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Lundi, 16h34 : «Les femmes, c’est une force de travail énorme» – Culture / next.liberation.fr

Place de la République, à Paris, le 7 novembre 2016. Manifestation à la suite de l’appel à la grève pour dénoncer les inégalités salariales. Photo Charlotte Gonzalez pour Libération

next.liberation.fr – Lundi, 16h34 : «Les femmes, c’est une force de travail énorme». A l’appel du collectif féministe Les Glorieuses, un rassemblement s’est tenu place de la République, à Paris. Ambiance et propos recueillis.      Par Emmanuèle Peyret

On ne peut pas dire que la place de la République avait déployé sa foule des grands jours, des manifestations glorieuses et solidaires… Même pas un petit stand de merguez-bières pour se réchauffer. Mais une tribune où défilent des oratrices/teurs à la voix de stentor.

Ça cause, ça chante les droits des femmes parce qu’on (peut-être deux cents personnes au moment culminant, beaucoup de journalistes et de caméras, on est au bord de s’interviewer les uns les autres) est là pour répondre à l’appel du collectif féministe Les Glorieuses, qui produit une newsletter le mercredi : s’inspirer du modèle des Islandaises, descendues dans la rue à l’heure où les femmes commencent à travailler «bénévolement», au vu des inégalités de salaire avec les hommes.

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L’une des cofondatrices avec Alix Heuer du collectif, Rébecca, économiste, a calculé cette date et cette heure précise pour arriver à ce lundi 7 novembre à 16h34. L’affaire agite pas mal les médias, mais peu les «vraies gens» manifestement.

Quelques hommes, quelques poussettes, des femmes de tous âges, applaudissent les tribuns, portent des pancartes, vapotent en discutant. Deux ou trois zonards passent par là aussi, un type à casquette rouge demande : «C’est quoi toutes ces bonnes femmes ?»

Parmi ceux avec qui nous avons parlé, tous d’un abord très ouvert, beaucoup de gens du milieu associatif, des qui ne travaillent pas le lundi, des gérantes de boîtes avec leur équipe. Très peu ont quitté leur travail à 16h34 : il ne s’agit pas d’un appel à la grève, ni d’une injonction à quitter son travail, ce qui serait considéré comme un abandon de poste, on peut aussi signer des pétitions en ligne.

Comme le dit Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de la CGT-UGICT (Union générale des ingénieurs, cadres, techniciens), «les caissières de supermarché ne sont évidemment pas là, le rassemblement s’est décidé la semaine dernière. On peut peut-être avancer avec ce genre d’événement, vu que de toute façon, côté autorités, il ne se passe rien du tout.

Le patronat bloque, l’inégalité  salariale l’arrange, et le gouvernement ne fait rien, donc». Mais il faut «montrer qu’on ne se laisse plus faire et que les inégalités ne sont plus acceptées», clame le porte-voix.

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Paroles recueillies dans le froid du 7 novembre.

Juliette, 29 ans, une chouette pancarte au-dessus de la tête, «si tu aimes bosser gratuitement, tape dans tes mains»

Moi, je bosse dans l’environnement, en banlieue parisienne, et j’ai quitté mon travail à 16h34 : j’ai prévenu ma direction et tout mon service, parce que je pense que l’action elle commence là, localement. Il faut que les gens sachent, à tous les niveaux, que les inégalités salariales sont une réalité économique inadmissible.

Les femmes, c’est une force de travail énorme, celui de mère déjà, qui n’est pas rémunéré, les emplois précaires qui leur sont très souvent dévolus, les temps partiels subis. Regardez autour de vous : vous voyez des politiques [on a cru voir Philippe Poutou,  ex- candidat du NPA en 2012, ndlr] ?

Des syndicats [la CGT est là, ndlr] ? La question n’est pas du féminisme, moi je suis féministe mais je crois que sans étiquette, ce qui est le cas de ce rassemblement, ça peut marcher. Je connais des gens qui ne sont pas venus parce que c’est organisé par le blog Les Glorieuses, mais l’idée c’est d’amorcer quelque chose, non ?

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Jessie, 23 ans, et Lisa, 22 ans, étudiantes en éducation spécialisée

Honnêtement, on est venues là par curiosité, parce qu’on finissait nos cours à 16h30 juste à côté. Mais aussi par conviction, parce que notre génération doit se battre sur ce terrain-là. Dans notre formation, on voit cruellement les disparités sociales, le poids de la culture sur l’éducation et donc le travail des femmes, les inégalités.

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Esther, 36 ans, cogérante d’une Scop, avec deux copines d’une trentaine d’années : l’une a lâché le travail mais elle fait partie de la direction, l’autre est en milieu associatif

Je ne travaillais pas aujourd’hui, donc je suis venue parce que je crois que ce genre d’événement créé une image, ça peut parler aux gens. C’est vrai que quand on a vu ce que faisaient les Islandaises, on s’est dit, mais bon Dieu, pourquoi on n’y a pas pensé nous-mêmes ? La question des femmes, elle est transversale, je ne comprends pas que certains ne se sentent pas concernés.

Un truc simple qui illustre bien la place des femmes dans notre société : je suis cogérante avec un homme, et à chaque fois qu’on va à un rendez-vous, les gens s’adressent à lui !

Pareil pour les médecins qu’on prend pour des infirmières, ou des chefs d’entreprise qu’on prend pour des secrétaires. Le féminisme, c’est comme une vague, on avance on recule, sans cesse. Alors oui, moi je suis militante, de gauche, féministe et c’est important d’être là, de reprendre cette place de la République, et la place des femmes dans la République. Parce que c’est pas une question de féminisme, mais d’humanisme.

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 Patrick, 32 ans, homme

Je dirige un théâtre, l’Orange bleue à Eaubonne (Val-d’Oise), et dans le secteur culturel, c’est frappant de voir le rapport à l’égalité. On pourrait penser que c’est le contraire, mais c’est un milieu d’hommes, très peu de femmes dirigent un théâtre, quelques-unes s’occupent de compagnies de danse, mais c’est pas très ouvert, la culture, en fait.

Ce milieu reflète au fond un public bourgeois, bien dans les stéréotypes d’aujourd’hui, il serait temps qu’on inverse un peu la tendance. Vous avez une ou deux femmes qui sont chefs dans un secteur culturel quelconque, paf elles servent à tout, on les convoque en alibi paritaire à toutes les réunions, mais pour une réalité totalement faussée.

Qu’on arrête avec les débats débiles sur le burkini qui masquent la vérité de la situation des femmes : inégalité, précarité, injustice. Alors oui, un événement comme ça, c’est peut-être la petite graine.

Libération

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