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(3) A Molenbeek : «Abaaoud, c’est pas du tout une star» – Libération

Hommages aux victimes des attentats de Paris, sur la place communale de Molenbeek, le 18 novembre. Photo Emmanuel Dunand. AFP

liberation.fr/ – A Molenbeek : «Abaaoud, c’est pas du tout une star»  – Par Isabelle Hanne, envoyée spéciale à Molenbeek Saint-Jean (Belgique)

Les habitants de la commune bruxelloise d’où était originaire Abdelhamid Abaaoud ont appris ce jeudi la mort du commanditaire présumé des attentats à Paris. Beaucoup le connaissaient ou avaient vu ses vidéos de propagande jihadiste.

Ils sont peu nombreux, les Molenbeekois à braver la pluie battante ce jeudi après-midi. Les autorités françaises viennent de confirmer qu’Abdelhamid Abaaoud, un jeune de la commune parti combattre en Syrie et connu sous le nom d’Abou Omar al-Baljiki («le Belge»), jihadiste notoire de l’Etat islamique, est mort lors de l’opération policière menée mercredi matin à Saint-Denis.

Le jeune Belge d’origine marocaine, âgé de 27 ans, avait rejoint la Syrie en 2013. «Abaaoud, c’est une star ici, racontait mercredi soir Simon Minlend, éducateur pour jeunes en réinsertion dans l’ouest de Molenbeek. Tout le monde le connaît, tout le monde a vu ses vidéos.» Petite barbe et pakol vissé sur la tête, large sourire, Abdelhamid Abaaoud apparaissait dans une vidéo au volant d’un véhicule, et se vantait de «tracte[r] les infidèles, ceux qui nous combattent, ceux qui combattent l’islam», alors qu’il tirait des cadavres mutilés vers une fosse commune.

«C’est un peu malheureux à dire, mais certains jeunes le voient un peu comme un leader charismatique, poursuit Simon. Comme quelqu’un qui a réussi», dans cette commune où 40% des 18-25 ans sont au chômage, et où beaucoup sont «au terminus, face à un mur».

«Criminel»

Ce jeudi après-midi, personne ne fait l’apologie du jihadiste molenbeekois. Bilal, 22 ans, travaille dans une agence de voyage dans la rue de l’Avenir, où résidait la famille Abaaoud. Il connaissait «de vue» le jihadiste, qui a notamment fait parler de lui pour avoir fait venir en Syrie son jeune frère Younès, alors âgé de 13 ans. «C’est pas du tout une star, Abaaoud, juste quelqu’un qui tue des gens pour rien», lâche-t-il tout bas.

Le père d’Abaaoud, Omar, tenait une boutique de vêtements rue du Prado, de l’autre côté de la place communale, où avait lieu mercredi un hommage des Molenbeekois aux victimes de Paris. Il a revendu son commerce peu de temps après l’annonce du départ de son fils en Syrie, qu’il a «très mal vécu, selon une vendeuse. D’ailleurs, il a renié son fils», en portant plainte contre Abdelhamid après la disparition de Younès. «Abdelhamid a jeté la honte sur notre famille, se désolait en janvier Omar Abaaoud dans un entretien à la presse belge, après le démantèlement de la cellule terroriste de Verviers, dont son fils était le chef présumé. Nos vies sont détruites. Pourquoi, au nom de Dieu, voudrait-il tuer des Belges innocents ? Notre famille doit tout à ce pays.»

Une équipe de télé suédoise vient d’apprendre à Mohamed, un commerçant voisin, la mort d’Abaaoud. «C’est un criminel qui est mort, les jeunes de Molenbeek n’ont rien à voir avec ça, insiste-t-il. Lui, c’est juste un jeune qui a pris la mauvaise direction.» A côté, une commerçante qui vend des caftans colorés et des escarpins à strass, s’enquiert de la situation : «Alors il est mort, c’est confirmé à 100% ?»

«Tout le monde dans le même sac»

Sur le pavé mouillé, deux ados encapuchonnés discutent. Ils sortent de l’école arabe Al-Khalil, rattachée à la mosquée du même nom, l’une des plus grandes de Bruxelles. Les deux jeunes ignoraient la mort d’Abaaoud. « Avec tout ça, on a beaucoup craché sur Molenbeek et sur l’islam, alors que l’islam a toujours prêché la paix, dit l’un deux, qui ne souhaite pas qu’on écrive son nom. Le problème, c’est qu’on donne la parole à des gens comme Zemmour, qui proposent de bombarder Molenbeek…» «Le jihad, c’est se combattre soi-même, explique doctement son camarade. Il y a toujours une minorité qui va salir la majorité, et ensuite, on met tout le monde dans le même sac.»

Dans le local de l’association Avicenne, les jeunes ont suivi l’annonce de la mort d’Abaaoud «en direct sur LCI», précise Fouad Ben Abdelkader, leur éducateur, dans un sourire un peu las. Et un peu agacé qu’on évoque l’éventuelle fascination des jeunes molenbeekois pour le jihadiste. «C’est parce qu’on ne leur donne pas la possibilité d’avoir d’autres fascinations !» s’indigne-t-il.

«Moi je suis né à Molenbeek, Belge d’origine marocaine, raconte Samir, 25 ans, demandeur d’emploi. Quand t’es ici, on te dit “t’es pas Belge”, quand t’es au Maroc on te dit “t’es pas comme nous, toi tu es né avec une cuillère en or dans la bouche”. Certains tiennent, et d’autres ne tiennent pas, et pètent les plombs. Moi je finis par comprendre pourquoi certains vont en Syrie.»

La poignée de jeunes de l’association connaît visiblement les vidéos d’Abou Omar – en tout cas, la marque de la voiture qu’il conduisait. «Mais on sait que c’est juste de la propagande», affirme l’un d’eux en haussant les épaules. «Abaaoud était plutôt de la génération de mon frère : je sais qu’il a été touché personnellement par tout ça, qu’il n’arrive pas à comprendre comment ça a pu se passer, cet endoctrinement», raconte Karim, 21 ans, étudiant en sciences économiques. Il ne cesse de guetter les alertes des sites d’info sur son mobile, et rappelle qu’Abaaoud a été «donné pour mort plusieurs fois». Samir reprend : «En attendant, mettre sur son CV qu’on vit à Molenbeek, c’est plus que jamais un tampon pour ne jamais nous faire embaucher.»

Libération

Sorgente: (3) A Molenbeek : «Abaaoud, c’est pas du tout une star» – Libération

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