La question est claire, la réponse définitive. «Vous l’avez dit deux fois mais je ne suis pas totalement sûr d’avoir compris : vous supprimerez la subvention accordée au planning familial ?» demande Geoffroy Lejeune, rédacteur en chef à Valeurs actuelles et animateur du débat. «Oui, absolument ! répète la députée Marion Maréchal-Le Pen, tête de liste du FN pour les régionales en Paca. Je considère qu’aujourd’hui, ce sont des associations politisées, on le sait bien, et elles véhiculent une banalisation de l’avortement.» Devant un public de militants de la Manif pour tous, la déclaration a forcément enthousiasmé la salle. Applaudissements nourris. C’était le 13 novembre à Marseille, à l’occasion d’un meeting du mouvement qui avait convié, comme il le fait dans l’ensemble des régions, tous les candidats à la présidence. Seule Marion Maréchal-Le Pen avait répondu à l’invitation.

Jeudi, le site Les Nouvelles News a diffusé une vidéo de l’intervention de la tête de liste FN ce soir-là. Au cours de la discussion, le journaliste interroge la candidate sur les subventions aux associations et les éventuelles coupes qu’elle serait prête à faire si elle devenait présidente de région, «notamment concernant les associations à caractères politiques et idéologiques, et on sait desquelles on parle…», lance Geoffroy Lejeune. «Oui, il y en a beaucoup, enchaîne Marion Maréchal-Le Pen, il y a beaucoup de ménage à faire de ce côté-là !» Très vite, la discussion s’oriente sur les «200 000 euros accordés chaque année aux plannings familiaux», dixit la candidate, qui dénonce donc leur «approche assez banalisée de l’avortement». Et si la députée frontiste prend soin de préciser qu’elle n’est pas pour l’interdiction de l’avortement, elle affirme qu’il faut «poser le problème» : «Il faut savoir pourquoi, alors qu’il y a eu une facilitation de l’accès aux contraceptifs, les avortements ne baissent pas. Pourquoi parfois ils augmentent – et en Paca nous avons même des taux inquiétants –, alors que dans le même temps, on continue de libéraliser l’accès à l’avortement avec la loi santé qui va être votée, en mettant des quotas aux centres médicaux de taux d’IVG, en supprimant le délais de réflexion… Je trouve que ce n’est pas une bonne approche. Je suis pour une responsabilisation des femmes et surtout, je suis pour sortir de l’idéologie.»

Le Planning familial n’est pas le seul dans le viseur Marion Maréchal-Le Pen. Si elle est élue, la candidate promet le même tarif pour les associations LGBT. «Il n’est pas question de leur verser un sou demain à la région !» assène-t-elle. Jeudi 26 novembre, une trentaine d’associations de la région, dont la Fédération Paca du Planning, ont publié un communiqué pour répondre à la charge de la tête de liste FN : «Ces associations, que vous décriez, viennent en aide depuis des années à des milliers de personnes victimes de discriminations et de violences au quotidien. (…) Si la région Paca supprimait son aide au Plannin familial, ce sont des milliers de femmes et d’hommes qui perdraient l’accès à une information et un accompagnement dans leur vie affective et sexuelle. L’avortement est un droit fondamental des femmes à disposer de leur corps. Le Planning familial défend l’application réelle de ce droit sur le terrain. Restreindre l’accès à l’avortement ne le fait pas disparaître, il le rend seulement dangereux et source de corruption.» Et pour la sémantique : «Oui, Mme Maréchal Le Pen, nos associations sont politiques, au sens noble du terme, et elles sont impartiales. Nous en sommes fièr-e-s. Politiques, parce qu’elles sont confrontées à la réalité de la vie des populations et parce qu’elles s’impliquent dans le vivre ensemble et pour que cette société soit plus juste, plus égalitaire et plus respectueuse.»

Stéphanie Harounyan à Marseille