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C’était Barack Obama – Libération

iberation.fr – C’était Barack Obama.

Avec un bilan largement positif, le 44e Président des Etats-Unis laisse une Amérique coupée en deux selon le consultant Niels Planel. Reste à Trump et à ses riches amis de refaire les sombres règles du jeu. Par Niels Planel, consultant international  *

«Yes we can. Yes we did.» C’était plus qu’un discours d’adieu : à Chicago le 10 janvier, Barack Obama a offert un hymne à la démocratie, un plaidoyer pour l’engagement et une ode à la jeunesse tolérante de son pays. «Yes we did.»

Au long d’une présidence sans scandale, le démocrate – poussé par la Grande Récession de 2008, qu’il a vaincue – a donné une nouvelle crédibilité au progressisme et à un gouvernement activiste, modernisant l’Amérique en la rendant plus juste : 15 millions d’emplois ont été créés sur 75 mois d’affilée – un record depuis 1939 –, une réforme historique de la santé et une fiscalité plus progressive ont vu le jour, mariage gay et lutte contre le changement climatique sont devenus des réalités.

Les Américains sentent que la vie va mieux (dixit le sondeur Gallup), leurs salaires sont en hausse, et 3,5 millions d’individus sont sortis de la pauvreté en 2015, un record depuis 1968.

Pour l’historien Robert Dallek, Obama a «humanisé le système industriel américain». Le pays reste un compétiteur international hors norme, même si Obama n’a pas été très présent sur la scène mondiale, sauf en Iran, à Cuba et sur le climat : l’Amérique n’a plus besoin d’aller chercher des ressources énergétiques dont les prix ont chuté et qu’elle peut désormais trouver chez elle. Peut-être a-t-elle aussi jugé qu’elle ne peut plus tout.

Pour autant, la mobilité sociale est faible chez les minorités quand, au sein de la white working class (ouvriers et employés blancs), les bons emplois d’antan se font rares. Pire, née de la réforme de l’Etat-providence de Bill Clinton, une pauvreté abjecte – 1,5 million de foyers vivent avec 2 dollars par jour – a perduré, et une épidémie d’opioïdes frappe les Blancs indigents. Ce sentiment de stagnation a généré peur et colère et polarisé un pays parmi les plus inégalitaires du monde riche. C’est la principale tache sur son bilan.

Le démon de la question raciale

Déplorant le retard pris à ne pas moderniser l’Amérique à cause d’une rhétorique néolibérale inadaptée aux effets de la mondialisation et des technologies, le 44président confiait en 2014 «qu’avec quelques modifications modestes on pourrait faire croître cette économie plus vite et offrir davantage d’opportunités à plus de monde». Et de nuancer : «Qu’il y aurait toujours de la pauvreté et de l’inégalité, et il y aurait toujours beaucoup de travail pour le 45président, jusqu’au 50e Soit des décennies de lutte pour le camp du progrès – et un retard qui ne sera pas comblé par le 45président.

Pire, le démon de la question raciale a ressurgi au terme des deux mandats du premier président afro-américain. Un vétéran de son camp l’a dit : « Dans le long passage de l’Histoire, ce chapitre est assez simple : le pays est passé d’une seule culture dominante, à une autre, qui est multiculturelle.

Et cela ne s’est pas passé facilement. Mais maintenant, nous sommes au milieu du gué, et ça semble chaotique et compliqué.»

Le pays est coupé en deux. L’électorat démocrate devient multiculturel, moins blanc, moins religieux, plus diplômé que l’ensemble du pays, à un rythme plus rapide que la nation, et vieillit plus lentement qu’elle. Il incarne le futur, a donné 2,8 millions de voix en plus à Hillary Clinton, et va souffrir des décisions de Donald Trump, qu’il va combattre avec ardeur.

La présidence Obama pourrait n’avoir été que le prélude de cette ère que cet électorat préfigure.

Chez les Républicains, c’est l’opposé : diversification raciale et ethnique, gains éducatifs et déclin du religieux sont moins accentués parmi des électeurs vieillissant plus vite que la nation. Trump pourrait être le dernier président de cette Amérique du passé. Il a joué sur cette fracture pour percer, prétendant incarner le cri viscéral d’une white working class en souffrance, face à une Hillary Clinton incarnation d’un establishment déconnecté. Obama n’a pas suffisament fait pour ces classes ébranlées par l’ère post-industrielle : les Républicains, obsédés par les cadeaux aux riches, ont fait un usage constant et cynique des procédures d’obstruction pour tuer les gestes d’Obama en faveur des couches populaires, dont la white working class, qu’ils prétendaient aider.

Hope et progress

Celle-ci ne s’y est pas trompé. Si l’outsider Trump a fait mordre la poussière à seize républicains lors des primaires, c’est que les Américains ne veulent plus de leurs potions. Reaganisme et Clintonisme ont été balayés : Obama comme Trump ont gagné parce qu’ils faisaient campagne pour le changement, contre Washington. Seulement, désormais, c’est Trump, ses riches amis et les lobbies qui vont refaire les règles du jeu. Le legs progressiste d’Obama ne sera pas aisé à défaire mais le Congrès républicain, brûlant de le liquider, va y aller au bulldozer.

C’est là que le bât blesse : Obama laisse son camp sans grands leaders pour le défendre. Si ses défaites au Congrès ont grillé une génération de démocrates, son erreur est d’avoir parié son héritage sur la victoire de Hillary Clinton. Des figures comme Julián et Joaquín Castro, Kamala Harris ou Tulsi Gabbard sont en train d’émerger mais n’ont pas encore le charisme et l’expérience d’un Bernie Sanders, d’un Joe Biden ou d’une Elizabeth Warren, piliers vénérables mais âgés.

C’est pourquoi le citoyen Obama devra rester engagé. Justement : la force de son engagement est peut-être son plus beau legs.

Il restera de lui la légende du petit-fils de domestique kényan devenu Président des Etats-Unis ; le community organizer de Chicago étudiant à Harvard ; le puissant discours de Boston de 2004 d’un poète métis ; la campagne de 2008 qui a redonné le goût du vote ; la verve du meilleur orateur de ce début de 21siècle.

L’optimisme incurable d’un homme qui s’appelait Barack Hussein Obama dans l’Amérique post 11 septembre et parlait de hope et de progress comme nul autre auparavant, convaincu comme Martin Luther King que «l’arc de l’univers moral est long mais tend vers la justice». Des mots à garder au cœur pour traverser la sombre présidence qui s’annonce.

  • Niels Planel est l’auteur de Sur les pas d’Obama – Le renouveau de la gauche américaine (Hachette Littératures, 2009) et d’Obamanomics – Comment Barack Obama a réformé l’Amérique (Le Bord de l’eau, 2012).

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Sorgente: C’était Barack Obama – Libération

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