Pages Navigation Menu

il contenitore dell'informazione e della controinformazione

.

Thomas Coville : «En mer, j’ai pris un pied terrible !» – Libération

liberation.fr – Thomas Coville : «En mer, j’ai pris un pied terrible !». Le navigateur, revenu lundi d’un tour du monde à la voile en solitaire avec un record en poche, se fait le rédacteur en chef de «Libération» le temps d’une journée.

De son exploit au conflit syrien, discussion à bâtons rompus avec le sportif.  –  Par Laurent Joffrin, Directeur de la publication de Libération , Luc Le Vaillant et Didier Ravon

Rasé de frais, le nouveau recordman du tour du monde à la voile en solitaire (en 49 jours et 3 heures) est venu à Libération pour jouer le rédacteur en chef d’un jour. S’il revendique être un lecteur de toujours du quotidien – il a encadré dans son bureau la une «Yes» saluant la réélection d’Obama, en 2012 -, il nous reproche néanmoins notre côté anxiogène : «Pour moi, vous êtes comme le poil à gratter, c’est bien si ça fait avancer le schmilblick, mais si c’est pousser à se gratter jusqu’à la plaie…»

Dévoreur de l’actualité quand il est à terre, Thomas Coville, 48 ans, a choisi de déconnecter durant sept semaines pendant lesquelles il a traversé six océans. De toute façon, la vie à bord de son gigantesque trimaran de 31 mètres était bien trop accaparante et effrayante. Mais à son retour, il a vite replongé dans le bain. De Trump à Macron, de Poutine à Obama, dans cette interview et dans les autres pages du journal, il s’est raconté et a livré son tour du monde, distillé ses coups de gueule et distribué son enthousiasme.

Rêve

«En arrivant à Brest lundi, je me suis aperçu que le rêve que j’avais accompli m’échappait et qu’il appartenait désormais au public, qui se l’était approprié. Peut-être pour qu’à son tour il puisse créer ses propres rêves. C’est ce que j’ai eu comme sensation.

Spirale

«A un moment donné, il faut pouvoir contrer la spirale des gens dont le fonds de commerce est de faire peur et croire que le lendemain sera pire, que l’ennemi c’est l’autre, que la technologie va nous faire périr. S’il faut retenir une leçon de mon histoire, c’est celle d’un mec qui est tombé, s’est relevé, a cassé et reconstruit… [Thomas Coville a établi son record à sa cinquième tentative, ndlr].

Coach

«Après mon abandon dans la Route du rhum 2014 [il avait percuté un cargo après quelques heures de course], j’ai décidé d’entamer un travail avec Lynne Burney, Néo-Zélandaise spécialiste du coaching dans les grandes entreprises. J’avais envie de changer, je voulais une femme qui ne soit pas française. La première question qu’elle m’a posée : “Mais tu te sens coupable ?” Pour moi, c’était aussi aller à contre-courant de cette spirale négative. Je me rongeais de l’intérieur, j’étais arrivé en butée, j’avais des nausées. Mais attention, ce n’était pas le divan !

Équipage

«Ce qui m’a permis de vaincre en solitaire, c’est d’avoir gagné en équipage, en servant un groupe et un leader dans les plus grandes courses. Et c’est le regard de Laurent Bourgnon, vainqueur de la Route du rhum 1994, qui m’a ouvert les yeux et donné envie de faire du solo. Mais je me suis demandé à un moment si j’étais fait pour le solitaire et si j’étais un leader.

Solo

«L’exercice du solitaire, ça reste très technique, mais au départ, c’est un travail collectif et des choix à faire. Quand on rachète le trimaran d’Olivier de Kersauson, pas grand monde dans le landerneau ne croit à son reconditionnement. Ce multicoque a été conçu pour quinze personnes. Il était à l’image d’Olivier de Kersauson, lourd, puissant et rassurant, mais sans foils, avec un seul safran. On a gardé les bras, une partie des flotteurs et la bôme, mais changé la coque centrale et le mât. On a rajouté des foils issus du vainqueur de la Coupe de l’America et des safrans avec des plans porteurs permettant de voler, une première autour du monde.

Trump

«Je reste un anti-Trump primaire. Je ne croyais pas du tout à son élection et me suis trompé. Je n’ai jamais imaginé que l’Américain moyen puisse aller à cette extrémité. Je ne pensais pas que l’appareil politique laisserait la chose se faire. Ma fille aînée, qui est partie pour un an aux Etats-Unis, m’a écrit quand j’étais en mer, me commentant l’élection de Donald Trump. Ça a été ma seule connexion au monde pendant quarante-neuf jours. J’ai eu la vision d’une gamine de 16 ans vivant dans le Wisconsin au sein d’une famille américaine et qui à travers son prisme m’a dit : “Papa, est-ce que c’est le pire ?” Sur le coup, ça m’a bien agacé, mais ce qu’il en ressort, c’est que Trump veut servir uniquement les intérêts des Américains et oublier le reste du monde, tout en attaquant les minorités !

Chauffage

«Pour me réchauffer dans les mers du Sud, je glissais sous mes polaires le tuyau de chauffage à air pulsé de camion que j’avais à bord et me mettais à gonfler comme un bibendum. Drôle, mais surtout efficace et agréable !

Primaires

«Je n’ai pu voter à la primaire de la droite car j’étais en mer. J’avais demandé à mon équipe de ne plus me donner aucune information. Ça me polluait. Si j’ai su par ma fille que Trump avait été élu, j’ai appris que Fillon l’avait été en arrivant à terre. Ça ne m’a pas ému… mais je ne m’attendais pas à l’être non plus. Ma seule satisfaction, c’est que Sarkozy a été écarté tout de suite. Si ça avait été lui, je repartais refaire le tour du monde !

49.3

«Je venais à peine de franchir la ligne d’arrivée au large d’Ouessant qu’on m’a posé la question : “Que pensez-vous du fait que François Hollande ne se représente pas ?” J’ai répondu que peut-être il en avait marre de passer en force avec le 49.3 ! Et c’est parti comme ça. J’avais écrit 49.3 sur une ardoise qui correspondait à mon temps de course – 49 jours et 3 heures – et ai envoyé la photo. Hollande a eu raison. Je ne pense pas que ce soit un mauvais bougre, mais il n’était pas fait pour ça.

Internet

«Sur un bateau comme Sodebo, tu n’as pas le temps de surfer sur Internet ! Tu te fais à manger et t’as l’écoute qui n’est jamais loin. Tu passes ta journée à tourner les manivelles et à charrier des voiles, tu regardes les compteurs, tu vis à quatre pattes et ton routeur t’adresse un message sur Skype te disant que tu n’es qu’à 96 % de la polaire [performance maximale] du bateau. Alors quand t’as un coup de mou et que tu n’es qu’à 88 %, c’est la soupe à la grimace !

Potins

«Mon épouse est dans l’ultra-quotidien. Elle donne des nouvelles de ce qu’elle a fait dans la journée, raconte des potins, parle des copines avec qui elle a dîné, te dit qu’elle a ouvert une bonne bouteille en espérant que tu ne lui en voudras pas… Je ne dis pas qu’elle n’a pas la trouille parfois, mais elle est dans son monde et ne se pollue pas par ma course et mon métier de marin.

Sud

«Jusqu’au cap Horn, les enchaînements se sont déroulés de façon magique. J’ai pris un pied terrible ! Je n’ai quasiment pas eu de problèmes techniques, j’ai fait des journées de glisse extraordinaire. Après le Horn, tu quittes le “tunnel” austral et, avec, le stress des glaces… Mais tu as tendance à te relâcher, à moins bien t’alimenter. Tu passes des longitudes aux latitudes, te retrouves confronté à des phénomènes météo très rapides et il faut manœuvrer beaucoup plus, surtout sur ce bateau. Chaque voile pèse près de 120 kilos, et c’est un boulot terrible.

Gamberge

«Après le Horn et trente et un jours de mer dans les pattes, tu commences à avoir des emmerdes. Une nuit, je dois monter dans le mât pour décoincer des coulisseaux [pièces reliant la grand-voile au mât]. Là-haut, il y a 5 mètres de ballant et c’est chaud. Je perds ma lampe frontale et ne trouve plus le bout de descente. Je le cherche dans le noir à 20 mètres de haut et là, je gamberge et me dis : “Ça y est ça recommence !”

Glaces

«Il n’y a pas de zone d’exclusion des glaces comme dans le Vendée Globe [une latitude à ne pas franchir pour ne pas naviguer dans les secteurs à risque d’icebergs]. C’est la liberté totale… Mais la liberté, c’est dangereux ! T’es coincé entre le marteau et l’enclume, car pour aller chercher du vent sous l’Afrique du Sud avec l’anticyclone de Sainte-Hélène, tu dois descendre là où il y a des icebergs. Je me suis fixé comme limite de ne pas aller au-delà d’une eau à moins de 2°C. Tu navigues au thermomètre et en plus tu ne vois rien. N’empêche, c’est un peu comme un mauvais scénario de film.

Et un iceberg qui se fragmente, c’est une myriade de glaçons qui suffisent à détruire ton bateau. T’es dans cette pression latente permanente. C’était mon dixième Horn, et je n’avais jamais vu autant de glaces. Je ne vais pas faire mon climatosceptique ou mon écolo car je ne sais pas à quoi c’est dû. Je ne dis pas c’est le réchauffement, c’est ci c’est ça… Le seul truc que je dis en tant qu’observateur, c’est qu’en y étant passé dix fois, j’en vois à chaque fois un peu plus.

Frayeurs

«Le problème sur ces bateaux, c’est de trouver le frein ! Je me suis fait deux trois fois une belle frayeur avec de l’eau verte jusqu’au mât. Ce n’est pas du spray ni de l’écume, et ça signifie que tu te plantes dans une grosse vague ! Les trois étraves enfournent jusqu’au mât, et il y a pourtant plus de 13 mètres de longueur. Ça veut dire que le bout de l’étrave est environ à 8 mètres de profondeur. Ce qui m’angoisse le plus dans ces cas-là, c’est que la coque ne résiste pas à la pression de l’eau et se fasse écraser.

Alep

«C’est un scandale ! La descente aux enfers n’a pas commencé durant mon tour du monde. On a échoué collectivement. Je me demande si ce n’est pas au départ un de mes héros, Barack Obama, qui rate un rendez-vous historique. Au moment où il faut intervenir, il est dans sa période de réélection, et ce n’est pas sa priorité. Il laisse la place. Les dés sont déjà pipés. Vladimir Poutine et Bachar al-Assad savent qu’ils n’auront jamais vraiment l’Occident contre eux. Alep marque pour moi d’un sceau notre impuissance et est sans doute le point le plus obscur du second mandat d’Obama, pour qui j’ai une admiration sans bornes.

Poutine

«C’est probablement celui qui a le mieux compris tout l’échiquier mondial et est le plus machiavélique. Il joue sur tous les boutons de la gangrène du moment : le nationalisme, le dérèglement des forces en puissance… Il a très bien lu ça depuis le début et, finalement, c’est à la fois un type horrible et un stratège hors du commun. Quand tu donnes beaucoup d’intelligence à un mec comme lui, ça donne ces choses-là.»

Libération

A Auchan, la maltraitance en promo

Sorgente: Thomas Coville : «En mer, j’ai pris un pied terrible !» – Libération

Spread the love
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
< >

Leave a Comment

Il tuo indirizzo email non sarà pubblicato. I campi obbligatori sono contrassegnati *

adv