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Référendum en Italie: le jeu dangereux de Renzi – Libération

liberation.fr/planete – Référendum en Italie: le jeu dangereux de Renzi. En personnalisant le vote de dimanche sur la réforme de la Constitution, le président du Conseil a pris le risque de voir le rejet l’emporter, plus sur des considérations de personnes que sur le fond. Par Eric Jozsef, Rome, de notre correspondant

«Quand j’étais petit, ma mère me disait: Romano, rappelle-toi que dans la vie, il vaut mieux sucer un os qu’un bâton.» A la veille du référendum du 4 décembre sur la réforme constitutionnelle voulue par Matteo Renzi, c’est vraiment du bout des lèvres que l’ancien président du Conseil Romano Prodi a indiqué qu’il soutiendra le projet dimanche dans les urnes. «Les réformes n’ont pas la profondeur et la clarté nécessaires, a expliqué l’ex-président de la Commission européenne.

Mais au vu de mon histoire personnelle et de des possibles conséquences à l’extérieur, je me sens en devoir de rendre public mon “oui”.» Bien que tardif et conditionné, le soutien de la figure historique de la gauche réformiste italienne est arrivé à point nommé pour Matteo Renzi qui joue dans ce scrutin son avenir personnel.

Il y a quinze jours, avant que la publication des sondages ne soit interdite, toutes les enquêtes d’opinion donnaient le «non» gagnant avec sept à dix points d’avance. Mais le chef du gouvernement veut croire que le «oui» était dans les derniers jours dans une dynamique positive.

Formellement, les Italiens sont appelés à voter la modification de 47 articles de la Constitution visant principalement, selon les promoteurs de la réforme, à simplifier le processus législatif et à favoriser la stabilité gouvernementale.

Au centre du projet: la limitation des pouvoirs du Sénat qui sera réduit à 100 membres choisis parmi les conseillers régionaux. Surtout, la Chambre haute n’aura qu’une compétence législative restreinte et ne votera plus la confiance au gouvernement, sanctionnant la fin du bicaméralisme parfait, c’est-à-dire des pouvoirs parfaitement équivalents entre la Chambre des députés et le Sénat.

Cette spécificité italienne avait été adoptée à l’issue de Seconde Guerre mondiale pour éviter, au sortir du fascisme, le retour d’un «pouvoir fort».

Mais selon Matteo Renzi, cet équilibre parfait a ralenti l’adoption des lois et, en raison de majorités parfois distinctes dans les deux chambres, favorisé une instabilité gouvernementale chronique: «Nous avons connu 63 gouvernements en soixante-dix ans» ne cesse de marteler tout au long de ses incalculables meetings (trois à quatre par jour depuis plus d’un mois) le jeune Toscan.

A l’inverse, plaide l’ancien président de la Cour constitutionnelle Gustavo Zagrebelsky, la réforme (qui devrait être accompagnée d’une loi électorale permettant à la liste arrivée en tête d’obtenir 55% des sièges à la chambre) présente le risque d’«une dérive oligarchique»: «La Constitution de l’après-guerre a été l’instrument de la concorde nationale.

Aujourd’hui, au contraire, cette Constitution divise. Nous sommes entre les mains d’apprentis-sorciers qui ignorent combien cette question est incandescente. […] Si le “oui” l’emporte, nous assisterons à une réduction de la démocratie et la concentration des pouvoirs dans les mains de quelques-uns.»

«Si le “non” l’emporte, je démissionne»

Dans les faits, l’enjeu du scrutin de dimanche dépasse largement la seule question institutionnelle. Notamment car il y a quelques mois, lorsque le «oui» était donné largement en tête, Matteo Renzi avait proclamé: «Si le “non” l’emporte, je démissionne et me retire de la vie politique.» Le référendum s’est ainsi transformé en plébiscite pour Matteo Renzi avec le risque, avance l’intéressé, qu’une victoire du non ouvre la porte à une nouvelle crise politique et gouvernementale, à une attaque des marchés financiers contre les titres d’Etat italiens et à un renforcement du Mouvement 5 étoiles, le parti anti-système de Beppe Grillo: «Y a-t-il des risques économiques? C’est inutile de tourner autour du pot. Si le “non” gagne, nous risquons un saut dans le vide», menace Matteo Renzi.

Même pour ses plus fervents partisans, réunis samedi dernier pour un grand rassemblement à Rome, la personnalisation du scrutin a été une erreur. «Malheureusement le référendum est devenu un plébiscite. C’est un peu la faute du président du Conseil», se désole Claudia Caporusso, jeune activiste démocrate.

Le Florentin a lui même publiquement tenté de faire marche arrière: «Je n’aurais pas dû personnaliser autant la campagne», a-t-il concédé à la mi-août au moment où la courbe en faveur du oui a commencé à s’inverser. Trop tard. Ses opposants se sont coalisés dans une campagne d’une extrême violence verbale.

Beppe Grillo, le leader du Mouvement 5 étoiles qui reste, avec près de 30% dans les sondages, le deuxième parti du pays derrière les Démocrates a notamment traité le chef du gouvernement de «truie blessée» et de «serial killer du futur de nos enfants».

Appelant samedi dernier à voter «non» pour chasser Renzi du pouvoir, l’ancien humoriste a harangué la foule en invitant les électeurs «à ne pas voter avec [leur] tête: l’esprit est stupide et le cerveau est faible. Mais il y a un cerveau qui ne se trompe jamais, c’est celui des tripes. Faites confiance à vos tripes et ne faites plus confiance à votre cerveau. Agissez par instinct, regardez-les en face et puis votez!»

«Mettre à la casse» la vieille classe politique

En retour, Matteo Renzi évoque le «ramassis» de ses opposants qui, pour des motivations diverses, se retrouve dans une même campagne pour le «non». De l’ancien président du Conseil (ex-communiste) Massimo D’Alema à Silvio Berlusconi, de la gauche radicale et la CGIL – le principal syndicat du pays – au Mouvement 5 étoiles ou encore de la xénophobe et europhobe Ligue du Nord à l’ancien Commissaire européen Mario Monti.

Alors que la plupart des opposants stigmatisent notamment la fin de l’élection des sénateurs voire le «risque autoritaire porté par la réforme», ce dernier a vigoureusement dénoncé «une opinion publique lubrifiée à coups de cadeaux fiscaux et autres dépenses budgétaires».

Pour séduire l’électorat, Matteo Renzi n’a en effet pas lésiné sur les promesses. Il y a quelques semaines, il a même laissé entendre qu’il pourrait relancer le pharaonique projet du pont sur le détroit de Messine pour, de toute évidence, mobiliser les électeurs du Sud.

Dans le Mezzogiorno, le «non» est largement donné en tête dans les sondages. De même parmi les jeunes qui sont, à près de 60%, les plus opposés au projet de réforme.

Par proximité avec le Mouvement 5 étoiles pour beaucoup d’entre eux mais aussi par déception envers le jeune Premier ministre qui promettait-il y a mille jours de «mettre à la casse» la vieille classe politique et de relancer le pays.

A l’université privée Luiss de Rome, nombre d’étudiants admettent qu’ils avaient nourri beaucoup d’espoir avec l’arrivée au pouvoir du plus jeune Premier ministre de la république italienne. «J’ai cru que Matteo Renzi allait pouvoir changer l’Italie.

Mais il s’en est montré incapable et finalement il a déçu beaucoup de gens. Il a fait des promesses par exemple pour aider les handicapés et à la fin il n’a rien fait.

C’est l’une des petites choses importantes qu’il n’a pas réalisées», déplore Giuseppe D’Alessio un étudiant de 21 ans en économie et management qui votera «non» contre une «réforme mal fichue» et contre le président du Conseil.

«Bouc émissaire»

Depuis son accession au Palais Chigi en février 2014, Matteo Renzi a multiplié les réformes, du marché du travail, de l’école, de l’administration ou de la justice civile, s’attirant beaucoup de critiques et de ressentiment parmi les catégories concernées.

Il a aussi distribué 80 euros aux Italiens les plus pauvres, octroyé 500 euros pour des dépenses culturelles à tous les jeunes qui fêtent leur dix-huitième anniversaire, consolidé le budget de la culture ou encore introduit les unions civiles pour les couples homosexuels.

Mais l’Italie n’est pas sortie du marasme et l’usure du pouvoir se ressent même si Matteo Renzi conserve une popularité d’environ 35%. La croissance économique reste l’une des plus faibles de l’Union européenne et le taux de chômage s’élève à 11,6%, celui des jeunes à plus de 36%.

«Avec la personnalisation de la campagne électorale, Matteo Renzi risque de se transformer en bouc émissaire, considère le politologue Massimiliano Panarari. Le “non” devient la possibilité de rejeter sur une seule personne la responsabilité de tous les problèmes du pays».

«Tout va se jouer dans les derniers jours», assurait la semaine dernière Matteo Renzi à Libération. L’objectif affiché est de mobiliser les indécis et tous ceux qui hésitent encore à se rendre aux urnes, au total près de la moitié du corps électoral.

«Populiste de gouvernement», selon l’expression de son biographe et ancien conseiller politique Giuliano Da Empoli (1), le jeune Toscan n’a pas hésité au cours de la campagne à attaquer frontalement la Commission européenne, visiblement pour plaire aux électeurs eurosceptiques de la droite et du Mouvement 5 étoiles. Symboliquement, il a même un temps retiré le drapeau européen de son bureau pour se présenter entouré uniquement de six énormes bannières vert-blanc-rouge de l’Italie avant d’être recadré par Romano Prodi et de remettre le gonfalon de l’Union.

Voulant croire qu’il existe une «majorité silencieuse» redoutant un «non» aussi aventureux pour l’Italie qu’un Brexit pour la Grande-Bretagne, Matteo Renzi occupe tous les médias: «L’important est que vous ne me dénonciez pas pour harcèlement», plaisante-t-il. En attendant, la presse italienne commence à envisager quel responsable, en cas de départ de Matteo Renzi, pourrait former un nouveau gouvernement: le 64e depuis la guerre.

(1) Le Florentin, l’art de gouverner selon Matteo Renzi. Grasset.

Libération

Renzi à «Libération» : «L’Italie peut être le leader de l’Europe avec la France et l’Allemagne»

Sorgente: Référendum en Italie: le jeu dangereux de Renzi – Libération

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