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Migrants: des «hot spots» dans le désert libyen? Le mirage de Macron – Libération

Le Président a dit vouloir installer «dès cet été» des postes avancés pour trier les candidats à l’asile en France. Un projet jugé irréaliste par les ONG.

Xavier Bertrand voulait imposer un «blocus maritime» pour empêcher les bateaux de migrants de sortir des ports libyens ; Federica Mogherini, la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, avait proposé dans un rapport en 2015 de «détruire» les navires utilisés par les passeurs ; Emmanuel Macron a lui annoncé, jeudi, lors d’une visite d’un centre d’hébergement de réfugiés à Orléans, la création de «hot spots»,ces centres chargés de trier les candidats à l’asile en France, «dès cet été»pour maîtriser l’arrivée des migrants venus de Libye. Depuis le début de l’année, 112 000 hommes, femmes et enfants ont traversé la Méditerranée du sud au nord et plus de 2 300 sont morts durant la traversée.

L’urgence humanitaire fait consensus, les réponses avancées jusqu’ici beaucoup moins. Celle du chef de l’Etat n’échappe pas aux critiques. Première interrogation : à qui s’adressent ces hot spots ? En 2016, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a enregistré 85 726 dossiers émanant principalement de Soudanais, d’Afghans et d’Haïtiens. Or la même année, les réfugiés arrivés en Italie depuis la Libye étaient, selon l’Organisation mondiale sur les migrations, Nigérians (20%), Erythréens (11,4%), Guinéens (7,4%) et Ivoiriens (6,4%). Hormis les Erythréens, les autres ressortissants africains ne remplissent pas les strictes conditions – persécutions en raison de l’ethnie, de la religion, de la nationalité, de l’appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques – d’obtention de l’asile. Ce sont des migrants économiques. Et Emmanuel Macron a bien précisé, dans son discours d’Orléans, qu’«il n’existe pas, le pays qui peut accueillir tous les migrants économiques».

Prise en charge «en amont»

Quel est donc l’intérêt de ces hot spots ? «Eviter que les gens qui seraient de toute façon déboutés de l’asile ne prennent des risques inutiles en continuant leur voyage», indique l’Elysée. Même s’ils ne représentent qu’une petite partie des migrants. «C’est un piège pour nous enregistrer et nous ramener chez nous», craint surtout Stéphane, un Camerounais joint par téléphone à Sebha, la capitale du Sud libyen. Emmanuel Macron a souligné que ce «pré-traitement des demandes [d’asile]» doit permettre d’éviter aux candidats au départ d’être abandonnés dans «des camps, des hangars, [qui] ne relèvent même pas de l’humanité minimale».

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Mais la Libye, territoire sans Etat, peut-elle sérieusement accueillir des travailleurs français de l’Ofpra et garantir aux migrants un examen serein et sécurisé de leurs demandes d’asile ? «C’est gravement méconnaître la situation libyenne, commente Corinne Torre, de Médecins sans frontières. Dans ce pays, les migrants se cachent de peur d’être capturés, torturés, rançonnés. On risque de les exposer un peu plus, de les mettre en danger.» L’Elysée reconnaît que «les conditions de sécurité ne sont pas réunies» pour le moment.  Et qu’il n’est pas «pas possible aujourd’hui» d’installer les hot spots. Seule une «mission de faisabilité» sera diligentée «fin août», rétropédale l’Elysée.

En revanche, la présidence assume cette volonté de prendre en charge les demandes d’asile «le plus en amont possible», notamment au Tchad et au Niger. «La France peut-elle intervenir dans un pays souverain ? Cela me semble difficile, relève Pierre Henry, de France Terre d’asile. Nous sommes favorables à l’ouverture de voies de migrations légales, c’est une bonne chose. Mais il existe déjà le Haut-Commissariat aux réfugiés, qui a présenté un plan de réinstallation des réfugiés, pourquoi sortir de ce schéma ?» D’autant qu’aucun Etat européen ne s’est associé, jusqu’à présent, à la proposition d’Emmanuel Macron.

Offre de service

Deuxième question soulevée par l’annonce des hot spots libyens : où les installer ? L’Elysée évoque «la région Sud», c’est-à-dire le Fezzan. Logique, puisque l’écrasante majorité des réfugiés y passe. Mais c’est justement la zone où les «conditions de sécurité» sont les plus délicates. L’autorité du gouvernement reconnu par la communauté internationale y est inexistante. Les trois principaux groupes de la région – les Touaregs, les Toubous et la tribu arabe des Ouled Slimane – estiment avoir un lien particulier avec la France, dont les derniers soldats ne sont partis du Fezzan qu’en 1956, et cherchent à en tirer parti. Senoussi Messaoud, membre du conseil des tribus des Ouled Slimane, principale tribu de Sebha, la capitale du Sud, tend ainsi la main: «Si la France nous aide, nous pouvons contrôler la frontière.» Les deux autres clans font la même offre de service, promettant de transformer les 2000 km de frontière avec le Niger, le Tchad et le Soudan en zone sécurisée… Un pari risqué. Prendre parti pour l’un des trois acteurs, c’est s’aliéner les deux autres.

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Quant au reste du pays, il n’est pas beaucoup plus sûr. La route de 50 km qui relie Tripoli à Zaouiya, proche des plages d’où partent les navires de migrants, est régulièrement bloquée par des milices hostiles au gouvernement de Tripoli et par des bandes criminelles spécialisées dans les enlèvements. A part l’ambassade d’Italie, aucune représentation diplomatique occidentale ou internationale n’est revenue s’installer dans la capitale. C’était d’ailleurs la principale raison invoquée par le ministre français de l’Intérieur, Gérard Collomb, lundi à Tunis, lors d’une conférence interministérielle sur la migration, pour écarter l’idée d’installer des centres pour les migrants en Libye.

Sorgente: Migrants: des «hot spots» dans le désert libyen? Le mirage de Macron – Libération

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