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Pourquoi le découpage des circonscriptions parisiennes est-il si compliqué ? – Libération

Pas facile de saisir la délimitation et la répartition des 18 circonscriptions de la capitale.

Vous vivez dans le XVIIIe arrondissement de Paris ? Vous votez soit dans la 3e, soit dans la 17e, soit dans la 18e circonscription. Vous nichez dans le XIe ? Ce sera dans la 6e ou la 7e circonscription. Le découpage de la capitale peut être un vrai casse-tête.

Les circonscriptions parisiennes.

Pourquoi les circonscriptions ne sont-elles pas calquées sur les arrondissements ?

Les dix-huit circonscriptions parisiennes aux formes alambiquées n’ont pas grand-chose à voir avec la délimitation des vingt arrondissements de la ville. En voici la cause : pour les élections législatives, le découpage des circonscriptions repose sur des bases démographiques. C’est-à-dire que chaque député doit être élu dans une zone comportant un nombre d’électeurs à peu près équivalent. Actuellement, les circonscriptions françaises doivent compter environ 125 000 citoyens, en respectant une marge de 20% d’habitants en plus ou en moins. La ville de Paris, qui abrite 2,2 millions de personnes, a donc été divisée en zones respectant ces critères. Or il est impossible de se caler sur les limites des arrondissements, inégalement peuplés. Le XVe compte par exemple 237 000 habitants contre à peine 17 000 pour le Ier. Avec le découpage par circonscriptions, il y a très peu de différences. Par exemple, il n’y a que 22 000 personnes d’écart entre la 6e circonscription, la plus peuplée (134000 électeurs), et la 11e, la moins peuplée (112 000 électeurs).

Pourquoi est-ce que la numérotation des circonscriptions est éclatée ?

Autre point déstabilisant : alors qu’avant 2012, les circonscriptions étaient numérotées en forme d’escargot comme pour les arrondissements, certaines sont aujourd’hui disséminées aux quatre coins de Paris. Par exemple, la  2e circonscription est située au sud de la Seine tandis que la 3e est au nord-ouest de la capitale. La 14e, à l’ouest, est complètement à l’opposé de la 15e, à l’est. «Le but était de conserver le plus possible les anciennes bases territoriales des circonscriptions en y ajoutant certaines parties supplémentaires. Quand c’était possible, la numérotation existante a été conservée. Mais cause de la réduction du nombre d’élus à Paris, certaines circonscriptions ont sauté. La nouvelle carte reste corrélée aux arrondissements mais dans une moindre mesure», explique Thomas Ehrhard, chargé de séminaire à l’école Polytechnique auteur de travaux sur le découpage électoral.

Pourquoi y a-t-il eu un redécoupage récemment ?

Certains parisiens ont encore du mal à se faire aux circonscriptions actuelles, qui ont été redéfinies en 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, en vue des élections législatives de 2012. Les contours des circonscriptions n’avaient pas été touchés depuis belle lurette puisque la dernière modification datait de 1986. De 1958 à cette date, la ville était même divisée en 31 circonscriptions, treize de plus qu’aujourd’hui.

Cet ajustement a permis de prendre en compte la croissance démographique. L’ancien découpage était établi à partir du recensement de la population de 1982. Il y avait alors 55,8 millions de Français, contre 62,4 millions en 2009. Le nombre d’habitants par circonscription a ainsi été relevé de 108 000 à 125 000 et les zones ont été redessinées. C’est ainsi que la capitale est passée de 21 à 18 circonscriptions.

Le nord de Paris a été relativement épargné par le redécoupage, contrairement à la 1ère circonscription d’alors, à cheval sur les quatre premiers arrondissements, complètement explosée. Les 2e et 3ecirconscriptions ont fusionné, tout comme les 15e et 16e circonscriptions. Un peu partout, les zones ont été ajustées, grignotant d’autres circonscriptions ou bien se rétractant de quelques centaines de mètres.

Y a-t-il eu des manipulations politiques ?

Etant donné qu’il faut respecter la distribution démographique, cela reste compliqué. Les nouvelles délimitations émanant de l’exécutif, l’opposition qualifie souvent ce procédé de «charcutage électoral». L’éclatement de la 1ère circonscription, où la députée de gauche Martine Billard était élue, a notamment suscité les critiques. Le gouvernement a été soupçonné de redessiner les zones de manière à privilégier la droite. Or «les circonscriptions parisiennes sont toutes très petites en termes de superficie et concentrent beaucoup de population, ce qui empêche de faire du charcutage électoral», rectifie Thomas Ehrhard. L’annonce de la suppression de trois sièges à Paris a éveillé la crainte chez les députés de la ville, autant à droite qu’à gauche. «Par un mécanisme de défense, les députés ont créé la rumeur d’une menace qui pèserait sur leur circonscription. Mais en réalité le redécoupage n’a pas biaisé la représentation de la gauche ou de la droite», poursuit le chercheur.

D’autant plus que les circonscriptions parisiennes ont une particularité : elles ont un ancrage soit très à droite, soit très à gauche. Ce clivage est plus présent qu’ailleurs sur le territoire. Les 4e et 14e circonscriptions, à droite, ont par exemple la réputation d’être «imprenables». Paris est la ville qui a le plus voté pour Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, l’enjeu est donc aujourd’hui de regarder comment cela va se traduire dans les différentes circonscriptions.

Margaux Lacroux

Sorgente: Pourquoi le découpage des circonscriptions parisiennes est-il si compliqué ? – Libération

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