Une envie d’alternance ne fait pas un désir de droite. Il serait en effet hâtif de voir, derrière les bons sondages présidentiels d’un Juppé, d’un Sarkozy ou même plus hypothétiquement d’un Fillon, une conversion massive des Français à l’idéologie libérale.

Alors que François Hollande achève son mandat dans des tréfonds sondagiers, qu’aucune alternative potentiellement victorieuse n’a, en l’état, émergé à gauche et que Marine Le Pen ne semble (toujours) pas en situation de remporter le second tour d’une élection présidentielle, un retour de la droite à l’Elysée l’année prochain s’impose comme l’hypothèse la plus crédible. Une droite dont les candidats à la primaire chercheront à affirmer leurs singularités lors de leur deuxième débat télévisé, ce jeudi soir sur i-Télé et BFM TV, mais qui partagent surtout un «programme commun» en forme de potion libérale plus ou moins amère. De quoi faire passer le social-libéralisme actuel pour une vraie politique de gauche.

«Conflits sociaux importants»

Selon notre baromètre Viavoice, «loin de générer un engouement collectif, les solutions proposées par la droite» en matière économique et sociale «suscitent un scepticisme majoritaire au sein de l’opinion», souligne François Miquet-Marty, président de l’institut de sondages. D’une manière générale, 61 % des Français jugent que le package de la droite risque de «diviser» le pays, 60 % pensent d’ailleurs qu’il générera des «conflits sociaux importants». Dans le même temps, seuls 39 % considèrent les remèdes de la droite «plus efficaces» que ceux de François Hollande pour les maux du pays (chômage en tête), contre 78 % chez les seuls sympathisants de la droite et du centre ou 42 % chez ceux du FN.

Dans le détail, les principales propositions économiques avancées par de la droite sont majoritairement rejetées : les sondés les jugent clivantes, risquées et peu courageuses. C’est le cas de la suppression de l’ISF (69 % d’opposition), du relèvement à 65 ans de l’âge légal de départ à la retraite (64 %) mais aussi de la suppression des 35 heures avec retour aux 39 heures (48 % dont 59 % chez les ouvriers). Quant à la suppression de 300 000 postes de fonctionnaires à l’échelle du quinquennat, préconisée mais jamais vraiment détaillée par Alain Alain Juppé comme par Nicolas Nicolas Sarkozy, 57 % des Français s’y disent opposés. Toute libérale qu’elle soit, cette droite prévoit pourtant une hausse, provisoire, des déficits publics (la faute aux baisses d’impôts pour les plus aisés), elle aussi rejetée par la majorité des Français (56 %). Et le niet est encore plus net à propos du projet sarkozyste d’augmenter la TVA pour diminuer (encore) les cotisations patronales et salariales. A l’inverse, seules trois mesures recueillent le soutien d’une majorité de Français : l’alignement des règles du calcul des retraites entre secteurs public et privé (73 %), le recours au référendum de salariés de manière plus systématique pour les accords d’entreprise (64 %) et la mise en place d’allocations chômage dégressives (57 %).

En listant ces propositions, on a vite le sentiment de se plonger dans le programme de la droite d’il y a (au moins) quinze ou vingt ans. Dès lors un constat s’impose : s’ils l’ont toujours dit, les leaders de la droite – ceux du RPR des années 90 sont pour beaucoup toujours encore en lice aujour­d’hui – n’ont pas toujours appliqué leurs promesses de campagne durant toutes les années où lorsqu’ils étaient au pouvoir. C’est dans ce contexte que l’engagement d’Alain Juppé de ne faire qu’un seul mandat présidentiel – décision dictée en premier lieu par son âge – contribue aussi à en faire,pour nombre d’électeurs de à la droite et au centre, un réformateur crédible car non engagé par sa réélection en 2022. Mercredi, Nicolas Nicolas Sarkozy s’est rallié à cette proposition.

«Vintage» pour ne pas dire ringarde

Si l’alternance est dans tous les esprits et recouvre une certaine logique à l’aune de l’état de la majorité sortante, la droite qui se prépare à revenir au pouvoir apparaît en large partie crédible dans l’exercice du pouvoir mais vintage pour ne pas dire ringarde quand elle détaille ses principales mesures économiques. C’est dans cet espace libéral, mais en jouant de sa modernité revendiquée, que Macron fait pour beaucoup son miel sondagier, sur une ligne que les Français situent plus proche d’un Juppé que d’un Hollande.

Reste qu’à droite, au-delà des différences de tempérament, chaque candidat cherche en premier lieu à se singulariser sur les questions liées à l’identité, à l’islam et… à François Bayrou. Alain Juppé n’en est pour l’instant pas malheureux.

Jonathan Bouchet-Petersen