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Climat : l’UE en passe de renoncer à ses ambitions? – Libération

Alors que la Commission européenne doit publier mercredi ses propositions pour mettre en oeuvre la transition énergétique du continent, les ONG s’alarment, car les textes qui ont fuité ces derniers jours fixent selon elles un cap «incompatible avec celui donné par l’accord de Paris».

Après l’élection du climatosceptique Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, l’Union européenne reprendra-t-elle sa place d’ex-leader mondial de la lutte contre le changement climatique? Reverra-t-elle à la hausse ses ambitions en matière de développement des énergies renouvelables et d’amélioration de l’efficacité énergétique, afin de respecter les objectifs de l’accord de Paris sur le climat signé fin 2015 et entré en vigueur le 4 novembre? Rien n’est moins sûr. Au contraire, elle semble même vouloir faire tout l’inverse.

La Commission européenne doit en effet présenter ce mercredi une série de propositions législatives sur l’énergie et le climat -dont des révisions de directives et de nouveaux règlements-, des textes clés puisqu’ils sont censés constituer la «boîte à outils» permettant à l’UE d’atteindre les objectifs climatiques à horizon 2030 qu’elle s’est fixés en 2014. Or, à la lecture des différents projets de ces textes qui ont fuité dans la presse ces derniers jours, notamment celui sur les énergies renouvelables, les ONG environnementales s’alarment. «Le cap fixé par la Commission n’est vraiment pas compatible avec le chemin des 2°C [de hausse de la température moyenne du globe par rapport à l’ère pré-industrielle, ndlr] fixé par l’accord de Paris, insistait mardi Denis Voisin, le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot (FNH) lors d’une conférence de presse commune. En l’état actuel des textes, les lobbys des énergies fossiles, du nucléaire et des agrocarburants ont gagné : la Commission s’apprête à plonger le système énergétique européen dans le formol. Cela confirme et illustre la politique européenne menée ces dernières années : insuffisance des financements pour la transition énergétique et le climat et politique commerciale incompatible avec l’accord de Paris, par exemple avec le CETA».

«L’Europe est à l’heure des choix, renchérit Célia Gautier, responsable des politiques européennes au Réseau Action Climat (RAC). Soit elle prend le chemin d’une économie proactive, à l’instar de la Chine, soit celui d’une économie qui s’enfonce dans les énergies du passé, tandis que le monde entier développe les énergies renouvelables. Avec ces textes, la Commission semble faire le choix des énergies du passé.» «Or, ajoute-t-elle, les objectifs fixés en 2014 étaient un compromis fragile et l’ambition était en-deça [des besoins] de la COP21. Le changement climatique n’épargnera pas l’Europe, et ce sont les plus démunis, les plus précaires qui seront les plus touchés. Ne pas repenser la politique énergétique européenne nous mène dans le mur, en termes de climat, mais aussi économiquement et socialement, car la transition énergétique crée des emplois». Alors que tout n’est pas joué, car le Parlement et le Conseil européens doivent encore se prononcer et que les textes définitifs ne devraient pas être adoptés avant fin 2017, petit passage en revue des principaux points.

Un frein aux energies renouvelables ?

Dans son projet de révision de la directive sur les énergies renouvelables (éolien, solaire,…), la Commission propose de fixer pour 2030 un objectif de 27% de renouvelables dans la production d’électricité, sans contrainte et sans proposer de répartition pays par pays. «C’est très peu, et c’est complètement déconnecté de la réalité», s’insurge Pierre Cannet, responsable du programme Energie et Climat au WWF France. Les ONG estiment en effet que cet objectif «n’est guère plus que du «business as usual»» et qu’à cette échéance, l’Europe atteindrait de toute façon «24 % de renouvelables sans nouvelles politiques». D’après leurs calculs, avec cet objectif de 27%, «le rythme de développement des renouvelables dans la prochaine décennie serait la moitié du rythme actuel. L’Union européenne peut faire largement mieux et atteindre 45% en 2030». A noter que le Parlement européen, lui, préconise un objectif de 30% de renouvelables en 2030, avec des répartitions par Etat et contraignantes.

Bien que le projet de la Commission prévoit le maintien des mécanismes de soutien financier aux énergies renouvelables mis en en place par les Etats, les ONG estiment que ces derniers sont menacés «par la Direction générale de la concurrence de la Commission, qui voudrait supprimer l’article concerné et limiter ainsi ces aides, mais aussi les flécher vers les plus gros projets, les plus rentables, sans prise en compte des contextes locaux et des enjeux techniques et sociétaux». Pour les ONG, «les dispositions prévues dans la directive doivent non seulement être conservées, mais améliorées pour ne pas pénaliser les projets portés par des citoyens, collectivités et coopératives».

Des cadeaux déguisés aux énergies fossiles et au nucléaire ?

Deux propositions de la Commission font particulièrement tiquer les ONG. D’abord, dans son nouveau règlement sur le marché intérieur de l’électricité, celle-ci préconise la fin de l’accès prioritaire des renouvelables aux réseaux de transport et de distribution d’électricité, aussi bien pour le raccordement que pour l’exploitation. «La disparition de cette disposition aurait de lourdes conséquences, préviennent les ONG. Lorsqu’un projet d’énergie renouvelable sera en concurrence avec une installation fossile ou nucléaire pour la connexion au réseau, un État membre pourra donner la priorité à ces derniers. De plus, pour répondre aux besoins en électricité, on pourra faire appel en priorité aux centrales nucléaires ou fossiles, difficilement pilotables et qui doivent produire le plus possible pour trouver une rentabilité, au détriment des énergies renouvelables, facilement déconnectables du réseau électrique».

Bref, il s’agirait là d’un cadeau déguisé aux lobbys des énergies fossiles et nucléaire. Idem pour une autre proposition du même réglement consistant à créer dans l’UE un mécanisme de capacité, c’est-à-dire un dispositif permettant de rémunérer les centrales électriques «non plus en fonction de ce qu’elles produisent mais en fonction de ce qu’elles seraient susceptibles de produire lorsque l’offre est inférieure à la consommation d’électricité», expliquent les ONG. Autrement dit, même les centrales non utilisées seraient rémunéreés, ce qui selon ces dernières reviendrait carrément à créer «un mécanisme de subvention aux centrales nucléaires et fossiles», y compris à celles fonctionnant  au charbon.

Efficacité énergétique : peut mieux faire?

Dans le but de réduire à la fois les émissions de gaz à effet de serre et de limiter les importations d’énergie, la Commission prévoit pour 2030 un objectif contraignant de 30 % d’amélioration de l’efficacité énergétique par rapport aux niveaux de 1990 (réduction de la consommation d’énergie et suppression des gaspillages). «Ce n’est pas assez, il faudrait viser 40%», commente Joël Vormus, directeur adjoint du CLER-Réseau pour la transition énergétique. Ce que demande aussi le Parlement européen. Selon les ONG, le texte de la Commission «ne permet pas d’avancées sur des questions clés : le financement de la rénovation énergétique, l’introduction d’objectifs sectoriels contraignants ou encore la séparation contractuelle entre fourniture d’énergies et services d’efficacité énergétique».

Transports : vive les agrocarburants nocifs pour le climat?

Selon le texte qui a fuité, la Commission prévoit de continuer à soutenir les agrocarburants dits de «première génération» (produits à partir de cultures alimentaires), avec un objectif de 3,8% du total des carburants utilisés dans les transports en 2030. «Cela prouve que les lobbys agricoles ont encore le vent en poupe», estime Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE). Les ONG pointent le fait que la Commission se trouve désormais en contradiction avec sa propre «Stratégie pour une mobilité à faible taux d’émissions de gaz à effet de serre» publiée en juillet dernier, qui promettait une suppression de ce type d’agrocarburants. Ces derniers sont en effet particulièrement nocifs pour le climat, car ils émettent jusqu’à trois fois plus de gaz à effet de serre que les carburants fossiles, en particulier dans le cas de l’huile de palme, qui est de plus en plus utilisée dans le diesel européen alors même que sa production détruit les forêts tropicales.

Les ONG regrettent aussi que la Commission ne prévoie aucune mesure d’efficacité énergétique dans les transports, alors que le secteur «constitue désormais la première source d’émissions de CO2 en Europe». «Chaque pourcentage d’efficacité énergétique accompli représente l’équivalent de 12 millions de voitures en moins sur les routes», illustre Célia Gautier, du RAC. Les ONG estiment donc «indispensable que la Commission propose rapidement des réglementations européennes ambitieuses pour limiter la consommation de carburant des véhicules légers et lourds neufs d’ici 2025». Elles demandent enfin à ce que l’UE fasse «preuve de cohérence en encourageant le développement des modes de transports alternatifs à la route et l’aérien et en écartant les projets d’infrastructures climaticides».

Sorgente: Climat : l’UE en passe de renoncer à ses ambitions? – Libération

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