Pages Navigation Menu

il contenitore dell'informazione e della controinformazione

Une semaine après, la vie reprend une bière à la main – Libération

Un piano posé là, des bières qui circulent, un camion qui diffuse des chansons de Bob Marley, Jack Lang et puis une «Marseillaise» trop timide… Retour sur les lieux des drames.

21 heures, place de la République.

La République semble protégée par un cordon de citoyens ordinaires venus de partout et par un cordon de caméras venues du monde entier pour faire cercle et préserver l’essentiel. Mais ce soir c’est ailleurs qu’il faut aller. Il faut se rendre là où des hommes ont ouvert le feu sur des gens qui buvaient une bière, qui s’amusait, qui allaient écouter de la musique ou voir un match de football.

Place de la République vendredi 20 novembrePlace de la République vendredi 20 novembre. Photo Frédéric Stucin pour Libération.

21h25. A l’angle des rues Alibert et Bichat, dans le Xe arrondissement, trois terroristes qui circulaient à bord d’une Seat Leon noire tuent 15 personnes.

Vendredi 20 novembre. Il y a une semaine heure pour heure, la soirée était douce la température restait au-dessus des 10 degrés et les terrasses se remplissaient doucement pour bavarder, boire un verre ou fumer une cigarette, avant de… avant que les rafales de kalachnikov ne fauchent trois personnes. Cette fois, le ciel gris recouvre la ville et Paris bascule dans l’hiver. La pluie se met à tomber et s’arrête. Devant le Carillon et le Petit Cambodge on vient calmement pour voir, pour allumer ou rallumer des bougies. On vient en famille pour montrer aux enfants ce que produit l’horreur une semaine après : un parterre de fleurs, de flammes et de mots de tout le monde et d’Eluard : «Il tombe cette nuit, dans le silence.» Rue Bichat, le Bichat affiche complet et l’on s’amuse. Même si ça n’est pas la grande fête, mais à bas bruit on s’amuse, on est là, on boit un verre et on emmerde les terroristes qui ont pu passer par là il y a une semaine et tué quinze personnes.

Devant Le Petit Cambodge dans le Xe arrondissement de PAris vendredi 20 novembreDevant Le Petit Cambodge dans le Xe arrondissement de Paris vendredi 20 novembre. Photo Frédéric Stucin pour Libération

21h32. A l’angle de la rue de la Fontaine au Roi et de la rue du Faubourg-du-Temple

, encore on s’assemble mais il n’y a pas foule à côté du McDo, à deux pas du Palais des glaces, étrangement épargnés. Des bougies, des fleurs des roses rouges, des roses blanches, des fleurs tricolores et des lys. Mais, il faut s’engager sur le boulevard Richard-Lenoir, pour entendre une vague rumeur, quelques notes difficiles à reconnaître. On s’avance et c’est un mur de baffles montées sur un camion qui s’avance. Manu, alias «Daddy Reggae» a sorti le sound truck pour se promener dans le quartier. Au coin de Richard Lenoir et l’avenue de la République, il se fait happer par des consommateurs de La Dernière séance qui dansent un verre de bière à la main, comme un défi aux terroristes.

21h40. Devant le Bataclan.

Devant le Bataclan protégé des regards par des bus blancs garés devant et par des bâches qui cachent les blessures, quelqu’un a posé un piano noir sous un dais blanc et qui veut jouer joue. Mais, le cœur reste lourd et les chansons manque d’allant, elles s’envolent et retombent. Une Marseillaise démarre et s’arrête. Un serveur venu de l’Aperock Café ou du Mélange des genres apporte un plateau de verres de bière et demande à tout le monde de se servir: «C’est cadeau ce soir». Jack Lang n’a pas manqué le rendez-vous. Il attire les caméras, les lumières et les gens qui viennent le remercier pour ce qu’il a fait dans les années 80 et aussi parce qu’il est là. Il écoute, il savoure une bière à la main. Quand les journalistes le libèrent il faut quelques pas et se fait rattraper par une couple, par un musicien qu’il aurait croisé il y a 1000 ans, par habitude, pour ne pas froisser, il fait mine de s’en souvenir. Une chanson repart au piano, on tente un «Qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête…», mais on le sait qu’il faudra attendre encore un peu pour faire la fête sans arrière-pensée.

Que disent les gens? «Etre là». Devant une caméra un passant veut le dire avec force, détermination, alors il le redit : «Regardez-moi, je suis là. Regardez-moi… » Deux musicos qui en ont vu des scènes, des salles et des galères, se retrouvent, et là la discussion est plus lourde: «Je te le dis, je ne sais pas si je vais refaire un concert un jour. Franchement, je ne suis pas sûr.» Mais, bravaches, ils lèvent leur bière quand une caméra japonaise, espagnole ou britannique passe devant eux.

Il y a une semaine moins deux minutes, trois hommes faisaient irruption dans le Bataclan. Ce soir, une Marseillaise retente sa chance mais ne dépasse pas le refrain. Dans les bars tout autour on écoute de la musique. Au Baromètre – annexe du 36, quai des Orfèvres, quand les rescapés de la tuerie ont pu s’échapper du Batacla- deux guitaristes vous emmènent à Buenos Aires, ou à Montevideo. A l’Eventail, au coin de la rue Crussol et du boulevard Voltaire, on boit et rares sont les tables inoccupées. Près du Cirque d’hiver, le Cirque et le Mammouth se remplissent comme si de rien n’était. Presque. Même pas peur.

Sorgente: Une semaine après, la vie reprend une bière à la main – Libération

Spread the love
  •  
  •   
  •   
  •   
  •   
  •  
  •  
468 ad
< >

Leave a Comment

Il tuo indirizzo email non sarà pubblicato. I campi obbligatori sono contrassegnati *

.