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Chroniques algériennes – Lettre à Emmanuel Macron depuis l’Algérie – Libération.fr

chroniques-algeriennes.blogs.liberation.fr – Lettre à Emmanuel Macron depuis l’Algérie

Je t’écris de l’autre côté de la Méditerranée en reprenant les termes de la Lettre aux Français de l’Emir Abdelkader. «Le savant est l’homme pour lequel s’opère facilement la distinction entre la franchise et le mensonge dans les paroles, entre la vérité et l’erreur dans les convictions, entre la beauté et la laideur dans les actes».

En visite à Alger en février dernier, Emmanuel Macron a déclenché la polémique en qualifiant la colonisation française de «crime contre l’humanité», des propos qu’aucun responsable politique français n’avait encore eu à ce sujet : « La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes.». Soulignant à la suite «les perspectives d’un nouvel âge franco-algérien», Emmanuel Macron s’est engagé en faveur d’un tournant de la relation franco-algérienne.


Cher Emmanuel,

Le peuple français t’a choisi pour présider à ses destinés durant les cinq prochaines années. Peut-être même pour la décennie à venir. Je le félicite de t’avoir accordé cet honneur et cette responsabilité. Tu n’es pas seulement le plus jeune président de l’histoire de France. Tu es aussi le premier président français à être né après l’indépendance de mon pays ; l’Algérie. Tu fais partie d’une autre génération, tu fais partie de ma génération. Une génération qui, sans vouloir faire entorse au verbe de Camus, se tutoie pour mieux se comprendre.

La France n’aura plus jamais le monopole de l’Algérie. Désormais, nos deux pays doivent se définir l’un sans l’autre. Pour autant, nos destins, sans être communs, sont liés par la force des relations humaines et le demeureront longtemps. Les millions d’algériens et de français dont l’histoire et l’avenir sont associés à la fois à l’Algérie et à la France sont les meilleurs témoins de cette condition. Ils en sont aussi, ensemble, les acteurs privilégiés. Souvent, ils partagent le même vécu, parfois la même destinée.

Emmanuel Macron visite le cimetière de Bologhine à Alger, le 14 février. Photo Sringer / AFP.

Mon peuple, redevenu souverain, entretient des amitiés avec les peuples du monde, y compris le peuple français. Les algériens ne confondent pas les crimes du système colonial avec la nation française. Celle avec laquelle nous partageons beaucoup de valeurs humaines et morales. Ce sont ces valeurs-là qui cimentent les liens qui nous unissent.

Nous autres algériens nous ne demandons rien à personne. La repentance des affres et des crimes du colonialisme est une question exclusivement franco-française. Elle ne vous regarde que vous. Le moment venue elle deviendra un acquis de la conscience française. Ce jour-là, s’il advient, l’Algérie saura honorer une telle volonté par son pardon. Mais c’est peut-être l’affaire d’une autre génération. Toutefois, les mémoires peuvent déjà s’apaiser, se réconcilier.

Il est temps de commencer une nouvelle ère de la relation entre l’Algérie et la France. Nous avons besoin de définir une vision commune de notre relation. Elle ne sera certainement pas exclusive, mais elle peut toujours être privilégiée, si elle est empreinte de respect et de sincérité. Que les orientations de nos états convergent ou divergent, les intérêts vitaux de nos nations se rejoignent souvent. Nos sociétés sont porteuses des mêmes aspirations pour un avenir meilleur. En réalité, on recherche continuellement la sérénité, l’espoir et la confiance dans les yeux de l’autre.

« Le savant est l’homme pour lequel s’opère facilement la distinction entre la franchise et le mensonge dans les paroles, entre la vérité et l’erreur dans les convictions, entre la beauté et la laideur dans les actes ». Tels sont les mots de l’Emir Abdelkader dans sa « Lettre aux français » qui est toujours d’actualité. Apprenons de sa sagesse et portons le savoir comme fondement du renouveau de la relation entre nos pays. Une relation empreinte de franchise dans les paroles, de vérité dans les convictions et de beauté dans les actes.

Nous ne sommes pas condamnées à travailler ensemble. Nous choisissons de le faire et nous aurons raison, car c’est le sens de l’Histoire. C’est la voie que les peuples choisissent pour prospérer, côte à côte, dans toutes les dimensions, notamment humaine, sociale, culturelle, politique ou économique. Notre partenariat doit revêtir une dimension stratégique. Il devrait nous permettre d’affronter ensemble le nouveau monde qui se dessine, d’apporter des réponses communes à ses défis.

Ouvrons la voie de cette nouvelle ère et assurons le développement durable de nos pays. Parafons un traité d’amitié et inscrivons notre partenariat dans le marbre. Faisons de ce rêve une réalité avant 2022.

Ces quelques lignes ne sauraient engager qu’un seul algérien parmi plus de quarante millions de braves femmes et hommes. Ces lignes peuvent rencontrer par contre « un destin (qui) n’est pas une punition ».

En te remerciant de l’attention que tu portes à toutes les réconciliations.

Bien à toi,  Anisse*

  • Anisse Terai est algérien. Membre du Think Tank citoyen NABNI, il est diplômé de Sciences Po et ancien élève de l’ENA et de l’université d’Harvard.

Sorgente: Chroniques algériennes – Lettre à Emmanuel Macron depuis l’Algérie – Libération.fr

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