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Tsípras croit encore en l’Etat de Grèce – Libération

Un an après la signature dans la douleur d’un accord avec l’UE qui est loin d’avoir remis le pays sur les rails, le Premier ministre a tenté de redonner du souffle au parti de gauche radicale, réunice week-end en congrés.

Comme un symbole, c’est dans le stade Taekwondo, en banlieue d’Athènes, que Syriza a tenu son deuxième congrès de jeudi à dimanche. Depuis sa création en juillet 2013, la «coalition de la gauche radicale» (signification de l’acronyme Syriza en grec) a remporté les élections législatives par deux fois. Et son leader, Aléxis Tsípras, passé de chef de l’opposition à Premier ministre du gouvernement de coalition formé avec les Grecs indépendants, le sait bien : gouverner est un sport de combat. Il l’a prouvé jeudi lors du discours d’ouverture de ce congrès en se faisant l’avocat de sa propre action politique.

Pendant près d’une heure Tsípras a décrit la lutte qu’il mène sur tous les fronts depuis son arrivée au palais Maximou, le Matignon grec, en janvier 2015. Semblant vouloir couper court à toute critique, le Premier ministre grec se veut rassurant. Jamais, contrairement à la rumeur ambiante, il n’a voulu quitter l’euro. Une manière de démentir l’assertion rapportée dans le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, «Un président ne devrait pas dire ça…» Selon les deux journalistes du Monde, Vladimir Poutine aurait averti François Hollande le 6 juillet 2015 (soit le lendemain du référendum) d’une information selon laquelle le gouvernement grec lui aurait demandé «d’imprimer des drachmes en Russie car [les Grecs] n’ont plus d’imprimerie pour le faire». Et Tsípras de poursuivre : «C’était le plan de Wolfgang Schäuble», le ministre allemand des Finances.

Rassurer, c’est également évoquer le traumatisme lié au troisième mémorandum signé le 13 juillet 2015 entre l’UE et Athènes. Cet accord pour un prêt conditionné à l’adoption d’une politique d’austérité budgétaire avait provoqué une scission de Syriza. Il conditionne aujourd’hui la Grèce. Chaque loi déposée à la Vouli, le Parlement grec, doit désormais avoir le feu vert de l’UE. Hausse des impôts, privatisations, réforme des retraites, financement de travaux d’infrastructures… Toutes les décisions économiques doivent répondre aux exigences contenues noir sur blanc dans ce troisième mémorandum. Et rien n’y fait. Athènes a beau respecter l’ordonnance de ses créanciers (UE, BCE et FMI), ces derniers n’honorent toujours pas leurs promesses. Notamment celle d’une restructuration de la dette publique dont le FMI n’a pourtant cessé d’expliquer qu’elle était insoutenable. Au stade Taekwondo, Aléxis Tsípras a répété qu’il menait «une bataille pour l’honneur de la gauche et pour l’honneur du peuple grec». Pas certain que ses paroles aient suffi à rassurer.

Côté fidèles «Notre gouvernement se bat et représente un exemple  pour le sud de l’Europe»

Greek Prime Minister Alexis Tsipras is seen on a TV screen as he delivers a speech during Syriza party's congress in Athens, on October 13, 2016.  / AFP / Angelos TZORTZINIS

Tsípras à la tribune pour l’ouverture du deuxième congrès de Syriza, jeudi à Athènes. 

Photo Petros Giannakouris. AP

«Nous multiplions les pas vers une amélioration de la situation», veut croire Katherina Igglezi. Pour cette jeune députée Syriza, «la population en a conscience et elle fait confiance au gouvernement». En témoigne, selon elle, l’élection à deux reprises de Syriza, en janvier et en septembre 2015, lors des législatives. «A l’époque, poursuit-elle, nous avions annoncé clairement que nous allions gouverner dans le cadre du mémorandum [d’austérité]. Et c’est ce que nous faisons.» Un autre député explique : «Nous sommes obligés d’appliquer des mesures imposées de l’extérieur. Notre gouvernement se bat et représente un exemple pour le sud de l’Europe.» Il est vrai que le gouvernement grec a développé un «programme parallèle» malgré les faibles marges de manœuvre dont il dispose. «Il a par exemple permis aux réfugiés de suivre des cours à l’école et à l’université», affirme le député et ministre de l’Education nationale, Nikos Filis, ajoutant que «des bourses ont été débloquées pour étudier et travailler en Grèce». Selon les statistiques, entre 310 000 et 420 000 jeunes ont quitté le pays depuis 2010.

Les soutiens du gouvernement soulignent également que le chômage baisse légèrement, passé de 26 % en janvier 2015 à 23 % en juillet 2016. Par ailleurs, «jusqu’à présent, 13 000 places supplémentaires ont été créées en crèche en 2016, avec une priorité absolue donnée aux enfants vivant sous le seuil de pauvreté. Une couverture sociale a été mise en place pour 1,5 million de Grecs qui n’en disposaient pas avant l’arrivée de Syriza au pouvoir», énumère le député et ministre de l’Intérieur Panayotis Kouroublis. «Si le gouvernement ne peut faire mieux en termes de politique sociale, c’est à cause de la pression énorme que l’Union européenne maintient sur elle, assure Nikos Filis. Le règlement de la dette est la pierre angulaire pour sortir la Grèce de ses problèmes.»

Tous soulignent que hors service de la dette, la Grèce a dégagé un excédent budgétaire primaire de 3,5 milliards d’euros au premier semestre 2016. Mais les politiques d’austérité ne permettent pas de mener des politiques de relance budgétaire. Pris en étau, le gouvernement veut croire qu’un accord sur la question de la dette sera trouvé «avant Noël», espère Nikos Filis.

«Le gouvernement de Tsípras doit trouver de nouvelles alliances politiques en Europe afin de mettre un terme à la cure d’austérité», ajoute Panayotis Kouroublis. Or, le temps presse pour Athènes. Une série d’élections a lieu en Europe en 2017, à l’issue desquelles Syriza risque de perdre certains de ses alliés. Une question reviendrait alors : sur qui s’appuyer pour renverser l’austérité ? En attendant, Syriza n’a d’autres choix que de gérer cette politique.

Ancien député du Pasok (le parti social-démocrate grec qui s’est effondré), le ministre Kouroublis propose aussi de sortir les dépenses de santé et d’éducation du calcul du déficit public. De quoi dégager de nouvelles marges de manœuvre… et redorer, accessoirement, l’image d’un parti en perte vitesse.

Côté déçus «Les Grecs ne voient  pas de changement dans leur vie concrète»

Pendant les quatre jours de débats, des dents ont grincé. «Certes, Syriza a pris une lourde responsabilité en voulant gouverner à gauche alors que le capitalisme domine partout», reconnaît la députée Anneta Kavvadia. Qui invite à «analyser en détail les erreurs commises». «Les négociations sur la dette sont un échec», explique-t-elle, consciente des deux revers que vient d’essuyer coup sur coup le gouvernement Tsípras. Un premier le 9 octobre, lorsque les créanciers ont repoussé la restructuration de la dette hellénique : 244,4 milliards d’euros, 176 % du PIB dont 70 % détenus par la zone euro. Une dette insoutenable. Le second revers ? Le 10 octobre, lorsque l’Eurogroupe n’a débloqué que 1,1 milliard d’euros alors qu’Athènes espérait bénéficier de 2,8 milliards. «Les créditeurs doivent respecter l’accord que nous avons signé avec l’Union européenne comme nous respectons nos engagements», insiste le député Giorgos Pallis.

Comme prévu avec l’UE, une réforme des retraites a été votée à la Vouli et des pans entiers de l’économie ont été privatisés depuis juillet. Notamment la vente du port du Pirée au géant chinois Cosco ou encore celle des 14 (sur un total de 39) aéroports régionaux, concédés pour quarante ans à un consortium constitué de la société grecque Slentel et de l’allemande Fraport. Idem pour la compagnie grecque de chemins de fer TrainOSE qui vient tout juste d’être rachetée par la société italienne Ferroviaria pour 45 millions d’euros. Et le 27 septembre, à la veille d’une rencontre de l’Eurogroupe censée débloquer une partie de l’aide financière à Athènes, la Vouli a adopté en urgence quinze «actions prioritaire» parmi lesquelles le transfert de l’entreprise publique d’électricité DEI à l’EESP, un nouveau fonds de privatisation. Même destin pour la compagnie de distribution d’eau de Thessalonique et d’Athènes ou pour le métro de l’Attique. «Ça suffit ! s’insurge Giorgos Pallis. Nous devons garder le contrôle de ces entreprises ! De retour dans nos circonscriptions, les députés que nous sommes sont confrontés au désespoir des populations.» La confiance envers Syriza ne cesse de s’éroder. Dans les récents sondages, le principal parti d’opposition, Nouvelle Démocratie, devance celui de Tsípras d’au moins 5 points. «Les Grecs ne voient pas de changement dans leur vie concrète», constate le député Kostas Gavroglou.

En Grèce, un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. Environ 23 % de la population active est au chômage. Et ce taux atteint les 43 % chez les moins de 25 ans. Giorgos Pallis témoigne : «Sur mon île, Lesbos, nous avons besoin d’un nouvel hôpital. Mais nous ne pouvons pas le construire faute de moyens. Ce blocage, ajouté à la crise de réfugiés, ne fait que renforcer les discours et les positions des partis d’extrême droite.» Kostas Gavroglou déplore, lui, un salaire minimum «scotché à 586 euros brut, 510 pour les moins de 25 ans. Mais cette question ne trouvera pas de solution tant que nous resterons enfermés dans une politique d’austérité à tous les niveaux».

Sorgente: Tsípras croit encore en l’Etat de Grèce – Libération

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