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Benoit Hamon ou l’expérience utilisateur de la génération système D – Libération

Édito

Si Benoît Hamon remporte dimanche la primaire à gauche, il y aura des déceptions. Nous entendrons des militants et des responsables, défaits et blessés, ne pas comprendre ce qui a bien pu se passer pour que des «hommes et des femmes de gauche» fassent «le choix du passé», de «l’utopie», plutôt que celui du «réalisme» de la gauche qui gouverne, incarné par Manuel Valls.

Ne pas comprendre les ressorts et les signaux faibles signifie passer à côté d’un movement de l’opinion. Face à un phénomène mal ou pas compris, la solution qu’on administre alors pour le stopper amplifie le mal. Voilà ce qui conduit à pilonner les propositions de Hamon, et les disqualifier parce qu’«utopistes». Et voilà comment, en tombant à côté de la plaque, on peut perdre une campagne. Pour deux raisons. La première, c’est qu’il ne faut pas prendre les électeurs pour des abrutis. Aujourd’hui, à peu près tout le monde sait que certaines propositions des candidats ne sont ni réalistes, ni réalisables. Pourquoi le revenu universel serait-il plus désastreux pour l’économie et la société française que de supprimer 500 000 postes de fonctionnaires ?

Seconde raison : ceux qui ont voté Hamon dimanche dernier, et ceux qui pourraient porter leurs suffrages ce dimanche, ne sont pas plus rêveurs que le plus à gauche des candidats de la primaire. Ils estiment probablement que les propositions de l’ancien ministre socialiste répondent à leur vécu, à leur propre expérience. On peut débattre des heures sur le revenu universel, et ce qu’il implique comme vision sur le travail, ou la fin du travail. L’analyse divise, à gauche comme à droite, avec des arguments intelligents et intelligibles ; mais elle séduit surtout les plus jeunes parce qu’elle ancre ses propositions dans leur réalité, leur ressenti et dessine une vision de l’avenir qui est déjà leur présent.

Car le vote Hamon est sans nul doute traversé par un fort renouvellement générationnel. Tandis que les experts tentent de mesurer les conséquences des ruptures technologiques sur le marché de l’emploi dans 10, 20 ou 30 ans, beaucoup de jeunes subissent dès aujourd’hui les bouleversements du travail, enquillant petits jobs, précaires, à la limite du salariat, malgré leurs diplômes. Le travail tel que nos parents ou grands-parents l’ont connu, tel que les politiques le fantasment ou nous le promettent pour demain confine à l’arnaque intellectuelle. A l’heure du système D généralisé, la «valeur travail» ne correspond en rien à ce que vivent déjà ceux qui soutiennent Hamon.

On pourrait répéter sur la question de la laïcité le même axiome : les soutiens de Benoit Hamon ne font pas d’une «identité Maginot», où la laïcité devrait être toujours plus exclusive, la réponse à toutes leurs galères, parce que l’islam qu’ils côtoient n’est pas celui qui inquiète Manuel Valls.

Les autres candidats et les observateurs qui n’ont pas vu prendre la mayonnaise doivent comprendre ce qui est à l’œuvre ici. Le vote Hamon fait écho à cette révolution technologique qui place en son cœur «l’expérience utilisateur» : une application pour smartphone ne peut résister à ce que ses utilisateurs veulent en faire. Ici, la dynamique Hamon se nourrit d’une génération ultra diplômée, plus diplômée que toutes les précédentes, qui préfère son vécu et ses amis aux leçons d’une élite qu’elle voit, à tort ou à raison, faillie.

Ces mêmes forces de l’expérience utilisateur portent sans doute Emmanuel Macron : une clientèle jeune, entrepreunariale, libérale et «schumpétérienne», et qui cherche aussi, comme les soutiens de Hamon, une explication du monde moins étriquée que celle proposée par d’autres candidats. Tout sépare les deux anciens ministres de François Hollande, mais leur petite musique anti-déclin, un imaginaire moderne, est en train de donner un sacré coup de vieux à des candidats plus traditionnels. Que ces derniers ne le voient pas est le signe frappant d’un changement d’époque.

Sorgente: Benoit Hamon ou l’expérience utilisateur de la génération système D – Libération

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