktor Orban incite à la haine en montant les gens contre un ennemi imaginaire ; j’ai vraiment l’impression de me retrouver dans le roman de George Orwell, 1984.» Dans ce livre, l’ennemi public n°1 Emmanuel Goldstein est la cible des deux minutes de haine quotidiennes orchestrées par «Big brother».

Vers un retrait des affiches

«Je ne crois pas que Viktor Orban soit antisémite», estime Marta, la retraitée. «Mais il sent que beaucoup de Hongrois croient à l’idée d’un complot orchestré par les Juifs, et qui est la cause de tous leurs maux.»Réagissant pour la première fois, George Soros s’est déclaré  «bouleversé» par cette campagne et l’association des Juifs de Hongrie a demandé le retrait de ces posters qui risquent d’attiser des sentiments haineux (certains ont été affublés de graffitis antisémites). Le gouvernement a annoncé que les affiches seraient enlevées la semaine prochaine. Il parait désireux d’enterrer cette controverse alors que les championnats mondiaux de natation débutent le 15 juillet à Budapest, et que le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou doit effectuer une visite officielle en Hongrie cette semaine. Ces posters ne semblent cependant pas irriter Nétanyahou qui, dans un communiqué, a soutenu Orban et critiqué Soros.

Mais le retrait des affiches dans la capitale n’empêchera pas le gouvernement hongrois de continuer à diffuser sa propagande anti Soros sur les ondes publiques, dans les journaux télévisés, et dans les spots baptisés «information du gouvernement».

Florence La Bruyère Budapest correspondance

Sorgente: Viktor Orban, la haine en tête d’affiche – Libération

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