Les vacances sont terminées. Les vœux, souhaités. Les programmes, dévoilés. A deux semaines du premier tour de la primaire de la gauche (22 janvier), les sept candidats ont mis les bouchées doubles pour présenter leurs projets pour l’élection présidentielle. Et alors que le premier débat n’est prévu que jeudi, plusieurs thèmes divisent déjà les prétendants à l’Elysée.

Vincent Peillon est le premier à monter à la tribune. L’ancien ministre de l’Education nationale, candidat surprise à la primaire initiée par le Parti socialiste, a concocté durant les vacances un programme résolument européen. Dans son projet d’une trentaine de pages présenté mardi à 10 heures, il plaide même pour un «New Deal européen».

Celui qui siège à Strasbourg depuis 2014 souhaite ainsi «relancer le moteur franco-allemand». Parmi ses propositions clés, l’élaboration d’«un budget de la zone euro capable de soutenir l’activité et l’emploi» et «un plan d’investissement» de 1.000 milliards d’euros «pour la transition énergétique, le numérique, les télécommunications, la recherche, l’innovation, la formation, la jeunesse».

Sur ses talons, Manuel Valls. L’ancien Premier ministre, déclaré candidat quelques jours après la décision du président de la République de ne pas briguer un second mandat, a présenté son programme mardi, à 11 heures. Alors que Vincent Peillon est encore sur scène dans le XIIarrondissement de Paris, l’ex-chef du gouvernement prend la parole à la Maison de la chimie, dans le VIIe. Son slogan a changé : «Une république forte, une France juste.» Aucune trace du «déverrouillage des 35 heures» tant évoqué durant son mandat. A la place, Manuel Valls, qui semble plus enclin, à l’approche du scrutin, à occuper le terrain social, propose un «revenu décent» et une «protection sociale universelle […] plus équitable».

Parmi les propositions de l’ex-Premier ministre, l’une surprend. Il s’agit de la défiscalisation des heures supplémentaires, mesure prise par Nicolas Sarkozy, puis abrogée par François Hollande. Invité sur RTL au lendemain de cette annonce, Manuel Valls a précisé que celle-ci coûterait quelque 4 milliards d’euros et serait instaurée en deux temps. Le candidat à la primaire dit vouloir la «rétablir parce qu’il y a eu un sentiment de frustration, un sentiment au fond qu’on ne prenait pas en compte ceux qui travaillaient davantage».

Arnaud Montebourg, qui a déjà présenté son projet le 27 décembre, refuse de laisser deux de ses adversaires prendre seuls la lumière. Mercredi, il monte à son tour à la tribune durant plus d’une heure et précise les grandes lignes de son programme économique, dont l’avantage est d’être chiffré. L’ex-ministre de l’Economie propose notamment un plan européen d’augmentation des salaires, la baisse de la CSG et l’abrogation de la loi travail.

Arnaud Montebourg profite de son allocution pour s’attaquer au programme d’un de ses adversaires, Benoît Hamon, qui prône l’instauration d’un revenu universel, somme versée à tous les citoyens sans condition de travail ou d’âge. En quelques semaines, cette thématique a pris un rôle central dans la primaire. L’ancien ministre de l’Economie et du Redressement productif s’y oppose et se décrit en partisan «du salaire juste plutôt que du revenu universel», qu’il estime irréalisable.

Vient le tour de Sylvia Pinel. L’ancienne ministre, présidente du Parti radical de gauche, monte à la tribune jeudi matin. Contrairement à ses trois rivaux, sa prise de parole est bien moins médiatisée. Pas une seule chaîne de télévision ne diffuse son discours en direct (LCI l’avait fait pour Manuel Valls et pour Vincent Peillon deux jours plus tôt).

La seule femme à concourir dans cette primaire, qui a présenté un programme très axé sur l’aide aux entreprises, a assuré porter un projet pour «la gauche de gouvernement». Parmi ses propositions phares, la légalisation du cannabis, l’accès à la PMA pour toutes les femmes, l’école obligatoire à partir de trois ans, le droit de vote des étrangers et la reconnaissance du droit à mourir dans la dignité.

Aude Deraedt