Certains, même dans son premier cercle, doutaient du bien-fondé d’une visite à Florange, en Moselle. Retourner dans le berceau de tous les malentendus industriels de son quinquennat en pleine tempête politique, était-ce judicieux, s’interrogeaient des proches mezza voce. Ils en ont été pour leurs frais. Non seulement François Hollande assume ses choix, qui ont permis de sauver le site d’ArcelorMittal sans licenciement ni plan social, mais il a fait de son déplacement une vitrine de toute sa politique économique. «Florange, pour ce qui me concerne, ce n’est pas un souvenir, c’est un avenir», crâne le Président, comme s’il parlait de la suite de son parcours politique. On n’en doute plus quand il adresse un message personnel à ses adversaires à gauche, Arnaud Montebourg et Jean-Luc Mélenchon, qui l’accusent d’avoir trahi ses promesses. «Nous ne devons pas vendre de l’illusion, ne pas semer un discours qui pourrait être celui de la magie», insiste le chef de l’Etat.

Faire repartir les hauts fourneaux aurait été trop coûteux, dit-il. La nationalisation partielle, réclamée à cor et à cri par le ministre du Redressement productif à l’hiver 2012, n’aurait eu «aucun impact, aucun effet» à ses yeux. En social-démocrate assumé, il vante une fois de plus le «compromis robuste» trouvé avec les syndicats à l’époque et vante une fois de plus les efforts faits par la CFDT et la CFE-CGC, les seuls qu’il a rencontrés dans l’après-midi puisque la CGT et FO, minoritaires, boycottaient la rencontre.

Voix d’outre-tombe

«Hollande, Valls, Macron, c’est tous des libéraux», explique Christophe Jacquemin, délégué CGT de Gandrange venu en voisin soutenir «les copains» qui continuent «la lutte». L’an prochain, comme la plupart des militants CGT occupant l’entrée du site d’ArcelorMittal, il votera au premier tour «parce qu’il y a l’offre politique à gauche mais au deuxième, cette fois [il] n’ira pas». «Le vote utile, c’est terminé», abonde Alain Philippi, délégué CGT Cheminots.

Pour un Président au clair avec ses engagements, le dispositif médiatique ne respire pas franchement la sérénité. Aux «grands bureaux» d’Arcelor Mittal, parqués dans un sous-sol, les journalistes du pool (petit groupe accrédité pour suivre le Président pour le compte de tous les autres) n’ont pas pu être présents à son arrivée ni lors de sa rencontre avec les représentants syndicaux. L’Elysée explique d’abord que les salariés ne voulaient pas être filmés, avant de diffuser des extraits vidéo officiels sur le site de la présidence. Edouard Martin, lui, fait le job sur le parking. «Je ne serai pas de ceux qui jettent le bébé avec l’eau du bain», explique l’ancien délégué CFDT de Florange devenu député européen PS. En fin d’après-midi, à l’institut de recherche sur la métallurgie d’Uckange – autre promesse présidentielle (lire ci-contre) – qui emploie… huit personnes, François Hollande abandonne petit à petit sa voix d’outre-tombe. Pour défendre sa politique industrielle, du CICE au sauvetage d’Alstom en passant par Peugeot et Renault, il reprend ses accents de tribun. Sûr de lui.

Contre-attaque

Pourtant dimanche, il enchaînait les rendez-vous pour trouver une porte de sortie à la nouvelle impasse politique dans laquelle il s’est fourré avec la publication du livre Un Président ne devrait pas dire ça… Il s’est donné vingt-quatre heures pour décider de la contre-attaque et devrait en informer les chefs de la majorité lors de leur dîner hebdomadaire ce mardi soir. «Quand on fait de la politique, on n’a pas des doutes mais des convictions, tempête le patron des sénateurs PS, Didier Guillaume. Ce n’est pas parce qu’un bouquin est publié qu’on arrête tout. Il avance, il est président.» Pour ce qui est d’être candidat, c’est plus compliqué. L’appel des élus prévu pour fin octobre a été mis entre parenthèses. Et le grand discours social sur le modèle de celui de Wagram reste dans les limbes. «Il faut reprendre une nouvelle séquence, tout reconstruire, concède un proche. Et surtout, il faut se coordonner entre lui et nous.» Ce qui serait une première.

Laure Bretton Envoyée spéciale à Florange