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Afrique : les trois guerres de Hollande – Libération

foto – L’armée française prépare la transition en formant les soldats maliens aux techniques de combat avancées, ici en décembre 2015. Photo Fred Marie. HansLucas

liberation.fr – Afrique : les trois guerres de Hollande. Sahel, Centrafrique, Libye : de succès militaires en erreurs stratégiques, le bilan de la présence de l’armée française sur le continent est discuté. Le Président, présent à Bamako ce week-end, n’échappe pas aux accusations d’ingérence.Par Célian Macé

A moins d’une annonce surprise, lorsqu’il quittera le palais de l’Elysée en mai, François Hollande laissera derrière lui plus de 4 000 soldats français déployés dans le Sahel.

L’opération Serval, devenue Barkhane à l’été 2014, est la plus vaste intervention de l’armée (hors engagement au sein d’une coalition) depuis la guerre d’Algérie. Contre toute attente, elle fut déclenchée par un président socialiste jusque-là peu connu pour son goût du kaki et dénué de lien particulier avec le continent africain.

En cinq ans, François Hollande, en visite ce week-end à Bamako pour coprésider le 27e sommet Afrique-France, a pourtant «projeté», selon le vocable en vigueur, des soldats au Mali, au Niger et au Tchad (pour Barkhane), en Centrafrique (Sangaris) et, de façon beaucoup plus discrète, en Libye.

Rhétorique

«Lorsqu’il a été élu, les militaires ont pensé : “On va passer un quinquennat tranquille”. Ça a été tout le contraire», note Antonin Tisseron, chercheur associé à l’Institut Thomas More. L’étincelle a été le Mali. Une ancienne colonie déstabilisée par un coup d’Etat en 2012 et grignotée, ville par ville, par une alliance de rebelles touaregs et de combattants islamistes, dont certains affiliés à Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi). Devant l’incapacité de l’armée nationale à contrer leur progression, Bamako appelle Paris à la rescousse.

Un réflexe qui signe «le retour de la Françafrique», selon les détracteurs de l’opération Serval. «Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait une continuité avec les interventions du passé, réfute pourtant Bérangère Rouppert, doctorante à l’Université d’Auvergne et spécialiste des questions de sécurité au Sahel. On n’est plus dans l’installation ou la défense de régimes africains choisis par l’Elysée.»

La lutte antijihadiste est devenue la priorité du gouvernement français dans ses opérations extérieures : Serval est la première intervention décidée et menée par la France seule «dans le contexte post-11-Septembre», relève Georges Berghezan, du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grip). «Les terroristes qui attaquent notre propre territoire sont liés avec ceux qui sont au Levant, en Irak et en Syrie mais aussi ici, dans la bande sahélo-saharienne.

C’est le même combat», a rappelé François Hollande vendredi, lors d’une visite éclair à la base opérationnelle de Gao, au Mali. «Le problème, c’est que la rhétorique de la “guerre contre la terreur” sert à balayer toutes les critiques, comme il y a dix ans aux Etats-Unis, regrette Yanis Thomas, auteur d’un rapport sévère sur les interventions françaises en Afrique pour l’association Survie (1).

La demande d’aide du Mali a été quasiment écrite par Paris. Et l’opération Serval n’a même pas été permise explicitement par une résolution de l’ONU [la résolution 2085 prévoyait le déploiement d’une “force internationale sous conduite africaine”, ndlr]. C’est un dangereux précédent.»

D’un point de vue strictement militaire, Serval est pourtant une «parfaite réussite», juge Antonin Tisseron. Avec le recul, l’armée française est particulièrement fière de «sa» guerre des sables, dans le sillage des expéditions coloniales de la fin du XIXe siècle. L’environnement désertique éprouvant, complexe au niveau logistique, a laissé le champ libre aux grandes manœuvres apprises à l’Ecole de guerre.

Les villes du Nord sont libérées en quelques jours, et des centaines de jihadistes sont tués ou arrêtés dans les mois suivants par les forces françaises et les soldats tchadiens qui ont rejoint le dispositif. L’efficacité de Serval est unanimement saluée en 2013, y compris par les Américains, satisfaits de voir la France prendre sa part du fardeau antiterroriste.

Opérations extérieures de la France en Afrique

«Malentendu»

«Serval est un succès indéniable, mais on n’a pas su transformer l’essai», analyse Bérangère Rouppert. Quatre ans jour pour jour après le déclenchement de l’opération, l’Etat malien n’a pas repris pied dans toutes les villes du Nord, et pas une semaine ne passe sans qu’une attaque soit menée contre une gendarmerie malienne, un convoi de l’ONU ou une base française. «L’insécurité est en train de déborder au Burkina Faso, au Niger… Ça pose quand même la question de l’efficacité de l’action française», pointe Yanis Thomas.

En 2016, quatre soldats français ont été tués dans l’explosion de mines artisanales. «4 000 hommes sur 5 millions de kilomètres carrés peuvent-ils vraiment faire la différence ?» s’interroge Georges Berghezan.

Barkhane mise désormais sur la «montée en puissance» des partenaires africains pour prendre le relais. Plus de 8 000 soldats ont été entraînés par la Mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM) depuis 2013, soit près des deux tiers de ses effectifs. «Ça demande du temps, de passer du statut d’armée de parade à celui d’outil de combat contre des acteurs aguerris et motivés. On part de très loin, estime Antonin Tisseron. En attendant, la France doit tenir. Car si elle part aujourd’hui, la situation empire.»

Sauf que Barkhane s’essouffle. Le matériel, notamment, a du mal à suivre. Et les hommes, mobilisés en permanence sur le territoire français par l’opération Sentinelle, se voient rogner leurs périodes de préparation tant leur calendrier est serré. Une carence qui mécontente les officiers, pour qui ces phases d’entraînement sont indispensables au sérieux des opérations françaises.

«On atteint aussi les limites de ce qu’on peut faire sur le plan militaire, explique Bérangère Rouppert. Au Mali, par exemple, le processus de paix est enlisé, en grande partie à cause de l’inertie et de la corruption du gouvernement d’Ibrahim Boubacar Keïta.

Paris pourrait taper du poing sur la table ! On a le droit d’être plus fermes, quand des soldats français meurent là-bas.» Sur la durée, la présence de l’ancienne puissance coloniale pourrait devenir pesante pour les pays du Sahel.

«Au Niger, la force du sentiment antifrançais m’a frappé», assure Antonin Tisseron, qui a consacré une étude à ce phénomène (2). «Les jihadistes, lointains, ne sont pas considérés comme le pire des maux pour la population sahélienne, abonde Georges Berghezan. Pour elle, l’insécurité, c’est souvent le régime en place… que la France soutient. Il y a une déception née de l’intervention française à cause de ce malentendu.»

Jusqu’à présent, François Hollande n’a jamais évoqué un calendrier de retrait, ni même parlé publiquement de désengagement au Sahel. A la différence de l’opération Sangaris, très circonscrite dans le temps (lire ci-contre). «La Centrafrique reste pour moi un mystère, avoue Bérangère Rouppert. On a brandi une menace de génocide, qui était en grande partie fabriquée, pour justifier l’intervention. Les soldats français ont pu atténuer la violence, entraîner les Africains, et Paris a soutenu la transition à bout de bras.

Mais la mauvaise connaissance des forces en présence a aussi conduit à des erreurs stratégiques terribles. Aujourd’hui, l’Etat centrafricain n’est pas capable d’assurer sa propre sécurité, la France est quand même partie, mais un contingent reste positionné à Bangui… j’ai du mal à comprendre la logique.»

Menaces

En Afrique, François Hollande aura donc mené une guerre de mouvement au Sahel, une guerre d’interposition pour éviter des massacres en Centrafrique… et une guerre secrète en Libye. La mort de trois sous-officiers français de la DGSE «en service commandé», dans le crash de leur hélicoptère à Benghazi, cet été, a conduit l’Elysée à reconnaître du bout des lèvres la présence de soldats français sur le terrain. «La catastrophique intervention française en Libye en 2011 [sous le mandat de Nicolas Sarkozy] est le point de départ de la déstabilisation de toute la région», rappelle Georges Berghezan.

C’est à nouveau dans ce pays hors de contrôle que s’accumulent les menaces. Même si l’Etat islamique a été délogé de son fief de Syrte en décembre par des brigades libyennes, des groupes jihadistes sont toujours présents en Libye et sont suivis de très près par les services de renseignement. A terme, leur dangerosité pourrait être bien supérieure à celle des cellules éparpillées qui subsistent au Sahel.

Or la France, loin de son «pré carré», dispose d’une marge d’action beaucoup plus réduite : François Hollande a donc opté pour une action militaire clandestine. Le Président a hérité de ce dossier sensible lors de son arrivée au pouvoir. Il le transmettra à son successeur.

(1) «Cinq guerres pour un empire, l’interventionnisme français en Afrique (2011-2016)», janvier 2017.

(2) «Quand la France ne fait plus rêver, l’exemple du Niger», juin 2016.

Libération

Afrique-France : une relation à réinventer après Hollande

Sorgente: Afrique : les trois guerres de Hollande – Libération

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