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«Les jeunes Sud-Coréens vivent une sorte de Mai 68» – Libération

foto – Affichettes demandant l’arrestation de Park Geun-Hye, lors d’une manifestation au centre de Séoul, le 9 décembre, après sa destitution. Photo Ed Jones. AFP

liberation.fr – «Les jeunes Sud-Coréens vivent une sorte de Mai 68». Pour le spécialiste de la Corée Pascal Dayez-Burgeon, la destitution de la présidente Park Geun-hye traduit la profonde crise sociale dans le pays et un ras-le-bol envers un système politique verrouillé.  Par Arnaud Vaulerin, Correspondant au Japon

Après la destitution de la présidente Park Geun-hye, vendredi, la Cour constitutionnelle a six mois pour confirmer ou invalider le vote des parlementaires sud-coréens. Les manifestants, qui étaient plusieurs centaines de milliers à défiler dans les rues de Séoul samedi, entendent maintenir la pression pour obtenir le départ de Park, voire son procès dans les prochains mois, et de nouvelles élections.

Ancien diplomate à Séoul, Pascal Dayez-Burgeon (1) est chargé de mission au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il analyse les profondes volontés de changement exprimées par le peuple sud-coréen depuis près de deux mois.

Comment expliquez-vous la chute de la maison Park Geun-hye, de celle qui se disait «mariée à la nation» et que l’on présentait comme la «reine des élections» ?

Je n’ai jamais cru à ce portrait d’elle. On a oublié que son élection en 2013 a plongé la Corée dans ce que l’on a appelé alors une «horreur», un peu comme Trump d’une certaine manière.

Park Geun-hye n’a pas été bien élue et de nombreux Sud-Coréens ne la supportaient pas et n’acceptaient pas le retour en arrière dans la dictature qu’elle incarnait.

Maintenant, le fait de s’en être libérée, notamment pour la jeunesse, est vécu comme quelque chose de merveilleux. C’est une sorte de mai 68 que vivent les jeunes sud-coréens. Ils espèrent qu’ils vont enfin se séparer d’un monde dans lequel les politiciens et les grands chaebols (puissants conglomérats sud-coréens) décident de tout sans aucun respect pour la démocratie.

Park Geun-hye était la fille d’un dictateur et sans être un dictateur, elle gouvernait tout de même à coup de caprices, de faveurs et de compromissions. Elle a essayé de limiter la liberté de la presse. Elle a interdit le parti d’opposition.

Les Sud-Coréens veulent croire à l’émergence d’une classe politique renouvelée et une démocratie moderne et transparente. Le lendemain de la destitution, il y avait encore des centaines de milliers de manifestants qui disaient «ce n’est pas fini» et qui veulent se débarrasser d’elle bien sûr, mais également de toute la classe politique qui l’a soutenue.

Au-delà du cas de Park Geun-hye, cette destitution marque-t-elle la fin d’un système politique ?

La Corée a un peu perdu son principe. Avant, il y avait des moteurs de croissance, le projet de devenir l’une des plus grandes nations au monde (la Corée est la quatrième économie en Asie, ndlr). Mais cela ne marche plus. Le pays patine.

La croissance est au ralenti. L’injustice sociale a augmenté. Et à partir de 2010, le parti au pouvoir a inventé le retour au passé, autrement dit élire la fille du dirigeant (l’ancien dictateur Park Cheun-hee entre 1962 et 1979, ndlr), remettre le dynamisme Park au pouvoir.

L’un des signes de cela est la multiplication des films historiques en costume qui véhiculent l’image de la Corée d’autrefois.

Le parti au pouvoir a également communiqué sur les Jeux Olympiques d’hiver qui auront lieu en 2018 en Corée, comme pour rappeler la réussite de ceux de 1988.

C’était comme s’il cherchait dans le passé une force pour le futur. Park Geun-hye est le symbole du vieux système et les Sud-Coréens la jettent à cause de cela.

Mais peut-on dire pour autant qu’un système et qu’une pratique du pouvoir sont finis ?

Ils sont pour le moins en crise. Madame Park était la marionnette de sa confidente Choi Soon-sil qui était la marionnette de Samsung surtout. Le système des chaebols ne fonctionne plus. Samsung est en crise. Les téléphones portables, c’est la Chine qui va les fabriquer. Pour Samsung, il n’y a pas de substitut. Hyundai ne va pas très bien non plus et LG suit la pente.

Les Chaebols vont chercher un bouc-émissaire en lâchant le clan Park. Ils vont faire le dos rond en attendant que la crise passe, quitte à laisser le pouvoir à l’opposition pour 5 ou 10 ans.

C’est du reste ce qui s’était passé en 1997 lors de la grande crise financière et politique. La presse conservatrice a également lâché Park Geun-hye. Les journaux abandonnent la candidate conservatrice pour se prémunir et conserver ce qui peut l’être. Les chaebols doivent trouver des moteurs de croissance pour les années qui viennent.

Moon Jae-in, ex-chef du Parti démocratique et possible candidat à la présidence a dit que «la révocation de Park Geun-hye n’était que le commencement de la normalisation du pays». 

Oui, c’est le début, l’entrée dans l’âge adulte, quand un pays connaît une croissance très moyenne et, surtout, une démocratie transparente et non pas faite de corruption, de marchés occultes, de faveurs et de disgrâces comme c’était le cas jusqu’à présent et depuis Lee Myung-bak [le prédécesseur de Park Geun-hye à la présidence, ndlr].

Dans le même temps, il y a beaucoup de joie, d’humour sur cette crise qui s’est emparée des réseaux sociaux. Il y a un côté Mai 68 dans ce mouvement d’une jeunesse qui veut que Park s’en aille. Mais rien ne dit qu’ils vont réussir.

«Nous avons toujours faim», disait la rue samedi. Comment expliquez-vous la force de cette mobilisation qui dure depuis presque deux mois ?

Les réseaux sociaux ont joué un rôle extraordinaire en appelant les gens à manifester et en donnant des tas d’infos. Il ne faut pas sous-estimer un immense ras-le-bol. Le pays devient extrêmement injuste. La disparité salariale est monstrueuse. Le chômage ne cesse d’augmenter chez les jeunes. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ne touchent même pas 1 million de wons (autour de 800 euros).

Ils ont surnommé le pays «Hell Joseon», la Corée infernale. Le pays traverse une profonde crise sociale qui devient insupportable.

Il y a là une vraie critique d’une démocratie qui n’en est pas une et voudrait en être une. Le système est extrêmement verrouillé par la classe économique et politique et tous ceux qui en sont exclus, sont de plus en plus nombreux, parmi les pauvres évidemment, mais aussi au sein de la classe moyenne.

C’est pourquoi de nombreux débats sur une réforme constitutionnelle et sur la durée des mandats sont évoqués. Le peuple veut désormais être associé aux choix. Mais pour l’instant, le mouvement, c’est un peu «sortez les sortants pour mettre de nouvelles têtes». Et d’ailleurs l’opposition donne l’impression d’être un peu dépassée par le mouvement.

Cette mobilisation est-elle à mettre à l’actif de la «génération Sewol», ces Sud-Coréens qui n’ont pas accepté le laxisme et le mépris des autorités lors du naufrage de ce ferry qui avait coûté la vie à plus de 300 personnes, en majorité des lycéens, en 2014 ?

Bien sûr. D’ailleurs, il y a encore beaucoup de choses que l’on ne sait pas sur cette catastrophe, à commencer par Park Geun-hye elle-même. Le jour du naufrage, elle a été aux abonnés absents pendant sept heures.

Qu’a-t-elle fait ? Toutes les théories du complot circulent, qui traduisent une exaspération de la classe politique en place. Ce sacrifice de la jeunesse, c’est un peu le mythe de l’ogre comme d’habitude.

Les jeunes Coréens sont sacrifiés au minotaure du pouvoir. Elle en est l’incarnation absolue et cette affaire n’est pas réglée. La Corée, c’est le pays des feuilletons et là, nous sommes en plein feuilleton.

(1) Auteur de les Coréens chez Tallandier. 

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